dimanche 9 avril 2017

Les pissotières, lieux magiques ou maléfiques suivant leur usage...



À travers les siècles, les pissotières ont toujours représenté des lieux magiques, sinon maléfiques, où se déroulent des rites tabous, voire sacrilèges, dont le secret est mal gardé. Évaluez le nombre de mecs qui se considèrent normaux hétéros et les fréquentent néanmoins pour toutes sortes de raisons, comme celle d'avoir un besoin urgent.




Interrogez les gars qui sortent d'un édicule public et demandez-leur ce qu'est pour eux un "besoin pressant". Celui de vider leur vessie, de contempler en sociologue et ami des arts les graffiti (dessins et inscriptions) qui figurent sur les parois, de s'injecter un produit, de plonger une main dans leur slip pour remettre en place les bijoux de famille sans choquer les passants, de lâcher un prout pétaradant et odoriférant? Ou tout simplement de fraterniser avec leurs semblables?

À propos de graffiti... Il y a les gribouillis obscènes qui défoulent ceux qui les apposent; les tasses (pissoirs, tearooms, public urinals) sont l'endroit idéal pour rassembler ces oeuvres d'art brut. Les ruines de Pompéi témoignent de cette pulsion intemporelle: les mâles ont besoin de laisser des traces culturelles plus durables que leur pisse et leur sperme. Les murs témoignent ainsi de leurs exploits sexuels, de leurs désamours et inimitiés; ils informent aussi de leurs besoins, avec numéro de téléphone ou lieu de rencontre privilégié. À Pompéi, à l'entrée des thermes ou d'un lupanar, on pouvait lire: Vibius hic nihil futuit, Vibius n'a rien baisé ici, ou Antiochus hic futuit cum sodalibus, Antiochus a baisé ici avec ses copains.






À la fin du 19e siècle, l'architecture des urinoirs publics français n'était pas conçue par des sadiques dont l'intention aurait été d'empêcher de pisser les types pudiques, ou ceux qui n'arrivent pas à se soulager en présence d'autres personnes. Non! Il s'agissait de réprimer l'immoralité. Imaginez que certains messieurs rôdaient autour de ces endroits de passage pour commettre avec d'autres messieurs, en tout anonymat, des actes de chair que la morale réprouve encore aujourd'hui, bien que la demande ne cesse d'augmenter.

C'est peu dire que ces dispositions n'ont pas éradiqué le problème. En revanche, elles ont permis d'arrêter beaucoup d'hommes qui ne pouvaient pas se permettre de tels actes ailleurs. Des politiciens notoires, des membres du clergé, des fonctionnaires de police eux-mêmes -- mais en dehors de leurs heures de faction autour de ces mêmes édicules. Aux États-Unis (qui n'ont pas connu la chapelle vouée au robinet viril) les mecs qui draguent plus discrètement que d'autres dans les toilettes publiques ont mis au point un signalement spécifique. Tu vois un type plaisant entrer dans une cabine, tu t'installes dans le compartiment voisin et tu tapes du pied. Si l'autre répond, vous sortez ensemble et prenez rendez-vous. La police des moeurs en profite pour envoyer ses spécimens les plus alléchants à la chasse. Ils arrêtent le menu fretin, mais aussi des personnages connus, pères de famille, politiciens qui font campagne contre les droits des LGBT, chanteurs dont la carrière est salement enrayée puisque les flics sont en ligne directe avec les journaux à scandales.


Si les murs des pissotières sont presque muets aujourd'hui, c'est à cause des revêtements synthétiques et des sites de rencontre sur la toile. On n'y lit plus "Où il y a de la gêne, pas de plaisir", sinon "La sodomie est un péché qui mène en enfer -- où tous les mecs sont gays", ou encore "19 cm" suivi d'un numéro de téléphone. Alors on pisse en consultant son portable.

André

2 commentaires:

Xersex a dit…

vraiment très interessant!!!

Thierry Cador a dit…

Merci pour cet article très intéressant en effet. Mais où trouver les pissotières aujourd'hui ? Les rares que je connaisse semblent plus ressembler à des blackrooms. Un escalier, l'obscurité, l'odeur d'urine de plusieurs jours ... à couper l'envie ...
ou bien des toilettes payantes ( en gare de Lille Flandres ) à 0,80€ payables en liquide ou CB, où la propreté contraste avec l'exemple précédent, où l'espace autoriserait un plan à plusieurs mais impossible puisqu'on y est épié, surveillé étroitement. Du temps d'une adolescence lyonnaise, j'ai connu ces pissotières où la drague et le sexe étaient possibles. Temps révolu ?