jeudi 31 juillet 2008

>>>>>>> Le surf des années hippies: de la planche à l'objectif


Jeff Divine [quel patronyme pour un aventurier de la vague!] se souvient du bon vieux temps -- les années 60 et 70 en ce qui le concerne -- où il commençait à surfer. En 1966, il avait 16 ans et habitait près de la plage, en Californie. Il allait surfer à l'aube, avant de se rendre à l'école. Un copain l'avait photographié sur la crête d'une vague et il cela l'avait captivé. "C'était du narcissisme," dit-il aujourd'hui, "tellement excitant de se voir affronter l'océan!" Il s'est mis lui aussi à la photo, avec un appareil étanche (à l'époque, des engins lourds et encombrants) et est devenu un spécialiste de ce sport, publié déjà deux ans plus tard par Surfer Magazine.














Les Kodachromes de Divine sont exposés actuellement à Brighton: couleurs saturées, énergie de ces jeunes gars qui vivaient à leur manière le (soi-disant) rêve américain et se foutaient bien du reste. "Nous ressemblions à des hippies, mais nous n'étions pas politisés comme eux. Nous nous comportions comme des athlètes de l'environnement. Ce qui se passait en-dehors de notre monde n'était qu'un à-côté. Par exemple la guerre du Vietnam. Nous étions les cowboys du surf." Aujourd'hui, les surfers sont des vedettes qui font tourner une industrie à trois milliards de dollars.

"Mais, ajoute Divine, fringues siglées ou non, il s'agit finalement toujours d'un gars au sommet d'une vague."

|| Ulysse
Source: Telegraph. Photos: Jeff Divine. Galerie: Crane Kalman. Brighton.


mercredi 30 juillet 2008

Jupes culottées ou shorts ressemblant à des jupes-culottes?


"Il
me semble que l'idée d'un homme portant une jupe est devenue acceptable, mais des problèmes demeurent," note Scott Schuman dans son blogue The Sartorialist. "1) Le passage à l'acte au quotidien; 2) l'allure des jambes masculines surmontées d'une jupe; 3) les chaussures appropriées; 4) et -- je n'aurais jamais imaginé poser cette question -- au genou, plus haut ou à mi-mollet?

Ces deux hommes ne s'embarrassent pas de savoir ce qui est approprié à leur sexe; ils portent leur tenue de façon très masculine. On ne pourra plus parler de jupe pour les mâles; il va falloir trouver de nouvelles désignations. A gauche, c'est proche du paréo auquel on s'est accoutumé à la plage et pour les loisirs. A droite, le barbu a revêtu un lungi à la façon de l'Inde du Sud et le noeud (traditionnel pour raccourcir le vêtement durant la marche) réhausse l'aspect viril. Violation du code des genres? Non, ces tenues donnent une impression de confort pendant la saison chaude. Elles permettent la même liberté que s'accordent les Écossais sous leur kilt: la ventilation des valseuses, très utile à la lutte contre la stérilité masculine croissante.

L'alternative, c'est le short ou le bermuda -- plus traditionnels, moins aérés à l'entrejambe. Tenues bien acceptées pour les loisirs et les vacances, mais peut-on se rendre en shorts au travail? Les codes sont encore très rigides dans de nombreuses professions.

En fait, ce sont les vilaines jambes qui nuisent au short de ville: les pattes d'oiseau blanches comme le lait, les pattes d'éléphant, les varices naissantes, les jambes très très poilues, ou trop peu, et celles qui sont vraiment courtes. Du sport avec modération, du plein air, une alimentation équilibrée...

Les quatre gentlemen photographiés par le Sartorialist nous posent aussi la question de l'assemblage des vêtements entre eux, ainsi que celui des accessoires. A mon goût, short bleu est un coquet trop traditionnellement mode, tandis que lungi bleu tient la classe malgré ou grâce à ses excentricités.

|| Ulysse

lundi 28 juillet 2008

Les Mille et une Nuits, version contemporaine


R
ien à voir avec
le soutien téléphonique apporté par La Main tendue. C'est plutôt une version moderne des Mille et une Nuits. Au long du récit du XIIIe siécle, Schéhérazade tient son amant en haleine afin d'éviter sa propre mort, promise à l'aube.

Dans l'album intitulé Phone Sex qu'il
consacre aux opératrices et opérateurs de sexe par téléphone, le photographe américain Phillip Toledano capte le portrait de femmes et d'hommes qui gagnent leur pain en improvisant un dialogue autour des fantasmes de leurs clients et clientes.

Voyeur, Toledano ne l'est jamais dans ce milieu où l'intimité et la verdeur de la relation sexuelle tarifée passent uniquement par l'oreille et la carte de crédit. C'est un fin observateur d'une société désemparée. Son précédent reportage Bankrupt (banqueroute) était consacré aux espaces abandonnés après l'effondrement boursier des jeunes pousses de l'internet.

Dans l'introduction de Phone Sex, le photographe écrit que ces téléphonistes doivent être capables de déchiffrer les désirs inexprimés de leur client/e, "ces choses trop absurdes, trop scandaleuses ou humiliantes pour être dites clairement." Et d'en tirer "une rencontre sur mesure, tissée de fantasmes finement détaillés." Cela demande une connaissance profonde des appétits humains.


