Sous nos latitudes, la saison actuelle est celle où nous cessons de
déambuler nus dans les lieux qui s'y prêtent. Dans sa Genèse la
tradition judéo-chrétienne des Saintes Écritures entame le sujet du
naturisme comme notre automne. Un fleuve émerge du sol de l'Éden pour
l'abreuver. De cette glaise Dieu modèle le premier glébeux avec ce
message: "De tout arbre de ce jardin tu mangeras, mais de l'arbre de la
pénétration du bien et du mal tu ne consommeras pas. Oui, du jour où tu
en consommerais, tu mourais." Et c'est de là que tout s'altère entre Lui
et nous.
Néanmoins Dieu comprend qu'il n'est pas bon pour le glébeux de demeurer
seul. "Je ferai pour lui une aide contre lui." Et patatras: le Père
éternel empoigne de la glèbe pour former les animaux qu'il fera défiler
devant le premier humain. Sans succès. Deuxième patatras: après avoir
endormi le glébeux, Dieu prélève une de ses côtes et en calibre une
femme. "Celle-ci c'est l'os de mes os, la chair de ma chair," déclare le
premier humain. Selon le récit, "les deux sont nus, pourtant ils n'en
blêmissement pas."
La suite a prouvé que la glébeuse a engendré tout le reste de
l'humanité, et pas Adam... D'où les incompatibilités qui se sont
installées entre tant de couples dits "normaux". De plus, c'est là
qu'intervient un serpent qui se permet de contredire Dieu. À la femme
tentée par la beauté du fruit au milieu du jardin, il annonce que d'en
goûter rendra le couple plus perspicace. En effet leurs yeux "se
dessillent". Ils prennent conscience de leur nudité. Dieu les repère,
Adam accuse sa femme, elle le serpent, et l'Éternel la punit. (C'est du
moins ce qu'ont écrit les rédacteurs machistes de la Bible.) "Dans la
peine tu engendreras des fils; et ta passion, ton homme, te gouvernera."
Quant au glébeux, il est condamné à cultiver la glèbe à la sueur "de
ses narines". Ils sont expulsés du Jardin d'Éden, vêtus d'un cache-sexe.
C'est ainsi que nos ancêtres ont bénéficié de la
gymnosophie -- la
perception de la nudité. Oui, car nous retrouver à poil en bonne
compagnie a favorisé la convivialité dont nous avions tant besoin. Cela
nous a incités à mieux tolérer le corps dans lequel nous vivons, à
cesser de critiquer ses défauts, donc aussi ceux des autres. À ne plus
craindre les regards critiques. (Ce qui fout en pièces le métier
d'influenceuse et d'influenceur.)
Avec la capacité de l'organisme à se guérir lorsqu'il est soumis à des
éléments naturels -- sudations, bains froids, enveloppements humides,
cures d'air, de soleil et alimentation plus végétarienne -- une autre
dermatologie a pris de l'importance face à la médecine officielle. Lors
du Concile de Trente, l'Église catholique a restreint la valeur du nu.
Tandis que les protestants, grâce à leur accès direct vers Dieu, ont pu
s'adonner à des pratiques d'hygiène collective, comme les saunas en
Europe du Nord, et retrouver ainsi l’harmonie du Jardin d'Eden. Les
impulsions nudistes -- et nos saunas -- auraient donc été provoquées par
le christianisme. Avant lui il n'existait aucune proscription du nu
dans notre antiquité, que ce soit chez les Celtes, les Grecs, ou les
Romains.
André