mercredi 27 septembre 2017

Il n'y a aucune raison d'accepter l'espionnage global de nos actes ! !




Un programme d'intelligence artificielle, mis au point à l'Université de Stanford, a la prétention de pouvoir déterminer l'orientation sexuelle d'une femme ou d'un homme à partir d'une photo. [Lire le billet précédent.] Peut-on être certain du sérieux de cette recherche? Et à quoi va-t-elle servir, en dehors d'un contexte de drague? Dans le milieu LGBT, nous développons notre gaydar (radar gay) dans ce but. Certains gars nous lancent des indices clairs -- façon de parler, se comporter, vêtements, accessoires. Mais la plupart d'entre nous ne cherchons plus à nous distinguer du reste de la population.





Au siècle dernier, il fallait nous cacher. Aujourd'hui, dans les États évolués, [je demande pardon pour ce terme à celles et ceux qui ne partagent pas ce privilège] nous n'avons plus besoin de nous dissimuler, ni de nous manifester pour faire évoluer les mentalités -- sauf au sein des communautés bigotes ou politiquement extrémistes.



L'invention de Stanford suscite la controverse, pas uniquement dans les milieux gays. Une série d'articles récents dans Le Monde (Paris) et Le Temps (Lausanne) vient de mettre en évidence les bidouillages que se permettent de nombreuses publications scientifiques. Par exemple le fait que le processus d'évaluation obligatoire par des pairs manque souvent de sérieux; mais surtout que de nombreux travaux sont menés trop hâtivement parce que les scientifiques doivent constamment publier pour se placer parmi leurs pairs et attirer des ressources financières. Dans le sujet qui nous concerne, on peut se demander pourquoi les chercheurs ont focalisés leurs travaux uniquement sur les personnes blanches, lesbiennes et gays, excluant les autres races, les bisexuels, les transgenres, et les intersexuels.



Enkidu et Gilgamesh.


Quant aux photos à la base de leur recherche elles ont été prélevées uniquement sur un site de rencontres. Sont-elles représentatives de nos communautés? Et la sexualité humaine se divise-t-elle uniquement entre hétéros et homos, sur un mode binaire? Non, bien sûr. Et les traits faciaux que la machine analyse révèlent-ils l'attirance sensuelle et spirituelle d'un mec envers un autre mec, ou des pratiques sexuelles entre gars, jusqu'à celles qui sont courantes dans les prisons, l'armée, la marine, certains types de sports et d'autres lieux où les hommes se retrouvent entre eux.






Un autre sujet de préoccupation grave est celui de l'utilisation de ce programme de détection. Qui l'achètera? Ceux qui sont obsédés, pour une raison ou l'autre, par le thème de l'homosexualité. En premier: les créateurs de ce programme qui prétendent apporter une preuve supplémentaire que notre orientation est innée. What else? Depuis le 19e siècle, des "chercheurs" nous diagnostiquent, nous classent parmi les cas pathologiques et fournissent des justifications à tous ceux qui veulent nous "guérir", nous lobotomiser, nous enfermer, nous exterminer. En 1973, l'Association psychiatrique américaine nous a déclassés de la catégorie Maladies mentales vers celle des Troubles de l'orientation sexuelle -- qu'elle a abandonnée en 1987. Quant à l'Organisation mondiale de la santé, elle a attendu 1992 pour déclarer officiellement que nous n'étions plus des fous (mais éventuellement des folles!).



Sauf que ce message n'est pas parvenu juqu'aux Églises et aux autres religions, ni jusqu'aux pays (semi-)dictatoriaux d'Europe de l'Est, d'Afrique et d'Asie qui continuent à persécuter, torturer et tuer leurs concitoyens LGBT. C'est ainsi que le programme des "chercheurs" de Stanford trouvera une nombreuse clientèle dès qu'il sera commercialisé. Le Vatican sera-t-il le premier à l'acheter? Pas sûr. Cela risquerait de le priver de 30 à 40% de ses forces vives, alors qu'il a tant de peine à recruter. Lorsque l'application mobile sera disponible, elle sera utilisée par les parents, les fiancées, les chefs d'entreprise, ainsi que les partis politiques extrémistes.



"Amitié soviéto-chinoise."


J'exhorte les jeunes que je rencontre, hétéros et homos, ceux que l'avenir de la planète préoccupe, à s'engager en politique -- même et surtout la politique locale -- pour infléchir l'avenir dans la direction qu'ils souhaitent. Ou à militer activement en faveur d'une cause qui leur tient à coeur. Les technologies de l'analyse et de la reconnaissance faciales (psychometric profiling) auxquelles les gars de Stanford se sont exercés nous annoncent un avenir de surveillance généralisée, conjointement avec les informations que collectent Facebook, Google et compagnie. Chaque aspect de notre vie personnelle sera touché. Ceux qui achèteront ces données -- ou les voleront - sauront quelle maladie grave vous pourriez contracter; quel est votre état mental présentement; si vous êtes susceptible de commettre l'adultère, ou un crime, sinon un attentat; quelles sont vos opinions politiques, comment on peut vous influencer -- ce qu'ont déjà utilisé les promoteurs du Brexit et les partisans de Donald Trump.




Et ce sont des machines qui les informeront, avec tous les risques de fausse interprétation que cela comporte. On appelle ce domaine l'intelligence artificielle, terme transféré en direct de l'anglais. Or, dans cette langue le mot intelligence comprend deux sens, celui que nous lui donnons en français et celui de service de renseignements. À méditer! N'avoir rien à cacher présentement n'est pas une raison d'accepter la surveillance de masse.