Les portraits ont été pris sur le lieu de travail, au domicile des téléphonistes qui ont décrit leurs expériences.



Photo ci-dessus:
"J'ai débuté dans le sexe par téléphone en me disant: pourquoi ne pas être payée pour dire des cochonneries, plutôt que de le faire gratuitement? Cela a amélioré l'image que j'avais de moi; savoir que des types qui avaient vu ma photo voulaient me parler..."


Elle: 60 ans, une licence en anthropologie culturelle,
mariée depuis 25 ans, un fils qui étudie la littérature anglaise et les religions.
Elle gagne le double de ce qu'elle était payée
dans le monde des affaires.
"Je suis Shéhérazade. Si je ne racontais pas des histoires

qui fascinent le pacha, il me tuerait à l'aube."
Lui: "Je suis un hétéro qui parle à des femmes. Elles me désirent.
Elles veulent que je leur parle et que je les transporte dans un autre monde.
Je sais y faire. Je suis un pro, un homme à femmes."
"On m'a fait des offres de partout. Elles veulent qu'on se rencontre et que je fasse tout ce qui me plaît. Mais je limite nos contacts aux conversations téléphoniques."

|| Ulysse
L'album photographique
Phone Sex paraîtra à l'automne chez Twin Palms Press.

dimanche 27 juillet 2008

L'Iran, au deuxième rang des exécutions capitales après la Chine


V
ingt-neuf "trafiquants, meurtriers et violeurs" ont été pendus tôt ce dimanche matin à la prison d'Evine à Téhéran. C'est le plus grand nombre d'exécutions en un seul jour depuis plusieurs années en Iran. Les autorités multiplient les mises à mort [155 déjà en 2008, entre 300 et 400 l'an dernier] pour lutter, selon leur déclaration, contre la hausse de la criminalité -- notamment le trafic de drogue (deux millions de consommateurs locaux), les vols à main armée, les enlèvements, les viols.

La "perturbation de l'ordre public", un fourre-tout du régime pour éliminer ceux qui dérangent, les "relations illégitimes", autre fourre-tout qui englobe le viol, l'adultère (surtout celui des femmes), la relation sexuelle avec mineur/e (même entre personnes d'âge très proche) et la sodomie sont punis du fouet, de la lapidation ou de la pendaison, peines prononcées à l'issue d'un tortueux processus judiciaire. Téhéran justifie ces condamnations en invoquant leur valeur dissuasive.

L'homosexualité n'est pas passible de la peine de mort en Iran. Néanmoins, beaucoup d'hommes et d'adolescents accusés de relations homosexuelles sont pendus. La République islamiste les poursuit pour attitude immorale ou viol. Or, à l'évidence, dans une société où la femme doit arriver vierge au mariage et où l'adultère est puni, le taux de relations entre personnes du même sexe est beaucoup plus élevé qu'ailleurs.

Selon Amnesty International, l'Iran se situe au deuxième rang des pays où la peine de mort est la plus appliquée. La Chine (où a lieu le plus grand nombre d'exécutions), classe la condamnation capitale comme secret d'État. Les viennent ensuite: l'Arabie saoudite, le Pakistan et les Etats-Unis.

En Iran, la peine par pendaison peut être exécutée de deux manières: l'une où la nuque du condamné se brise dans la chute, entraînant immédiatement sa perte de conscience; l'autre où il souffre de lente asphyxie durant plusieurs minutes.

|| Ulysse


mercredi 23 juillet 2008

Filles squelettiques et garçons hypermusclés: même danger


Il
est souvent question du danger que présente le défi de la minceur pour les jeunes filles. Et les jeunes hommes? De plus en plus, ils sont attirés par la musculation intensive. Les excès du bodybuilding exposent les mecs à des problèmes irréversibles pour leur santé. Les fanas de la gonflet
te rejoignent ici les victimes de l'anorexie.

Car nous autres hommes souffrons aussi d'un sentiment d'inadéquation par rapport à l'idéal masculin que proposent les magazines, la pub, les films et tous ces mecs qui bombent un torse nu épilé sur les plages et les pistes de danse. Est-ce nouveau? Non, l'adolescent romantique et rachitique qui se désole de ne pas attirer l'attention des beaux spécimens féminins (ou masculins) dans les filets de son amour a toujours existé. Et souffert.


Les plus chanceux compensaient par la fortune ou le bagout. Aujourd'hui, grâce aux machines à gonfler les muscles et aux produits interdits qui accélèrent le processus, la carrure entre en compétition avec l'argent et l'humour. Les magazines pour hommes n'ont pas manqué le tournant; chaque printemps, ils proposent des exercices et "suppléments alimentaires" permettant de gagner des centimètres en quelques semaines. A la même époque, les femmes sont tentées par cent méthodes pour perdre du pourtour.


Les femmes et les hommes attirés par ces méthodes rapides commettent la même erreur: ils sont trop pressés et n'accordent pas à leur corps le temps de s'adapter aux modifications. Ils se lancent dans des exercices violents, et/ou consomment des produits soit 1) inadaptés, inefficaces et pourtant dangereux, 2) efficaces sur le court terme, mais dangereux pour la santé et ne permettant pas d'assurer un gain stable. Puis elles/ils se découragent -- c'est humain! -- jusqu'au prochain printemps.

