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dimanche 23 avril 2023

Lorsque les LGTB exerçaient des fonctions essentielles au sein des tribus





Lorsque, jeune homme, j'étudiais la linguistique descriptive, l'ethnologie et l'histoire des religions, je n'imaginais pas que ma vie ultérieure se déploierait dans la sphère journalistique et dans l'engagement de militant gay. Ni que je voyagerais à travers cinq continents, notamment en tant qu'escort, traduisez "accompagnateur de touristes américains". Que j'expérimenterais plusieurs sortes de massages, tantriques ou pas, néanmoins tous nus. Ou que je participerais à des rituels tribaux en dansant ou me faisant transpirer à en crever. Que je me rendrais en train de la Suisse jusqu'à Hong-Kong et retour; que je voyagerais d'une côte à l'autre des USA. Que je tiendrais ma promesse de visiter Tombouctou et d'enquêter à Zanzibar en période de crise, avant l'âge de trente ans.




La semaine dernière, j'ai décrit ici comment un voyage chamanique m'avait aidé à éprouver -- dans mes tripes et mon cœur -- ce que mon père avait ressenti en découvrant les cadavres de son épouse et de leurs deux enfants gazés: toute sa famille décimée... Jusque-là, j'avais considéré ce drame de l'extérieur, avec beaucoup de sympathie. Or j'ai pu mieux relier sa tragédie avec ce que j'ai éprouvé plus tard à la mort des mecs que j'ai le plus aimés et des gars que j'ai accompagnés dans leur sida foudroyant. Mais la transe chamanique n'est pas réservée aux tragédies ! Elle permet aussi de décrypter des expériences étonnantes, voire bandantes comme est-ce que c'est le début de... 



À travers les âges, avant l'invention des religions actuelles, les homosexuel/le/s étaient  considérés par les peuples premiers comme des humains aux deux esprits (les two spirits des Indiens d'Amérique), destinés à exercer des fonctions cérémonielles, sociales, de guérison mentale et physique, voire de direction militaire. Nous étions chargés de ramener la paix entre les clans opposés puisque nous étions munis, pensait-on, d'aptitudes féminines et viriles. Aujourd'hui, nous luttons contre l'ignorance qui est le fondement de l'homophobie. Et contre la colère, le besoin de vengeance de ceux qui envient notre indépendance  sexuelle et religieuse. Car les plus libérés parmi nous embrassent la vie comme une célébration.





Dans mes deux textes sur le chamanisme, j'opère une rencontre avec la Bible pour ouvrir l'esprit des fondamentalistes. La semaine dernière, c'était par rapport à la marche sur le feu. Ici, il s'agit de la rencontre de Jacob avec l'Ange (Dieu ?) dans Genèse 32:23-33.  Cette nuit, Jacob prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. Puis il resta seul. Et quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Il le frappa à l'embouchure de la cuisse et la hanche de Jacob se disloqua. Jacob lui dit: "Je ne te lâcherai pas que tu ne m'aies béni." L'inconnu lui demanda: "Quel est ton nom ?" "Jacob." L'inconnu reprit: "On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Elohim (Dieu) et contre les humains." Jacob nomma ce lieu Penuel car, dit-il, "j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve."  Aujourd'hui, on ne rencontre plus "Dieu" mais des entités mieux définies, parce que l'univers s'est ouvert aux conquêtes spatiales. Et les chamanes n'ont pas besoin d'implants dans leur cerveau pour voyager. 





Jusqu'à ma retraite, je n'ai jamais songé à la médiumnité ni au chamanisme. Je n'y croyais pas. Chaque étape de ma carrière a succédé à la précédente sans que je ne l'aie prévu. Plus tard j'ai compris le fonctionnement de la synchronicité développé par le psychiatre Carl Gustav Jung. Cette synchronicité est la manifestation coïncidente de deux éventualités qui ne semblent pas devoir s'associer, mais prennent du sens pour l'individu qui les perçoit. Exemple: durant mes vacances d'étudiant, mon père m'a conseillé de trouver un job pour me faire un peu de fric. J'ai trouvé une annonce de stagiaire. On m'a engagé et c'est ainsi que je me suis formé au journalisme, profession que je n'avais jamais considérée.






À partir des années 1980, j'ai suivi de nombreux stages proposés par des gourous et des maîtres à penser. Les réseaux sociaux n'existaient pas, il fallait se déplacer d'un pays à l'autre. J'ai appris à méditer durant quatre jours sans prononcer un seul mot -- un supplice. À entrer en action, les yeux bandés, au milieu d'une trentaine de femmes et d'hommes à poil. À jeûner, méditer, étudier et marcher durant une semaine. À apprendre le massage du corps entier pendant une semaine, en accordant deux heures à chaque étape, ce qui faisait fuir, à la fin, celles et ceux qui craignaient de réagir trop fortement à la dernière étape... La première m'a le plus impressionné: je n'imaginais pas tout ce qu'on peut ressentir en massant un pied, ou en étant massé.