André

samedi 23 septembre 2017

Gay ou pas ? Comment un algorithme l'indentifierait à notre insu



Raffaello Sanzio, dit Raphaël (1509).





Début septembre, des "chercheurs" de l'Université de Stanford ont annoncé qu'ils avaient mis au point un programme d'intelligence artificielle algorithmique capable de déceler l'homosexualité d'une personne simplement en analysant la photo de son visage. Avec 81% de justesse pour les hommes et 74% pour les femmes. [Cette fois, l'inégalité avantage les demoiselles.] On n'arrête pas le progrès: un ado qui se demande si "il l'est" n'aura qu'à envoyer sa photo par courriel et montrer le diagnostic à ses parents pour faire son coming out -- à 13 ans au lieu de 23. Ces derniers ne pourront plus prétendre qu'il "traverse une phase". Ils le foutront d'emblée à la rue et le gamin se suicidera sans attendre. On apprendra ensuite que la machine s'était trompée: il faisait partie des 19% d'erreurs.


Le couple de Jean Marais et Jean Cocteau (1939): mâchoire large, mâchoire étroite.

Selon le Journal of Personality and Social Psychology qui a publié ces travaux, les chercheurs Michal Kosinski and Yilun Wang auraient utilisé plus de 35'000 photos de femmes et d'hommes trouvées sur un site américain de rencontres pour mettre sur pied leur programme. Leur étude a démontré [prétendent-ils] que les femmes et hommes homos présentent des "traits atypiques" pour leur genre, soit des expressions, des types de coiffure et de vêtements qui font que les tantouses sont plus féminines et les camionneuses plus masculines d'aspect. Les lesbiennes ont une plus large mâchoire et le front plus petit que la moyenne des femmes hétéros. Tandis que nous les gays traînons une mâchoire plus étroite, un long nez et un front plus large que nos frères dits "normaux".





Ces audacieuses "découvertes" traduisent des lieux communs que nous connaissons depuis des siècles. Un groupe de personnes [combien? seulement des étudiants de Stanford?] auquel on a soumis les photos a pu identifier 54% des femmes et 61% des hommes. Pourquoi cette différence? Parce que l'orientation sexuelle des femmes serait plus fluide. C'est ce que l'on prétend actuellement. À mon avis, dans une société où la fluidité des mâles serait mieux acceptée, il se pourrait que l'écart diminue. Enfin, l'article souligne que ces résultats soutiennent la théorie selon laquelle notre orientation sexuelle serait déviée de la norme par l'exposition du foetus à un dérangement hormonal. D'être LGBT ne serait pas un choix de notre part comme l'imaginent ceux qui veulent nous "guérir".







Cette étude ne va pas modifier les attitudes homophobes, car il y a du fric à gagner en proposant des thérapies de conversion. Et aussi des voix à récolter pour les politiciens qui veulent effrayer leurs électeurs en nous faisant tous passer pour des violeurs d'enfants. Alors que les abus sont majoritairement commis dans les familles et les communautés religieuses ou sportives...



Dans le prochain billet, j'exposerai: 1) pourquoi il faut se méfier des publications dites scientifiques, 2) pourquoi cette étude me paraît superficielle, 3) combien elle est dangereuse pour les LGBT vivant sous un régime dictatorial, et 4) comment nous pourrions nous aussi devenir victimes d'un despote... Les mecs! en attendant, félicitez-vous d'avoir le nez fin et le front large: il faut du flair et être ingénieux pour s'imposer dans un monde qui se contente d'être "tolérant" à notre endroit au lieu de manifester une intégration sans conditions.

André

Albrecht Dürer (1501).




mardi 19 septembre 2017

Les mâles et leur pénis: contemplation, comparaison, habituation




La fascination qu'exerce sa bite sur un jeune garçon commence tôt. Et la curiosité grandit en même temps que le garnement. Arrive l'âge des comparaisons. Suivant la situation, il doit ruser pour arriver au but. Certains camarades sont prêts à l'échange, d'autres encore trop timides. Vient aussi l'examen des aînés, grand frère, cousins, père. Jusque-là, jeunes hétéros et homos suivent le même parcours. Plus tard aussi, le degré de contemplation restera à peu près égal d'une orientation à l'autre.






Question comparaisons, en revanche, le jeune homme gay est avantagé. Si le vestiaire offre le même champ d'exploration aux deux camps en ce qui concerne les bites au repos, les gars bi et homos sont avantagés dans les lieux de rencontre qui leur sont réservés.



Une question se pose. Les gays sont-ils plus excités par la contemplation de leur propre organe à cause de leur attirance innée envers le même sexe? Cela dépend des gars. En revanche, les hommes bien chargés en testostérone éprouvent une forte exaltation en voyant leur membre s'introduire dans la cavité de leur choix. Cela participe à la puissance de l'orgasme. Et ils imaginent aussi une pénétration en se masturbant. Donc, peu de différence entre les orientations. Je n'ai pas l'impression que la vue de mon gourdin en photo sur l'écran de l'ordinateur me provoquerait une érection. La pine d'un autre mec, bien sûr, à condition qu'elle ressemble à mon idéal.





Autre enthousiasme partagé entre mecs -- toutes catégories confondues -- c'est lorsque le regard de la personne en face de nous s'éclaire en contemplant notre bas-ventre. Si la société des hommes pouvait communier sur ce qui la réunit au lieu de se focaliser sur la différence -- somme toute peu importante --  nos liens seraient tellement plus fraternels...

André