Mais il y a des gars volontaires, obstinés, endurants à la souffrance que demande un entraînement intensif. Et ils décrochent des résultats remarqués. À quel prix?

Comme dans le cyclisme professionnel, ils sont graduellement incités à
consommer des produits de plus en plus dangereux. Pour leur santé physique d'abord, puis mentale: sautes d'humeur, phases dépressives ou exaltées. Et lorsque les drogues qui ont renforcé les performances ne produisent plus leur effet, c'est le début de la débandade et du délabrement, le corps se dégonfle, l'esprit aussi.

Le corps de l'homme est un beau livre d'images, mais aussi un sanctuaire.

|| Ulysse

mardi 22 juillet 2008

Roland Nef testait une nouvelle tactique pour frapper l'ennemi


L'armée suisse ronfle dans de beaux draps. Son chef depuis 2008, le commandant de corps [!] Roland Nef (le bogosse tout à droite, 49 ans: on dirait pas) -- qui serait général si l'Helvétie était actuellement en guerre -- a lourdement importuné son amie durant 18 mois, s'il faut en croire les révélations de la presse. Les galipettes d'un homme public ne regardent pas le public, sauf si le salopard utilise l'arme du harcèlement.

> Or en 2006, l'homme avait répondu à des annonces coquines, envoyant la photo et l'adresse de son amie par courriel ou SMS à différents mecs. En lisant ces révélations, j'ai pensé que c'était probablement dans les moeurs des soldats professionnels d'économiser leur maigre solde, en début de carrière, et de partager une femme avec un bon camarade. Puis, comme on l'imagine
, cette pratique devenant une habitude, ils ne peuvent plus se passer d'une double dose de testostérone dans la chambre à coucher. Au pire, me suis-je dit, Nef voulait détourner à son propre usage des gars qu'il avait attirés avec la photo de sa copine. Il se travestissait et hop Suisse! Mais quand j'ai vu sa photo, j'ai compris qu'il s'agissait d'un secret militaire que les médias -- ces inconscients -- étaient en train d'éventer. En se travestissant et en attirant ces pauvres victimes dans ses rets, Roland Nef testait une tactique inédite pour faire fuir l'ennemi. En économisant la munition et les uniformes. (Vous l'imaginez avec une robe de combat en treillis, fendue jusqu'à la cuisse, et une perruque de paille blonde?)

> J'étais prêt à vendre mon information aux Chinois, aux Russes, aux Afghans, aux Serbes, aux Zimbabwéens et aux Amerloques. Or, nous avons appris que le commandant en chef de l'armée suisse était jaloux comme un pou; il utilisait les méthodes décrites ci-dessus pour amener les types des petites annonces à importuner celle qui était devenue son ex. Munis de son adresse, les gars sonnaient chez elle, etc. En même temps, Nef la harcelait par téléphone et lui envoyait des lettres anonymes. La malheureuse a finalement porté plainte et demandé de l'aide auprès du Service de consultation pour harcèlement obsessionnel de la police. Le parquet a ordonné une perquisition, des informaticiens de l'armée ont examiné le disque dur de leur futur chef.

> Sur sa page d'accueil au Département fédéral de la défense, de la protection de la population (au secours!) et des sports (c'est tutti frutti), le commandant de corps présente ses trois priorités pour 2008 [ses bonnes résolutions du 1er janvier, en quelque sorte] "à mettre en oeuvre de manière conséquente" [dans le langage des fonctionnaires, conséquent ne signifie pas logique, mais épais]. Au chapitre humain, "...la confiance, la transparence et l'esprit critique doivent être développés...". Pour la performance, "...renforcer la crédibilité de l'armée." Les voies à emprunter: "...donner un contenu à notre vision...", comme diraient des aveugles qui seraient aussi handicapés mentaux.

||Ulysse Photos: Visite d'une école de recrues le 8 janvier, Ruben Sprich (Reuters). Défilé militaire, Marcel Grubenmann.

lundi 21 juillet 2008

Eric Shanteau, 24 ans, face aux J.O. et au cancer testiculaire


L
e nageur étatsunien Eric Shanteau, 24 ans, qualifié pour les Jeux de Beijing, vient d'apprendre il y a un mois qu'il souffre d'un cancer testiculaire. Il prévoit néanmoins de participer à la compétition et de reporter les traitements après le rendez-vous olympique. "Si je n'avais pas été sélectionné, je serais allé immédiatement sur le billard. Mais la chance de participer aux J.O. ne se présente en général qu'une fois dans une vie..."


"Après le diagnostic, je me disais: non c'est pas possible que ça t'arrive à toi maintenant. Tu es en train de te préparer pour les Jeux et cette bombe te tombe sur la tête!" Les médecins avaient conseillé à Shanteau de se faire traiter de suite, ce qui l'aurait éloigné de l'entraînement pendant quinze jours au moins. Mais il a choisi de poursuivre sa préparation. Il est suivi de près et a décidé de renoncer à Beijing si le cancer devait se disséminer. Ce n'est pas le cas actuellement.

Un mal qui touche avant tout les hommes
de 20 à 40 ans


Le cancer d'Eric Shanteau a été décelé très tôt. C'est la petite amie du nageur qui l'a persuadé de consulter un médecin alors qu'il avait palpé une anomalie dans l'un de se testicules. "Je me souviendrai toute ma vie du jour où le diagnostic est tombé," dit-il. "C'est une expérience qui me rendra plus fort quand je l'aurai traversée."


