dimanche 19 février 2017

Les boxeurs grecs combattaient à poil -- même aux funérailles...


Diagoras porté en triomphe par ses fils.
Le boxeur Diagoras de Rhodes (Διαγόρας ὁ Ῥόδιος) est porté en triomphe dans le stade par deux de ses fils, champions eux aussi. Cet acte de piété filiale se passe au 5e siècle avant notre ère. La célèbrité dont jouissait Diagoras était causée d'abord par ses propres victoires, puis également par celles de ses fils Damagetos (champion olympique de pancrace en 452 et 448) et Akousílaos (boxe, en 448). C'est lors de leurs victoires en 448 que les deux frères ont associé leur père à leur propre triomphe alors que la foule les couvrait de lauriers. Deux petits-fils de Diagoras ont également collectionné des succès dans les sports de combat.




Selon la légende, Diagoras serait mort de joie, en plein triomphe, alors qu'il avait touché au plus haut sommet qu'un mortel et un père puisse atteindre.


Après le match, 300 à 200 avant notre ère.
Un troisième fils de Diagoras, Dorieús, a aussi remporté de nombreuses couronnes en pancrace. Ce sport combinant lutte et boxe est à peu près l'équivalent des arts martiaux mixtes (MMA), amalgame si brutal qu'il est interdit en compétition dans de nombreux pays, notamment à cause de la violence des coups qui peuvent être portés sur un combattant au sol et de la multiplicité des zones de frappe autorisées.


Pour les Grecs d'avant l'ère chrétienne, la nudité était naturelle et vertueuse. Lorsque un jeune athlète se défaisait de ses vêtements en entrant dans le stade, il n'exposait pas tant sa nudité que l'uniforme de la droiture, on dirait aujourd'hui du fair play. Ce qui ne signifiait pas non plus qu'il allait totalement s'en tenir aux règles... La triche et les coups bas sont inhérents aux sports de compétition.

L'homme à terre signale qu'il abandonne la lutte.
À propos de nudité, une autre légende rapporte que Kallipáteira, fille de Diagoras et mère de l'un de ses petits-fils champions, s'était rendue aux Jeux olympiques habillée en mec pour suivre les exploits de son rejeton et d'un neveu. Or, excepté les prêtresses de Déméter, déesse de la Fertilité, [une bonne raison de se faire religieuse], les femmes n'avaient pas le droit d'assister aux compétitions dénudées. La mère supportère a été découverte et présentée aux membres du Hellanodíkai (Comité olympique). En principe, son sacrilège méritait une condamnation à mort. Elle y échappa grâce à son appartenance à une famille de champions. Mais il fut décidé que des personnes douteuses entrant au stade devrait désormais se déshabiller pour prouver leur honnêteté.



Si l'on s'en réfère à l'Illiade, les guerriers mycéniens intégraient la boxe parmi les jeux funéraires destinés à glorifier les soldats morts au champ de bataille. Homère mentionne les épreuves organisées par Achille pour honorer la mémoire de son ami Patrocle tombé sous les murs de Troie. Notamment un pugilat, et une lutte à laquelle Ulysse prit part. Les Grecs anciens ont longuement débattu de la relation entre les deux guerriers. Hercule et Patrocle étaient-ils simplement copains, voire amis avec bénéfices [à la guerre comme à la guerre!] ou compagnons amoureux l'un de l'autre. Homère demeure discret alors que l'amour sensuel ne fait aucun doute pour Eschyle qui met en scène un Achille en pleurs évoquant leurs baisers torrides. Pour ce poète, Patrocle était l'éromène et Achille l'éraste. Le peintre Sôsias (vers 500 avant notre ère) le contredit dans la représentation bien connue d'Achille pansant Patrocle en figurant Patrocle avec collier et moustache face à un Achille très juvénile et glabre.

Art gallo-romain, an 175 de notre ère.

