samedi 19 novembre 2016

Personne n'est parfait : comment l'humour juif rejoint l'humour gay



"Personne n'est parfait !" Plus j'avance en âge et plus je rencontre de gays qui ne saisissent pas la pointe d'humour derrière ma répartie préferée. Parce qu'ils manquent de culture, n'ayant jamais vu le film Certains l'aiment chaud de Billy Wilder, sorti en 1959. Rattrapage: deux musiciens de jazz, Joe (Tony Curtis) et Jerry (Jack Lemmon), sont poursuivis par des gangsters et leur échappent en se travestissant pour s'engager dans un orchestre féminin dont Sugar Cane (Marilyn Monroe) est la chanteuse. Joe devenu Joséphine flirte avec Sugar Cane et Jerry devenu Daphné attire l'attention du milliardaire Osgood...



Billy Wilder avait fait venir un travesti professionnel de Berlin pour enseigner aux deux acteurs à marcher comme des femmes, en serrant les fesses. Selon Tony Curtis, "On avait l'habitude si on avait servi dans la marine." Le film raconte donc les déboires de deux mecs obligés de s'habiller en femmes pour sauver leur peau; il évite les thématiques homo ou travelo. On ne voit pas comment les gars opèrent la transition, pas de scène d'épilation ou de maquillage.




Comme d'autres metteurs en scène hollywoodiens talentueux de l'époque, Billy Wilder était originaire d'Europe. Né en Pologne, il avait vécu à Vienne et Berlin, puis s'était réfugié à Paris lors de l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Il avait ensuite émigré aux États-Unis. [Nous allons peut-être observer le phénomène inverse ces prochains mois.] Wilder était revenu en Allemagne en 1945 sous l'uniforme d'un colonel; il avait été affecté au montage de séquences filmées dans les camps de concentration. Ces films étaient destinés à la population germanique. On lui avait aussi demandé de mettre en scène des acteurs allemands pour ranimer la vie culturelle locale.



C'est ainsi qu'Anton Lang -- qui avait incarné le personnage du Christ dans Le Jeu de la Passion d'Oberammergau avant la guerre -- avait demandé l'autorisation de reprendre son rôle. Sous Hitler, Lang s'était engagé dans une unité militaire des S.S. Le réalisateur a répondu que ce serait possible à une condition: qu'on utilise de vrais clous. La mère, le beau-père et la grand-mère de Billy né Samuel Wilder étaient morts à Auschwitz. Plus tard, dans un article au sujet de l'Holocauste publié par un journal allemand, il avait interpellé les négationnistes: "Si les camps de concentration et les chambres à gaz n'ont pas existé, alors dites-moi: où est ma mère?"

Voici la perle du film, sa conclusion. Le milliardaire Osgood Fielding III propose à Daphné de l'épouser.
 


Des critiques ont reproché à Billy Wilder d'être misanthrope. C'est oublier le destin de ses proches. Certains l'aiment chaud raconte avec humour comment des femmes et des hommes pris dans une situation délicate peuvent se démerder habilement, puis tomber dans un nouveau piège. Le film aborde aussi un sujet dont on parlait peu à l'époque: la flexibilité du genre, la capacité de développer en soi la part féminine aussi honorablement que le principe masculin.

André

3 commentaires:

franck devenes a dit…

je l'ai vu ce film, il était super j'ai bien rigolé

Calyste a dit…

C'est un de mes films préférés. Je crois que je le connais par cœur. Et la dernière réplique ! Merci de m'apprendre toutes ces choses sur Billy Wilder.

Xersex a dit…

vraiment interessant!!! merci!!!