Le cancer testiculaire frappe en général entre les âges de 20 à 40 ans. Il affecte dix hommes sur 100'000; le traitement est efficace à 95% en cas de détection précoce. Les causes n'ont pas de relation avec les pratiques sexuelles; elles sont plutôt attribuées à des problèmes advenus avant la naissance. Le manque d'exercice augmente aussi le risque.

Chaque mec devrait procéder à
un examen de temps en temps, après un bain chaud, lorsque la peau du scrotum [peau enveloppant les couilles] est souple. On roule délicatement les testicules [la paire de boules qui sécrètent les spermatozoïdes et les hormones, dont la testostérone] l'un après l'autre entre les doigts à la recherche d'une bosse suspecte, molle ou dure. Si l'on sent que le volume d'une couille ou de l'autre a augmenté, si l'on a mal ou si le précieux objet est devenu dur, il faut consulter. D'autres symptômes peuvent apparaître comme une douleur aux tétons, au ventre, voire de la toux.

Il ne faut pas hésiter à voir un médecin, ni craindre de le déranger pour rien. Il trouvera probablement un mal sans conséquence grave, et vous félicitera d'être venu illico.
Les burettes sont un bien trop précieux pour les négliger. Quant à la gêne que l'on pourrait ressentir à l'examen minutieux de cette zone privée, il faut l'oublier -- que l'on consulte une femme ou un homme. Elle/il a déjà tout vu, même une érection involontaire. Et si l'alerte ne correspond à aucun mal sérieux, elle/il ne se moquera pas. Car elle/il a aussi connu personnellement ce type d'inquiétude (voire de panique) et n'est pas forcément mieux armé/e pour affronter le diagnostic.

|| Ulysse

dimanche 20 juillet 2008

Pourtant, ils pleurent... et parfois c'est de la manipulation









La photographe Sam Taylor-Wood a publié une série de portraits intitulée Crying Men. Elle avait demandé à des acteurs de pleurer devant son objectif, que ce soit par jeu ou sincère. "Je n'avais pas terminé de charger mon appareil que certains d'entre eux versaient déjà des larmes; d'autres ont mis du temps à y arriver." Ici: Daniel Craig, le James Bond actuel. Ci-dessous: Ed Harris.




"U
n grand garçon ne pleure pas," disait-on. Musique du passé. Maintenant, on voit des sportifs chialer d'émotion et/ou de fatigue; des politiciens verser des larmes de crocodiles pour nous faire croire qu'ils sont repentants, alors qu'il sont vexés d'avoir été pris la main dans le sac et/ou le slip.

> Le torrent de larmes chez M. Toutlemonde est considéré comme une marque d'empathie. La capacité, aussi, de montrer sa vulnérabilité, sa joie, son chagrin, sa honte et son repentir. Seuls les vrais mâles, affirme-t-on, sont capables de cette preuve d'humanité.

> Les larmes sont aussi l'arme nouvelle des grands patrons. Quand un mec en costard active ses lacrymales, tout le monde fait attention. Il a certainement de très graves raisons: un être cher a été assassiné; l'entreprise a perdu des centaines de milliards; lui-même a été inculpé et les flics l'attendent derrière la porte du conseil d'administration; sinon la Chine, où il a délocalisé toute la production, a déclaré la guerre à l'Amérique.

> Imaginez une femme en costard qui s'abandonne aux pleurs dans les couloirs de l'entreprise. Tout le monde pense: elle n'ira pas loin, elle est trop émotive. Ou bien: elle sait pas gérer la maladie de son gosse, ses règles, les caprices de son amant.

> Avant, les femmes pleuraient pour se faire pardonner, pour soutirer un avantage, ou parce qu'elle avaient du chagrin. Maintenant, les hommes de pouvoir ou de muscle abusent des mêmes moyens. Leur avenir est bouché. Bientôt, on aura honte pour eux, on se détournera. Ils auront beau crier au loup... Aux femmes de pouvoir, il reste une autre arme: leur poitrine. Il semble peu probable que les hommes auront recours à cet argument.

|| Ulysse

vendredi 18 juillet 2008

Contrôlés positifs à la couleur



Des étapes trop rudes, des hommes traqués pour atteindre des résultats toujours plus impressionnants et contenter ceux qui les exploitent -- le sport spectacle triche depuis toujours. Et le danger pour la santé des coureurs augmente avec la sophistication des produits de triche.

En face, de vaillants amateurs suent et laissent tomber le maillot pour une cause vitale, cet été à Londres. Dans la joie et la bonne humeur, des cyclistes de 70 villes à travers le monde participent chaque année au World Naked Bike Ride pour attirer l'attention du public sur la pollution de la planète par la voiture et son carburant. Leur message: utilisez le deux-roues chaque fois que c'est possible: votre corps en tirera bénéfice et les morts prématurées provoquées par les problèmes respiratoires diminueront.

Normko (le photographe Norman Craig) qui a croqué à cru le couple en vert relève: "L'autre motivation des manifestants est de célébrer le corps humain nu dans toutes ses formes. A en juger par les réactions de la police, ici à Londres les bobbies se sont montrés bien plus tolérants et larges d'esprit que les flics français, la semaine dernière lors d'une manifestation semblable à Paris."


