-- 17 mai: Journée mondiale de la lutte contre l'homophobie (3)
Plus de soixante écrivains se sont rendus à Soleure pour lire en public quelques pages de leur nouveau livre
ou d'un travail en cours. En allemand, en schwitzerdütsch, en français, italien, néerlandais, russe ou anglais, mais pas rhéto-romanche cette année, si je ne fais erreur. Des voix féminines fortes, des voix viriles -- et d'autres qui exprimaient l'amour au féminin ou masculin pluriels. L'immense Hugo Loetscher, présent encore au printemps dernier en était une. Il nous a définitivement quittés durant l'été 2009.Simon Froehling, 32 ans, helvético-australien de nationalité(s), est bachelier 2009 de l'Institut littéraire suisse de Bienne. Déjà connu en tant qu'auteur de théâtre, il a lu des extraits de son premier roman Lange Nächte
Tag (Bilger, 2010). Patrick, le narrateur, et Jirka font connaissance pendant leur cours de yoga à Zurich et concrétisent quelques heures plus tard. "Der Sex war schnell und leise. Honnêtement, je dirais que chacun l'avait fait de son côté. Comme si nous voulions dépasser l'épisode aussi rapidement que possible afin de garder assez de temps ensuite pour nous découvrir." Les deux gars traversent des épreuves lourdes, d'autres légères, passent et gâchent leurs nuits dans les boîtes comme il est d'usage à leur âge. Ils alimentent leur jalousie ou leur dépit en se surveillant mutuellement sur la toile. Forment-ils un couple? "Est-ce que tu es souvent sur le net? [...] La question signifiait: j'ai vu que tu te branches tous les jours sur le Salon bleu. J'ai vu que tu n'as pas changé ton statut, tu marques toujours Single et j'aimerais savoir si tu..." Il se passe des choses dramatiques sous la douche, et d'autres plus gaies: "...und wir lieferten uns einen Schwertkampf, et nous nous étions battus à la pointe de l'épée, duel qu'aucun ne pourrait gagner, jusqu'à ce que nos queues soient vaincues par les coups et nos visages tordus de rire."
Le rapprochement et l'éloignement, le désir et le risque: Simon Froehling aborde un sujet grave, récurrent dans les années 1990 et qui n'apparaît presque plus dans les romans d'amour gay aujourd'hui. Il faut, m'a-t-il expliqué, que la génération actuelle en prenne conscience. Libertin et responsable, chapeau Simon! Un livre qui s'interroge aussi, entre les lignes, sur ce qui peut être raconté, ou pas. Et le prochain? "Ich denke, ich werde mich erst mal freischreiben müssen", a-t-il répondu au mensuel Cruiser. L'écriture décidera.
Ulysse