Après l'assassinat de mon copain, je suis devenu accroc à la violence de la boxe que je détestais. J'ai essayé d'en parler avec un psy. Autant s'adresser à un tas de cailloux. J'ai trouvé un stage d'Allemands gays qui étudiaient le tantrisme hindouiste (5000 ans avant notre ère) visant à unir l'esprit et le corps à l'énergie sexuelle. Durant la journée consacrée au SM je me suis découvert plutôt sado, alors que je m'imaginais maso, en tant que pédé. J'ai poursuivi ma quête lors d'une résidence de quinze jours en Pologne, sous la direction d'un chorégraphe allemand. Des participant/e/s majoritairement hétéros, très axé/e/s sexuellement, avec ce que cela implique de problèmes. Mais des exercices proches du yoga ou de l'escrime qui m'ont développé. Non je ne suis ni S ni M, bien au contraire... Mais c'était intéressant d'observer ces personnes et de me lier d'amitié (sans plus) avec un artiste du bondage.

André

P.S. Je reviendrai sur le chamanisme dans un article prochain.























dimanche 2 octobre 2022

Folsom Street Fair : la liberté totale au coeur de San Francisco








La célèbre Folsom Street Fair, Foire de la rue Folsom à San Francisco, s'est déroulée normalement cette année. Les gars et les dames ou demoiselles y sont venu/e/s avec leur liberté sexuelle, leurs harnachements de cuir et leur éventuelle nudité totale. La première Folsom autorisée datait de 1984; elle était déjà vouée aux passionnés de la BDSM (bondage, domination, sado-masochisme) et à leurs amis. Une époque où la politique d'accueil de cette ville résiliente a croisé l'apparition du sida. Plus tard, les informaticiens faiseurs de fric ont envahi la région et Frisco n'est plus du tout la même.


Mais les fidèles de la Folsom Fair restent attachés à leurs traditions. Il y a des jeux, des débits de boissons, les stands d'accessoires et ceux d'organisations BDSM, ainsi que de nombreuses occasions de faire un don à des œuvres charitables en liaison avec les problèmes des LGBTQ+. On peut même se faire fouetter gratuitement devant un large public qui participera aux offrandes.








Deuxième depuis la droite: le sénateur Wiener.

Scott Wiener, sénateur gay de Californie, a participé à la Folsom Fair du 25 septembre 2022 et il a publié sa photo sur les réseaux sociaux. Les réactions déchaînées des intégristes n'a pas tardé. Exemple: "Le même politicien qui a empêché vos enfants d'aller à l'école durant deux ans à cause du covid se permet de participer à des orgies gays durant le virus du singe." Le sénateur a déclaré qu'il avait passé du bon temps à Folsom et que les attaques qu'il subissait en tant que gay n'étaient pas nouvelles. Néanmoins elles ont augmenté ces derniers temps car la société est devenue encore plus tolérante envers ceux qui répandent leurs insultes. "Ils sont encouragés sur les réseaux sociaux par des politiciens sociopathes qui ont généralisé les attaques dégradantes contre les LGBTQ+. Et j'ai été qualifié de pédophile des milliers de fois."

Le Dr. Demetre Daskalakis.



Le Dr Demetre Daskalakis, coordinateur adjoint pour le virus du singe dans l'administration Biden a aussi été attaqué par des personnalités et des médias de la droite extrême. Pourquoi ? Comme vous pouvez le voir, il est tatoué, porte parfois un treillis de cuir, les couleurs de l'arc-en-ciel et un message de lutte contre le sida. Et cela provoque beaucoup d'insultes homophobes. Sous le titre de "Rencontrez le tsar du virus du singe de Joe Biden", une publication l'a présenté comme un gay extrêmiste de gauche qui pratique des tests du sida dans des clubs sexuels et vaccine contre la méningite habillé en drag queen. La conclusion: "Et maintenant, il est à la Maison-Blanche !"


Voilà un médecin qui sait rencontrer ceux qui ont le plus besoin de ses coneils et de ses soins là où ils se trouvent, sans les condamner. En connaissez-vous beaucoup, de docteurs de sa trempe ?








Version Qnu du jeu de position Twister.