Stefan (auteur de la photo avec bus à impériale) ajoute: "Rien ne me met autant de bonne humeur que la vue de centaines après centaines de personnes de toutes formes et tailles qui se montrent totalement à l'aise dans leurs corps."

Alors, basta d'un Tour de France aux images frelatées exaltant le fric associé à l'exploit surhumain. Notre humeur et notre âme ont besoin d'éprouver de belles expériences en bonne compagnie, de la même manière que notre corps doit se nourrir de manière saine et goûteuse pour s'épanouir.

|| Ulysse Photos Flickr par Stefan (impériale) / Madeinsheffield (barbu fleuri)/ Normko
(couple vert et couple couronné).

lundi 14 juillet 2008

Osama (le complice de Bush) parraine Obama à la Maison-Blanche


T
he New Yorker
(daté du 21 juillet), magazine de l'élite qui se pique d'être cultivée (= guindée-libérée) est arrivé aujourd'hui dans les kiosques américains. Évènement rare: sa couverture suscite le débat. Elle met en scène le couple Obama dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. Michelle porte les fringues d'une révolutionnaire noire, flingue dans le dos. Barack Obama est déguisé en Islamiste (tel que se l'imaginent les Ricains les plus cons). Un portrait d'Osama (pour les ricains-cons ça sonne pareil) bin Laden est pendu au dessus de la cheminée dans laquelle brûle un drapeau américain (irrévérence suprême).

Réaction du New Yorker aux critiques qui n'ont pas manqué aujourd'hui: c'est la caricature du candidat que l'extrême droite a tenté d'imposer auprès des électeurs, avec ses supposés manque de patriotisme et manque de fermeté face aux terroristes. Mme Obama est représentée comme une Panthère noire et le couple se salue à la manière des militants blacks.

Donc un deuxième degré: la caricature d'une caricature. On m'a souvent reproché le deuxième degré de mes plaisanteries,je peux donc comprendre la tentation à laquelle a succombé la rédaction, bien installée au sommet de sa tour d'ivoire. Mais, dans un pays où 12% des électeurs est encore convaincu qu'Obama est un musulman (malgré les problèmes qu'il a eus avec son pasteur noir fort en gueule), un pays où le quart de la population n'a pas encore enregistré que les armes irakiennes de destruction massive n'étaient qu'une invention sortie du cerveau magouilleur de la busherie... dans ce pays, donc, peut-on se permettre de publier une telle pochade? Image qui, à force d'être reproduite dans les médias dès ce soir, finira par imposer l'idée qu'elle prétend renverser par le rire.

L'humour, la satire ne sont-ils pas censés être drôles et cruels, plutôt que d'inciter à la ratonnade? (Et pourquoi se moquerait-on de fringues "arabes" ou "africaines" dans un pays où tout le monde, sauf les premiers habitants exterminés, tire son origine d'un autre continent?) Et puis: The New Yorker ne commence-t-il pas à jouer un double jeu, lui qui a été racheté par l'Australien (d'origine) Rupert Murdoch, magnat des médias de la droite la plus louvoyante dans le monde anglo-saxon?

|| Ulysse

dimanche 13 juillet 2008

Ivresse avancée ou coma éthylique: faut-il que jeunesse se passe?


On dit couramment: il faut que jeunesse se passe. Oui, mais sans mauvais coup irréparable. Or l'alcool et la drogue récréatifs, consommés non plus pour faire une expérience, mais de manière régulière, produisent des dégâts inquiétants.

En Allemagne, on estime à 18'000 le nombre des jeunes en dessous de vingt ans hospitalisés pour ivresse sévère ou coma éthylique durant l'année dernière. Les caisses maladie sonnent l'alarme. En Australie, royaume de la défonce, une nouvelle classification considère qu'on est "buveur" dès quatre verres de bière ou trois de vin avalés en 24 heures. En France, l'interdiction de la vente d'alcool aux mineurs, voulue dès 2009 par la ministre de la Santé, soulève la question de son application. Le projet interdira également les "happy hours" (deux boissons pour le prix d'une) et les "open bars", pratique répandue dans les soirées étudiantes qui permet de boire autant qu'on veut pour un prix forfaitaire. Les stations service ne pourront plus vendre de produits alcoolisés, et non pas seulement entre 22 heures et 6 heures du matin.

La ministre justifie ces mesures par l'augmentation de la fréquence des ivresses et une hausse de 50%, entre 2004 et 2007, des hospitalisations de jeunes pour ivresse avancée. Le but est de prévenir les accidents de voiture, la violence, les rapports sexuels contraints ou non protégés, ainsi que "les comas éthyliques qui peuvent engendrer le décès".

Or l'absence de contrôle systématique rendra la loi inefficace, selon le professeur Claude Got, auteur de nombreux rapports sur la santé publique. "L'exemple du tabac n'est pas encourageant; les associations de consommateurs qui ont fait des tests ont montré qu'il était très facile d'acheter des cigarettes" pour un jeune de moins de 16 ans, malgré l'interdiction en vigueur. De son côté, le président de la Fédération des associations générales étudiantes estime que "la répression présente un risque, celui à terme de transférer la consommation d'alcool des soirées étudiantes et des lieux de sociabilité vers la sphère privée, sur laquelle les associations étudiantes n'ont plus aucun impact".

