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dimanche 14 janvier 2024

Lorsque les gays envahissaient les auberges chrétiennes...












Je vais poursuivre le récit de ma jeunesse après une brève digression. Mardi dernier, la France a découvert le successeur d’Élisabeth Borne au poste de premier ministre: Gabriel Attal, 32 ans, membre de la communauté LGBTQIA+. Cette nomination révèle-t-elle l'évolution de l'opinion depuis l’adoption du mariage pour tous en 2013 ? Les études et la carrière politique du nouvel élu sont un pur produit de l'élitisme français. Néanmoins, dans un langage digne des lieux communs de son président maquignon, il a déclaré qu'il allait réunir les "forces vives du pays". Les attaques xénophobes qu'il a subies l'ont durcit dès l'école. Son père l'avait prévenu: "Tu as beau ne pas être juif, tu te sentiras toute ta vie solidaire des juifs car tu subiras comme eux l’antisémitisme du fait de ton nom." Ce qui n’a pas manqué. "Mais je ne m'en plaindrai jamais, précise Attal."

 








Après ma traversée de la Chine en train, c'est en bus Greyhound que j'ai fait le tour des États-Unis en 1967. Le prix: 99 dollars pour 99 jours de libre parcours. Tu montes à bord quand tu veux, jour et nuit, tu sors dès que l'environnement te plaît. En plus, tu économises des nuits d'hôtel. À ce sujet, parlons de YMCA, connue pour ses installations sportives, ses camps d'été et auberges à bas prix. Le nom de Young Men's Christian Association signifie Association chrétienne de jeunes hommes. YMCA, la célèbre chanson des Village People joue sur un sous-entendu compris par les gays:  "They have everything for young men to enjoy, you can hang out with all the boys" (Ils ont tout ce qui plaît aux jeunes hommes, vous pouvez passer du temps avec tous les gars). Cruisin', le titre de l'album peut se traduire par draguer ou participer à une croisière...

 










 

À cette époque, j'ai logé dans plusieurs auberges dévolues à la jeunesse chrétienne, aux États-Unis, au Canada et en Angleterre. Chacune avait développé une astuce pour empêcher la drague publique. A Londres par exemple, dans la salle de douche à côté de la piscine, on ne pouvait pas rester longtemps à observer les autres gars en faisant semblant de se savonner car la température de l'eau était bloquée à très chaud. Souvenir de sauna à New-York. Les États-Unis étaient en train d'évoluer, tant en ce qui concernait la guerre qu'ils menaient au Vietnam que leur hostilité flagrante vis-à-vis des minorités raciales et sexuelles.











Un établissement en sous-sol. Après minuit, sur un podium entouré de chaises pliantes: un piano. Les spectateurs sont vêtus de serviettes de bain identiques et rien d'autre. Ils applaudissent une jeune chanteuse. L'une des artistes de la comédie musicale Jacques Brel is Alive and Well and Living in Paris qui remporte un grand succès aux USA. Elle interprète différents morceaux du spectacle. Et ne peut plus retenir ses larmes: elle ne s'attendait pas à un accueil aussi cordial de la part d'un tel auditoire. Les applaudissements se font encore plus chaleureux. Elle chante alors Ne me quitte pas dans sa version anglaise, puis La valse à mille temps... C'était peu après 1968. Lors de mon escale à San Francisco -- qui n'était de loin pas encore envahie par l'IA (l'imbécilité asphyxiante) -- j'ai découvert l'amitié fraternelle des premiers groupes gays.
 
André

















lundi 25 décembre 2023

Mes pélerinages et la camaraderie à travers le monde: saunas, hammams





Actuellement, j'ai le temps de me remémorer les étapes de ma vie traversée par de multiples "synchronicités" (le hasard qui fait bien les choses). Sans l'avoir projeté, j'ai parcouru les continents à grande vitesse, surtout pour remplir des tâches professionnelles que je n'avais pas imaginées. À l'âge de 15 ans, en 1951, mes parents m'ont envoyé en Allemagne en échange linguistique durant les vacances. Dans ce village, il y avait un internat de garçons qui m'a plu et mes parents m'y ont inscrit. En classe et au dortoir, nous étions une vingtaine d'ados, moi seul étranger. Une douche chaude par semaine... Mes camarades avaient traversé les épreuves de la guerre. J'avais mangé à ma faim et et mon zizi était le seul entouré de poils naissants.



Laurence Olivier, Tony Curtis dans Spartacus.

J'avais 20 ans, la famille campait au bord de la Méditerranée. Je me suis rendu à l'île naturiste du Levant. Le soir, alors que je me promenais dans la forêt, un gars plus âgé s'est arrêté pour me demander si... Non, pas encore. Il y a renoncé parce que, disait-il, la vie d'un homo était si scabreuse qu'il valait mieux ne pas commencer... Oui, notre situation a changé dans les pays évolués depuis 1956 ! J'ai commencé à fréquenter des saunas alors que j'étudiais à la Fac de Genève, puis à la Sorbonne (Paris). Le soir on y rencontrait des gars, mais il n'était pas question de consommer sur place.