Le sado-masochisme figure déjà dans les textes de l'Antiquité. Aux États-Unis, la scène dite du cuir s'est développée dès la fin de la IIe guerre mondiale, lorsque les soldats noirs ou homosexuels revenant du front -- où ils avaient servi leur patrie -- étaient discriminés par une décharge militaire bleue qui les privait des avantages offerts aux autres vétérans. Ils ont été obligés de vivre dans les ghettos noirs ou gays des villes portuaires, dont San Francisco. Pour tenter de décrocher un emploi, ce qui était difficile à cause de leur décharge bleue. Et c'est là que s'est d'abord développé le fétichisme du cuir en suivant l'exemple de Marlon Brando dans The Wild One.



Le même gars, un peu plus tard...

En général, on ignore que les pratiques dites de SM, lorsqu'elles sont menées de manière consensuelle et jusqu'à leur expression la plus achevée -- non pour meurtrir ou punir -- conduisent les deux participants à l'extase. C'est un sujet que je développerai plus tard, sous l'angle de ce procédé, mais aussi du chamanisme, des derviches tourneurs et d'autres expériences de type spirituelles.

André



























lundi 11 octobre 2021

Folsom Street Fair : camaraderie, cuir, exhib et SM consensuel





 











La fête (ou plutôt foire) annuelle de Folsom Street à San Francisco qui avait eu lieu virtuellement l'an passé a retrouvé sa vivacité dimanche 26 septembre avec une fréquentation estimée à 40'000 personnes (qui n'ont pas toutes respecté le code Covid, on l'imagine). Faire l'historique de cette manifestation, c'est suivre l'évolution du mouvement LGBTQ+ depuis la fin de la IIe guerre mondiale, ainsi que le développement de "Frisco".









Dés 1944, des milliers de soldats américains furent démobilisés avec un "ticket bleu" déshonorable par des commandants qui cherchaient 1) à extirper l'homosexualité de l'armée, 2) à les priver des avantages accordés aux vétérans, ceci particulièrement lorsqu'il s'agissait de discriminer des afro-américains dont peu importait l'orientation sexuelle. Les "tickets bleus" rencontrèrent beaucoup de problèmes lorsqu'ils se présentaient pour un emploi. De retour à la vie civile, ils arrivèrent en masse dans les grandes cités portuaires. À San Francisco, ne sachant où aller d'autre, ils s'installèrent dans les quartiers ouvriers les plus pauvres.











C'est ainsi que naquit l'épicentre de la vie gay où se situe Folsom Street. Au milieu des années 1960, le magazine Life publia un reportage intitulé Homosexuality in America mettant l'accent sur le premier bar cuir. La réputation de San Francisco, capitale de la déviance sexuelle, était faite dans l'esprit des braves Ricains. Ce qui attira beaucoup de gays, soit en pèlerinage, soit pour s'y installer. En même temps, un vaste mouvement d'activistes queer naissait pour combattre la pauvreté dans les quartiers défavorisés et protéger leurs habitants aussi longtemps que possible contre le processus de gentrification immobilière.









À la fin des années 1970, la communauté gay comptait une trentaine d'établissements, bars cuir, clubs, boutiques et saunas. La première Folsom Street Fair eut lieu en 1984. Il s'agissait d'établir un esprit de communauté entre les différentes tribus et, en même temps, de soutenir les premières victimes du sida en les accompagnant et en créant un fonds de solidarité. Mesures d'autant plus importantes que la ville faisait fermer les saunas et les bars, dans l'illusion de lutter contre la pandémie. Dés les années 1990, c'est la communauté BDSM -- cuir, bondage, domination, soumission, sadomasochisme -- qui est devenue majoritaire dans la mise en oeuvre de la kermesse annuelle; sans rejeter les catégories plus courantes des LGBTQ+.









Selon mon intuition, les gars qui se dénudent ainsi en public, pour se soumettre au fouet, expriment le besoin d'un rite d'initiation ou de passage à une autre étape de leur vie. Consciemment ou pas, ils manifestent la nécessité d'être intégrés dans un groupe, puis acceptés par la société. S'ils ont été rejetés par leur famille, les camarades d'école ou la communauté religieuse, ils cherchent à entrer dans une confrérie par un rituel qui marque leur intégration. Une tribu de Nouvelle-Guinée soumettait les adolescents à un rite pour les faire grandir, les viriliser et les initier aux secrets des mâles. Ils devaient avaler régulièrement le sperme des adultes, dans la case des hommes... Plusieurs sociétés africaines contraignaient leurs jeunes gars à supporter la circoncision à vif, sans broncher. Les coutumes extrêmes ont disparu dans notre société, ou sont de nature mentale; à part l'enrôlement dans l'armée pour partir à la guerre. La sortie du placard (coming out) peut être un passage difficile et très solitaire.

André