Pipe: photo drunksexorgy.com

vendredi 11 juillet 2008

En costume d'Adam, près des points d'eau, au siècle dernier


L
es hommes de ma génération
(nés autour de la deuxième guerre mondiale) ont une toute autre expérience de la nudité autour des points d'eau que celle d'aujourd'hui. En général, la natation naturiste s'e
xerçait de manière unisexe -- les jeunes filles et les femmes pratiquaient moins de sport -- et on ne balisait pas les lieux comme aujourd'hui. Il suffisait de trouver un endroit agréable et retiré, et il était adopté sans discussion. A l'époque, les petits lacs et les marécages étaient nombreux à la campagne; ils ont été asséchés depuis. Les ruisseaux et les rivières zigzaguaient: chaque détour invitait à la baignade; aujourd'hui, tout a été endigué, redressé.

Pourquoi passer du bon temps en plein air, entre gars, et en costume d'Adam? Les bains organisés étaient rares, les maillots inconfortables et chers, la (fausse) pudeur n'existait pas.

A ce dernier élément, plusieurs raisons. D'abord, l'étroitesse des logements, la promiscuité à l'école, à la mine, à l'usine, au club de sport et à l'armée. Des vestiaires et des douches sans partitions. La nudité obligatoire dans de nombreuses piscines (les fibres textiles bloquaient les tuyaux d'évacuation de l'eau). Enfin: la valeur pédagogique du simple appareil entre garçons, entre hommes, entre pères et fils. On n'en parlait même pas. Les psys de l'époque ne prenaient pas la plume pour nous prescrire chaque semaine ce qu'il fallait penser, faire et défaire.

C'est en y repensant aujourd'hui que les vieux bonzes épiloguent. Alfred: "A l'école élémentaire, on étaient nus pour le cours de natation. On ne se posait pas de questions. C'est en regardant les plus âgés que j'ai pris conscience des différences anatomiques. Et je me demandais de quoi j'aurais l'air en grandissant. Mais je n'ai jamais ressenti de gêne, ni à l'époque, ni plus tard." Michael: "Nous avons besoin de former des liens affectifs avec d'autres hommes, de nous mettre à poil moralement et socialement; d'apprendre à vivre ensemble sans nous menacer; d'entrer en compétition amicale, de savoir gagner et perdre sans arrière-pensée. Et aussi d'exprimer notre sauvagerie naturelle, mais amicale, entre hommes."

Erik: "Mon père m'emmenait nager dans une boucle assez calme de la rivière. J'avais cinq ou six ans; il était nu, moi aussi, et j'étais heureux d'être près de lui parmi ces hommes et ces garçons à poil. Sans paroles ou presque, mon père m'a appris la tolérance envers les autres, l'assurance virile et l'aisance avec mon corps. Lorsque nous étions assis un peu plus loin, pour nous sécher, je pouvais parler à mon père de tout ce qui me préoccupait sans qu'il me juge. Et quand je le voyais pisser, de dos, j'étais fier d'être un petit homme qui deviendrait comme lui, un jour, sans bien comprendre comment cela allait se produire."

|| Ulysse

jeudi 10 juillet 2008

Brochette de baloches pour barbecue féministe


"J'ai entendu dire que les féministes me cherchent", écrit Dave Hill dans le Guardian de mardi, "elles veulent se faire mes baloches sur le grill". "Tant pis si certains hommes sont prêts à payer pour qu'on leur inflige ce supplice; moi je vous assure qu'un immense régiment est en train de mener une guerre sexuelle sans merci contre nous autres, les hommes, et elles gagnent. Elles nous ont acculés à la défensive."

"Là où je veux en venir, c'est que les idéaux féministes les meilleurs -- ceux dont ne parlent pas les médias -- présentent aussi des avantages pour les hommes", précise-t-il dans Gender stereotypes hurt men too,
"Les stéréotypes sexuels font aussi du tort aux hommes".

Au départ, le féminisme visait à libérer les femmes des contraintes de leur rôle traditionnel. Il affirmait que l'abolition des frontières entre les domaines féminin et masculin n'allait pas menacer l'ordre naturel, mais apporterait plus de justice sociale et de satisfaction pour les deux sexes. Nous, les hommes, devrions également adopter ce principe émancipateur, pour notre propre bénéfice!

Le mâle profite encore de privilèges mal partagés; mais il porte aussi des responsabilités lourdes à assumer. "Je n'ai pas oublié que je ressentais déjà le poids des conventions masculines durant mon enfance, poursuit Dave Hill, elles étaient terriblement restrictives; cette éducation me causait beaucoup d'angoisse, avec tous les risques de dévier du rôle qu'elle imposait..." Pressions concernant la performance, les résultats. Et gare à ce qui est jugé sensible ou féminin dans le comportement.