La boxe nous menés à nous demander qui, dans cette Grèce antique, était l'éromène, l'adolescent du couple pédérastique, et qui l'éraste, l'aîné. Le jeune garçon devenait attirant et disponible lorsqu'il quittait le gynécée (les jupes de sa mère) pour fréquenter la palestre afin de se cultiver et muscler. Puis le jeune éromène changeait de rôle lorsque lui poussaient des poils au cul et au menton. On le voit, les relations entre mâles étaient très codifiées à cette époque. Pourtant moins cruelles que les origines de la boxe. Thésée, roi légendaire d'Athènes, avait publié le réglemant. Le pugilat mettait face à face deux combattants assis qui s'affrontaient poings nus jusqu'à la mort de l'un d'eux. Plus tard, les boxeurs se sont battus debout, nus, mais pourvus de gants munis de pointes. De là l'expression tordue: "la vie n'a pas de prix".

André


6 commentaires:

Broc a dit…

Toujours bien sympas vos articles André !
Je n'ai pas encore écumé toutes vos archives. Mais je suppose que vous avez déjà évoqué "le bataillon sacré de Thèbes" et ses 150 couples d'amants.
Ayant vécu un certain temps dans le Maghreb, il me semble que les "amours grecques" entres hommes y subsistent à leur manière. Les préceptes islamiques, avec des cloisonnements relationnels entre hommes et femmes, participent à la continuité de cette tradition. Les relations "homo-tendresse" sont totalement acceptées dans la sphère publique. Garçons qui se font la bise en permanence, qui se tiennent la main dans la rue, se caressent, s'assoient l'un sur l'autre, se lavent et se massent au hammam... Dans les familles, il est courant qu'un jeune ait un "ami intime". Parfois cet "ami intime" se retrouve "garçon d'honneur" lors du mariage de l'autre.
Une anecdote : une fois que je faisais le marché, je dis à un maraicher mature à l'allure rustre "elle sont belles vos salades". Il me répond "elle sont belles comme toi". Les hommes n'ont pas de difficultés à se dire qu'ils se trouvent beaux. Ce qui en Europe, du moins en France, peut provoquer une gêne entre "hétéros".

Anonyme a dit…

Il y a une faute de français avec "l'uniforme de de la droiture".

Je commence à regarder la série Vikings. Il paraît qu'il y a de l’homo-érotisme.

André a dit…

Broc,

Oui j'ai observé la même tendresse entre jeunes hommes dans le pourtour méditerranéen, de la Turquie jusqu'au Maroc, ainsi qu'en Union soviétique. C'était à une époque où l'on parlait très peu d'homosexualité, sauf dans les milieux branchés. Aujourd'hui, l'homophobie des chrétiens occidentaux a malheureusement gagné les autres pays, y compris l'Afrique noire polluée par les missionnaires protestants, l'Église catholique et les politiciens américains républicains. Les Églises orthodoxes grecque et russe ne sont pas en reste, alors qu'elles devraient se concentrer sur les vrais problèmes qui gangrènent leurs pays.

franck devenes a dit…

la nudité de l'homme es superbe, très belle photos André

clodoweg a dit…

Les relations entre éraste et éromène sont une mise en scène littéraire de l'homosexualité.
Pour le reste... ça se passait comme partout.

André a dit…

Clodoweg,

Bien sûr, les mecs étant les mecs, on ne peut pas nous freiner. Néanmoins, ce qui nous intéresse ici est, comme tu l'écris, la mise en scène selon les règles de l'époque en comparaison des mises en scène actuelles qui sont en pleine déroute. Le mur étanche entre hétéro et homo sexualités laisse passer l'eau, ou plutôt le sperme, et de "nouvelles" catégories sortent du placard permettant à chacun de s'exprimer charnellement et d'évoluer ouvertement (ou presque) selon ses humeurs du moment.

Et les adolescents sont mieux protégés des actions auxquelles ils ne veulent pas participer. Sauf, bien sûr, dans leur famille, à l'école et à la messe...