Cette liberté est arrivée plus tard. En 1966, pour mes 30 ans, je me suis rendu en pèlerinage à Amsterdam, le Saint-Jacques de Compostelle des pédés du monde entier. De quoi se dévergonder sans crainte de jugement. Dans les boîtes, on dansait encore en couples. Et si je n'avais pas rencontré de compagnon avec qui passer la fin de la nuit, j'en trouvais un en l'informant que l'auberge où je logeais était voisine du dancing. On louait obligatoirement une chambre avec petit-déj pour deux. Là, j'ai observé le réveil d'un danseur de music hall; d'un étudiant américain faisant le tour du monde; d'un ex-agent de la CIA dont la couverture était d'enseigner l'anglais à l'Université américaine de Beyrouth; d'un compositeur de comédie musicale; d'un technicien de Philips; d'un journaliste de la Radio catholique des Pays-Bas; d'un acteur belge de boulevard.


En rentrant à la maison familiale, j'avais l'air tellement serein qu'on m'en a félicité. Comme quoi, le péché dont nous reprochaient les bondieusards ne laissait pas de trace... Toujours en 1966, je me suis joint à un groupe français d'enseignant/e/s qui se rendaient en train de Paris à Hong-Kong et retour. Nous n'étions que deux à nous inscrire sans partenaire. Étapes avec arrêts de quelques jours à Berlin-Est, Moscou, puis Irkoutsk au bord du Lac Baïkal. C'est là, dans la chambre que nous partagions, que l'autre célibataire s'est arrêté sur le bord de la porte de la salle de bain pour se frotter à moi. Le destin nous avait rapprochés !






À Hong-Kong, en me promenant le soir, je me suis arrêté devant un établissement de bain. On m'a amené à une petite cabine. Expliqué par gestes de me déshabiller. Quelqu'un a emporté mes vêtements, un autre m'a emmené vers une douche où m'attendait un beau jeune homme nu. Il m'a savonné de la tête aux pieds, puis s'est assis et m'a étendu sur ses cuisses écartées pour me sécher avant de me ramener à la cabine. Là j'ai été massé par un spécialiste de la médecine chinoise qui a terminé en marchant sur mon dos. J'ai craint de devoir rentrer en Suisse sur un brancard... Je me suis endormi. Ils m'ont réveillé avec un café et mes vêtements lavés-repassés...




Au retour, nous avons fait escale à Pékin. C'était le 19 ou 20 août 1966. Le président Mao Zedong venait de lancer sa Révolution culturelle prolétarienne. La ville était devenue un foutoir où des gamins, les Gardes Rouges, remettaient en cause tous les principes communistes. Dans notre groupe d'Européens, il y avait un journaliste -- moi -- qui en a profité pour aller photographier les exactions commises dans les rues, les maisons, voire des lieux touristiques récemment rénovés. Une fois de plus, un coup de chance imprévisible m'a permis de vendre mes photos dans le monde entier et quelques articles dans la presse suisse. Oui, la synchronicité...



La suite de ces voyages et des synchronicités au prochain numéro. André.















dimanche 26 novembre 2023

Les vacances ? Oui ça vide la tête, mais surtout le porte-monnaie





"Je pensais que les vacances me videraient la tête. Mais non, les vacances, ça ne vide qu'une chose: le porte-monnaie" a écrit Jean-Philippe Blondel. Le romancier américain Robert Orben, mort cette année à l'âge de 96 ans, disait qu'être en vacances "c'est n'avoir rien à faire et toute la journée pour le faire". Le poète, écrivain et chanteur Julos Beaucarne allait plus loin: "Ton Christ est juif, ta pizza est italienne, ton café est brésilien, ta voiture est japonaise, ton écriture est latine, tes vacances sont turques, tes chiffres sont arabes et... tu reproches à ton voisin d'être étranger !"










La vacance est un poste inoccupé, mot issu du participe vacans du verbe latin vacare. Au pluriel, les vacances signifient que l'on dispose de temps libre. Au Moyen Âge il s'agissait de la période des moissons durant laquelle les élèves allaient prêter main-forte aux agriculteurs. Au 19e siècle les vacances font partie des privilèges des classes supérieures qui se rendent à la campagne dans leur résidence secondaire. Les Britanniques qui, à une époque, jouissaient de l'économie la plus florissante ont inventé les vacances à l'étranger, transformant des petits ports en stations balnéaires. C'est à la fin de la deuxième guerre mondiale que les vacances sont devenues des congés payés encourageant au tourisme.




 Le 17 mai 1990, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) annonçait enfin sa résolution de retirer l'homosexualité de la liste des maladies mentales. Cette décision a marqué une étape considérable dans la reconnaissance de la liberté de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre. Mais elle n'est pas reconnue partout. Actuellement, elle subit même des retours en arrière, des dégradations successives. Par exemple dans des États d'Amérique du Nord. Nous les LGBTQ+ sommes des privilégiés, du moins dans les pays où ne sommes plus persécutés. Et ceux qui en ont les moyens financiers peuvent s'offrir des vacances à travers le monde. Accueillis dans des hôtels complaisants, des croisières exclusives et d'autres lieux, comme des plages nudistes, en plus de tous ceux qui sont ouverts à un public plus large.

















Dans une boîte, je rapporte
Un peu de l'air de mes vacances
Que j'ai enfermé par prudence.
Je l'ouvre ! Respirez à fond !
Le parfum puissant des écorces,
Les arômes de la forêt...
Mais couvrez-vous bien, je vous prie,
Car la boîte est presque finie :
C'est que le fond de l'air est frais...

De Jacques Charpentreau