"Il ne s'agit pas de demander à l'homme d'abandonner ses qualités traditionnelles pour développer sa "part féminine", conclut Hill, mais de lui faire comprendre combien une catégorisation rigide est artificielle, restrictive. Il n'est pas question de le priver de sa virilité, mais de lui donner la possibilité de s'émanciper et se développer dans toutes sortes de domaines, y compris en tant que père et homme au foyer. Et de permettre aux couples modernes, où tous les deux travaillent, de fonctionner d'une manière plus harmonieuse et démocratique."


mardi 8 juillet 2008

Une réserve de Peaux-Rouges socialistes en RDA


L'
ostalgie,
c'est la nostalgie des citoyens de l'ancienne RDA. Un livre paru ces jours rappelle comment, pour échapper à l'enfermement dans leur propre pays, des milliers d'Allemands de l'Est jouaient aux Peaux-Rouges et passaient les fins de semaines dans des camps de tipis, éveillant la méfiance de la Stasi, la police secrète.

Évasion par le jeu de rôle, par l'étude des coutumes, des danses et costumes d'une tribu d'Amérique lointaine. Recréation pittoresque et ethnologique d'une réserve haute en couleurs par des indigènes de cette sinistre réserve qu'était la République dite démocratique...

Une soixantaine de groupes d'Indiens se sont formés à travers le pays. Les réserves où ils plantaient leurs tipis pouvaient attirer plus de mille personnes s'adonnant à des rituels folkloriques. Mais les grillades, beuveries et coucheries sauvegardaient la couleur locale; les moeurs de l'Est étaient plus libres que celles de l'Ouest. Comme les Peaux-Rouges d'Amérique surveillés par les Blancs, ceux de RDA connaissaient leur ennemi intérieur. La Stasi infiltrait les groupes et les noyautait pour empêcher toute insurrection. Afin de calmer le jeu, les grands chefs indiens fumaient le calumet de la paix avec les autorités: ils s'inscrivaient au Parti.

Les Peaux-Rouges de l'Est avaient beau s'identifier avec les damnés du prolétariat américain (et le proclamer), ils n'étaient jamais à l'abri des brimades. Exemple: une jeune "Indienne" qui, pour confectionner son costume, avait consulté un ouvrage sur les Peaux-Rouges à l'ambassade américaine, avait été interdite de baccalauréat.

(Sozialistische Cowboys, Suhrkamp-Verlag.)
Photos: Suhrkamp-Verlag

lundi 7 juillet 2008

Tauro-machisme: le danger auquel on s'expose volontairement


On a vu éclater le pétard (chupinazo) ce matin à 8h précises; on a vu les portes du corral s'ouvrir et les fauves s'élancer dans la rue: les blancs en tête, bientôt dépassés par les noirs. On a vu les coureurs dévaler au plus près des bêtes -- devant, à côté, derrière -- sur un parcours de 825 mètres qui devait les mener aux arènes de Pampelune en moins de 4 minutes, malgré tous les obstacles.

Les risques: glisser, chuter, tamponner un autre coureur, s'écraser contre le mur, se faire encorner ou piétiner par un taureau.
Treize jeunes mecs ont été blessés ce matin lors du premier encierro (lâcher de taureaux) de la fête taurine de San Fermin qui se tient à Pampelune (Navarre) jusqu'à lundi prochain. Sur les treize malchanceux, huit sont des étrangers, c'est normal: moins bien préparés physiquement à la course, ne connaissant pas les réactions des taureaux, ni les passages les plus dangereux. Ces épreuves de tauro-machisme n'ont pourtant provoqué que 14 morts depuis 1911.

Un aficionado résume: "Il faut avoir les cojones vissées au ventre pour courir plus vite que les toros, et les oreilles retournées dans le dos afin de contrôler la situacíon et d'entendre la direction que prend l'animal le plus proche de ton culo. Sinon, tu finis encorné... comme un cocu ou un enculé" [selon ton choix, lecteur].

Le taureau a toujours été vénéré autour du bassin méditerranéen. Objet de confrontation entre deux entités viriles dans la corrida contemporaine, il n'était pas considéré comme un rival à abattre durant l'antiquité, mais symbolisait l'essence divine.

Sur une fresque de la Crète minoenne (âge du bronze), des danseurs (deux femmes en blanc, l'homme en rouge) se livrent au rituel périlleux du saut par-dessus le taureau. Ils donnent une impression d'association immatérielle et harmonieuse, sinon risquée, avec l'énergie sacrée de l'animal. Autres temps, autres intuitions.

|| Ulysse

dimanche 6 juillet 2008

Le plus gros mangeur de chiens sauve l'honneur américain


Le sport professionnel, on le sait, c'est souffrir un max pour se faire un tas de pognon. Ou, plus profitable encore: organiser le spectacle et envoyer les autres au charbon. Vendredi dernier, l'Aricain Joey Chestnut a défendu son titre de plus gros mangeur de hot dogs (conquis en 2007) en avalant 59 de ces sandwichs à la saucisse de Francfort en 10 minutes. Plus de trente mille supporteurs passionnés suivaient la compétition sur place.

