mercredi 10 avril 2013

Déshabille-moi, attache-moi : j'ai besoin de larguer les amarres


J'ai rencontré Micha lors d'un stage de BDSM dans un coin perdu de Pologne. (Non, il ne s'agissait pas d'initiation à la bande dessinée...) Hétéro comme la plupart des participant-e-s, beau et jeune comme l'archange Michel, Allemand de l'Est. Nous sommes rapidement devenus complices et cela nous a aidés à supporter l'atmosphère pesante, les changements d'humeur du chorégraphe animateur, les caprices d'une partie de nos camarades et la bouffe infecte. Entre deux exercices de domination mentale ou physique, Micha s'adonnait à son art préféré: le ligotage (bondage). Le fait d'attacher un mec ou une nana n'éveille aucune émotion en moi. Mais en observant Micha, j'étais fasciné.



Il avait apporté sa collection de cordes, comme d'autres leur attirail de fouets et de pinces. Dès qu'il se mettait à jouer, à nouer des amarres autour d'un corps qu'il suspendait, je le voyais entrer dans la transe silencieuse du chasseur qui a repéré une proie. La corde qui lie et relie coulait entre ses mains, les noeuds se mettaient en place comme les notes sous les doigts d'un organiste. Micha dansait lentement autour du sujet, suivant son désir de maîtrise et les lignes du corps offert. Il était le sculpteur qui ne lâche jamais sa vision en trois dimensions.



Un cocon de corde se mettait prestement en place, tissé serré de telle façon qu'il s'inscrive dans la chair comprimée. L'attachement est un sentiment qui lie deux personnes, puissant et pourtant différent suivant qu'on se trouve ligoté en suspension ou maître d'oeuvre. Une impression progressive de solitude s'empare de l'individu attaché, mettant son corps en veille. Il doit choisir entre deux émotions: la panique qui met fin au jeu, ou le détachement de l'âme qui lui permet de larguer les amarres, d'accepter la perte de contrôle et d'entrer dans un néant troublant ou calmant.



Par amitié, Micha a accepté de m'attacher pour que je puisse aussi lâcher du lest. Il y a mis tout son talent, mais le feu de la passion manquait. J'étais un copain, pas sa proie. Pas la femme subjuguée par la rapidité avec laquelle il l'avait emballée. Pas la femelle hypnotisée dans un trip de soumission dont il allait disposer à sa guise, en l'amenant au bord de l'orgasme, puis en reculant, prenant son temps et repartant dans une charge puissante.

C'était le Micha du Bondage et de la Domination qui recevait chaque jour plusieurs SMS de sa copine lui demandant où il avait caché la clé de l'armoire dans laquelle elle rangeait son vibromasseur. Elle a dû attendre une dizaine de jour, un sacré lâcher prise... Micha l'artiste du ligotage, homme libre, gagnait sa croûte comme chauffeur de poids lourd indépendant. Le rencontrer valait bien le déplacement jusqu'en Pologne.

André

1 commentaire:

Spirou Bignole a dit…

J'ai toujours trouvé fascinant l'art du ligotage. Cette façon d'envelopper des corps dans une sorte de résille ou de dentelle tout en gardant un certain esthétisme, sans que cela ne ressemble à de la vulgaire cochonnaille prête à être consommée.
Un joli cadeau dans un emballage de nœuds savamment fait pour le plaisir des yeux et des sens.