mardi 12 juin 2018

Remplacer la Pride des paquets et pectos par une Marche solidaire




C'est la saison des Marches dites de la Fierté LGBT. Je revois la première de ces manifestations en Suisse, à Berne (la capitale). Un samedi de 1979 -- dix ans après la révolte dans un bar de Manhattan, le Stonewall, où les clients, menés par une bande de folles résolues et intrépides, s'étaient révoltés contre la police qui multipliait les descentes et les arrestations... À Berne, j'avais décidé de "soutenir" les courageux marcheurs, mais en restant spectateur. Quand j'ai vu le nombre restreint des Romands (les francophones) derrière le seul calicot en français, je les ai rejoints. Imaginez l'étonnement, l'émotion de voir des policiers retenir les voitures aux carrefours pour nous laisser passer ! C'était, il y a près de 40 ans. Pas de drapeau, de déguisement, pas de rires, c'était solennel. Le mot gay n'existait pas encore. Les rares curieux le long du cortège n'avaient jamais vu autant d'homosexuels.



Dans les journaux du dimanche, on pouvait voir la photo de notre douzaine de Romands, chacun bien reconnaissable. À l'époque, j'étais président du groupe gay le plus important de mon canton. Plusieurs membres m'ont reproché d'avoir participé à la marche. Selon eux, c'était trop dangereux. Et le lundi matin, quelques chers collègues de l'entreprise où je travaillais se sont rendus chez le directeur pour lui montrer la photo. J'avais informé le patron de mes activités militantes et il leur a répondu que ma conduite au travail était irréprochable. La vie d'un LGBT sorti du placard est un long fleuve de comings out.





À l'époque, nous n'aurions pas imaginé que la majorité bien-pensante envisagerait un jour de tolérer -- et finalement d'agréer -- que nous soyons traités comme des êtres égaux. Face aux lois, notamment concernant le mariage et la famille. Et que les fichiers de police à notre endroit seraient détruits, les discriminations sanctionnées. Au fur et à mesure de cette évolution, les Marches de la Fierté sont devenues plus détendues. Le public massé le long de nos cortèges a découvert que les pédés pouvaient être musclés et bronzés, et les travestis très rigolos, voire d'une élégance folle. Nous les pionniers, sérieux et chargés de mission libératrice, nous frémissions en voyant que cette manifestation perdait sa vocation première qui était, à nos yeux, de nous montrer comme des gens raisonnables et bien intégrés. Néanmoins, le côté carnavalesque n'a pas empêché l'évolution des mentalités. Certains nous ont jugés et nous méprisent encore, d'autres ont été rassurés et conquis.


Varsovie.

Aujourd'hui, la situation des personnes LGBT n'est pas assurée. À l'Est de l'Europe, nos soeurs et frères vivent encore dangereusement. Dans certains pays dits démocratiques, la progression est stoppée. D'autres minorités aussi sont en danger. Nous les privilégiés, qui avons connu l'épreuve du sida et y avons survécu, nous ne devons pas oublier ceux qui rencontrent de grandes difficultés, notamment les LGBT en quête d'une vie nouvelle hors de leur pays dévasté. Il y a de nombreuses manières d'apporter de l'aide; à chacune et chacun d'entre nous de s'y mettre selon ses talents.


Justin Trudeau et son fils, l'an dernier à Toronto.

Justin Trudeau, vendredi dernier.

Aux États-Unis d'où nous vient la Marche gay des fiertés, le mot pride est utilisé à toutes les sauces, aussi bien religieuses que commerciales et politiques. Et l'on est fier d'être Américain, comme si c'était un privilège gagné de haute lutte. Pride, signifie aussi l'orgueil, la vanité, l'amour-propre, l'arrogance [voyez ci-dessus à droite]. Moi, je n'ai pas honte d'être suisse ou gay, mais je n'en suis pas fier non plus. Je n'y suis pour rien. Ce que la fierté gay a signifié au départ, c'est que nous n'étions pas des êtres inférieurs. Mais aujourd'hui, je souhaiterais que cette manifestation annuelle devienne la Marche du Soutien, de l'inclusion. Qu'à notre tour nous nous préoccupions de ceux qui sont dans des situations délicates, qui sont méprisés et mis de côté. Comme nous l'avons été.

André







Rome.




Tel Aviv.


Athènes.

Bucarest.





  

4 commentaires:

clodoweg a dit…

Bel article André.
J'ai adoré la kippa arc en ciel !

Xersex a dit…

on a des prides dans l'Italie entiere!

Unknown a dit…

Quand je pense à celui de l'île Maurice ça me rend triste

Anonyme a dit…

Le site lgbt américain queerty a compilé des images de pride allant de 1970 à nos jours https://www.queerty.com/photos-45-years-of-gay-pride-in-45-amazing-images-20140617