Lors de cette épreuve organisée pour la Fête nationale américaine le 4 juillet à Coney Island (New York), Chestnut
affrontait un ex-tenant du titre, le Japonais Takeru Kobayashi. Un type redoutable, connu pour avoir pris part à une compétition malgré une lésion à la mâchoire contractée durant l'entraînement.
Joey Chestnut: "The Eating Machine" (à gauche), Pat Bertoletti: au gavage

Le Hot Dog Eating Contest [rattaché à l'International Federation of Competitive Eating] consiste à engloutir la plus grosse quantité de saucisses (et leur pain) en dix minutes, sans vomir, et en avalant une boisson. En 2007, l’épreuve avait duré 1
2 minutes durant lesquelles Chestnut, le challengeur, avait descendu 66 chiens chauds. Takeru Kabayashi, tenant du titre, avait essuyé un renversement (terme technique) en dégueulant un morceau et du liquide; il avait remporté la deuxième place avec 63 pièces non recrachées. La défaite du Japonais sauvait enfin l'honneur perdu des Etats-Unis: "The greatest moment in American sport", disait un commentateur à la télévision, "the entire free world is focused on these two men".

Le premier Hot Dog Eating Contest avait été organisée en 1916 entre quatre immigrés désireux de prouver leur amour envers leur nouvelle patrie.

Champion, lui aussi,
The Chimp ("Le Chimpanzé"):
avaler et faire avaler des couleuvres

samedi 5 juillet 2008

Des pères qui ne sont pas à la fête


C
e matin
, je me suis rendu au marché. Il s'étale comme un ruban de fruits, de légumes, de pains, fromages et charcuteries le long des rues pentues de Lausanne. Dans mon sac à dos: les cartes de visite de ce blogue (au cas où je rencontrerais un lecteur potentiel) et de quoi emballer des plantons (terme régional savoyard et suisse pour jeunes plants). J'ai trouvé des abricots du Valais en pleine maturité, et me suis arrêté au stand du MCP.

Place de la Palud (elle rappelle les terrains marécageux d'antan) se dressaient en effet les panneaux du Mouvement de la Condition paternelle. L'association rassemble des hommes qui se trouvent en position conflictuelle avec la mère de leur(s) enfant(s) en ce qui concerne: la garde, l'attribution de l'autorité parentale, l'exercice du droit de visite, le maintien des relations au sein de la famille et, bien sûr, la répartition des charges financières.

Qui imagine ces problèmes lorsqu'il tombe amoureux? Ou qu'il enfonce l'émulsionneur à crème
de manière improvisée, sans précaution?

On a mal à son couple et on se sent humilié de l'échec. En même temps, on souffre de la souffrance imposée aux enfants. On se débat dans toutes sortes de problèmes financiers, de procédures judiciaires, de conflits.

Pour se sentir épaulé, quoi de mieux que de rencontrer d'autres pères qui traversent les mêmes épreuves ou ont déjà accompli un bout de chemin?

La capacité éducative des pères, et du père -- compétence collective et talent individuel -- qui s'en soucie activement dans notre société?

Les pères blessés attendent de l'aide des autorités et des services "compétents". Ils en ont besoin. Mais un jour, il faudra bien qu'ils prennent le problème en main pour nous faire évoluer, nous les mâles, et rétablir la mission des hommes dans la transmission de l'expérience masculine à leurs fils et petits-fils.

Auront-ils cette volonté de changement, en faveur d'autres hommes, et pour leurs propres fils, une fois le gros de leur orage traversé? Ce ne sont pas les livres ni les conférenciers qui transforment la société, mais ceux qui plongent leurs deux mains dans la lourde pâte pour la pétrir et la transformer.

|| Ulysse Lien: Mouvement de la Condition paternelle. Photo: à New York, promotion du film Appelez-moi Dave avec Eddie Murphy.

mardi 1 juillet 2008

Thomas, mère porteuse, redeviendra père... si tout se passe bien


D
ans deux jours, si tout se déroule comme prévu, Thomas Beatie, citoyen reconnu mâle des Etats-Unis, donnera naissance à une petite fille que son épouse Nancy ne pouvait porter, étant donné qu'elle a subi une hystérectomie. Une fois la césarienne cicatrisée, Thomas redeviendra l'homme de la famille -- père et mari -- c'est promis.

Non, les gars, ce n'est pas demain que vous pourrez égaler les femmes dans ce qu'elles possèdent de plus magique, profond, surpuissant et violent: la capacité de tricoter un être humain! [L'expression courante, au sujet d'un mec ordinaire, "il lui a fait un enfant" est ridicule. Il a enclenché le processus avec son assentiment à elle, et il a partagé ses gènes qui, pour une fois, n'ont pas fini au fond d'une caverne barrée, d'une capote lubrifiée ou d'une main pressée.]

Thomas, lui, s'est fait mettre une petite graine achetée dans une banque du sperme.


On est peu de chose. Contemplez, mes frères, sans jalousie, le bonheur de cet homme barbu pendant une échographie de ses entrailles enceintes! Moi, sur l'écran, c'était ma prostate que j'observais, avec tout au plus, la perspective d'un cancer comme "heureux évènement".

Thomas fut une jolie demoiselle avant de devenir la moitié d'un homme (la moitié d'en-haut seulement): il avait subi un traitement de réattribution de sexe partiel (réduction mammaire et injections de testostérone tous les quinze jours) afin d'être reconnu comme mâle, dans l'Etat de l'Oregon, pour obtenir l'autorisation d'épouser Nancy.

Les femmes se plaignent que les hommes ne comprennent pas ce qu'elles traversent durant ces neuf mois. Thomas ne fera pas avancer le dossier car il est juge et partie. Il lui manque les parties pour être réellement aussi de notre côté.

|| Ulysse