La télé déborde de cauchemars en cuisine et de séries débutant par un meurtre. Pourquoi pas de turlupinades en couture et coiffure ? France 2 y répond depuis vendredi dernier avec Drag Race France, deuxième saison. Des créatures mâles respectables se transforment sous nos yeux en protagonistes d'une féminité exacerbée, portée à son paroxysme avec des moumoutes opulentes et des robes à faire congestionner un couturier parisien. Ces drag-queens sont aux déguisements ce que les bodybuildeurs sont aux muscles: du beaucoup plus qu'il n'en faut.
Les paillettes ou la barbe.
Le drag est un divertissement devenu populaire aux
États-Unis depuis plus d'une vingtaine d'années. Il ne faut pas confondre ses
interprètes avec les personnes transgenre qui perçoivent leur identité
comme différente du genre assigné à leur naissance. Ni,
en général, avec des personnes dites non binaires ne s'identifiant ni à un homme, ni à une femme.
Et, me semble-t-il, il y
a aussi une différence entre un travesti et une drag-queen. Le
travestissement consiste pour un gars à s'habiller en femme dans sa vie
quotidienne. Tandis que le transformisme est un art où les acteurs
s'habillent en femmes le temps d'un spectacle. En principe, les
drag-queens se considèrent comme membres du clan LGBTQ+.
Les nouvelles reines du transformisme sur France 2.
Dans la compétition de
Drag Race France qui compte onze participantes, dix appartiennent au
genre masculin. La onzième est transgenre, soit un gars qui a
entrepris récemment sa transition hormonale. Son nom d'artiste est Moon,
la seule Suissesse du groupe et se définit comme "militante,
déterminée à défendre la transidentité". Pour elle, ce qui importe de
l'expérience en cours c'est la sororité avec les
autres participantes. Dans le premier épisode, cette "sororité" était au cœur des relations entre les onze rivales pourtant concurrentes.
Comme il s'agit d'une télé-réalité, on se demande jusqu'où ce que nous voyons a été mis en scène. Est-ce que les tourments qu'ont subis ces personnes durant leur jeunesse -- qui nous touchent réellement -- sont partagés sans réticence ou figurent-ils parmi les contraintes du contrat ? Aux États-Unis un homme d'affaires a passé sans transition de l'animation d'une télé-réalité à la présidence du pays qu'il a dirigé à coups d'affirmations mensongères. Alors, tout est possible.
"Certains l'aiment chaud."
Maquillage de Tony Curtis.
Dans le film de Billy Wilder (1959) deux musiciens poursuivis par des
tueurs se travestissent pour se cacher parmi les membres d'un orchestre féminin. À la fin, le plus moche des deux qui est dragué par un
millionnaire lui déclare: "Nous ne pouvons pas nous marier." "Pourquoi
?" Il explique qu'il n'est pas une vraie blonde, puis qu'il fume comme un
sapeur, enfin qu'il vit depuis trois ans avec un joueur de saxophone, et finalement qu'il ne peut pas avoir d'enfant. "Nous en adopterons, dit le prétendant" "Vous ne
comprenez pas : je suis un homme !" "Eh bien, personne n'est parfait !" Pour l'époque, c'était un message positif concernant l'homosexualité, à dissocier de l'image d'efféminés qu'on nous associait.
Pièce de théâtre, puis film (1978) La Cage aux folles a
renforcé cette réputation. À l'époque, beaucoup se cachaient par nécessité; cela permettait à ceux qui beurraient leur
biscotte sans pousser des cris de passer inaperçus. En tant que mec ouvertement engagé contre les discriminations, j'ai renoncé
aux biscottes. Et, dès que les abus sexuels commis par le
clergé de l'Église
catholique, apostolique et romaine ont commencé à fuiter, nous avons compris que les drag-kings du Vatican se foutaient de
cette parole de Jésus citée dans l'évangile de Jean: "Si vous
êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous
libérera." Elle est oppressante la vie qui vous interdit l'amour et la sexualité...
Vatican : la cage aux folles des drag-kings.
Aux États-Unis et dans quelques pays d'Europe, le racisme, la misogynie, l'homophobie et la
falsification de l'Histoire redoublent depuis que les fondamentalistes
religieux se sont associés aux partis les plus
haineux et mythomanes. Ces groupes empreints de violence dangereuse clament que
les drag-queens et les politiciens gays sont tous des "abuseurs", des pédophiles exploitant
des mineurs emprisonnés. Et leurs disciples les suivent parce qu'ils ont besoin de déverser leurs colères.
Des hommes d'État font interdire l'avortement
et la vente des produits permettant d'éviter une naissance. Ils font
retirer de la vente et des bibliothèques les livres évoquant l'existence des LGBTQ+
afin d'éviter aux enfants de le devenir. Il y a peu, ils attaquaient le
mariage pour tous qui allait mettre en péril les unions hétéros... Maintenant, ils s'en prennent avec des armes et des cocktails molotovs aux lieux où se rassemblent les "abuseurs", minorités de tous poils.
André
The Cleveland Proud Boys partant en guerre contre les "abuseurs".
La pilosité d'un homme abrite sa senteur, la riche fragrance de son sexe.
Chez une femme les poils des aisselles sont disgracieux, chez un homme
ils soulignent sa virilité. Aujourd'hui, de nombreux mecs rasent leurs
aisselles ou les font épiler; ils arborent aussi un chignon pour mieux
ressembler, me semble-t-il, à une gonzesse. Est-ce parce qu'ils
nourrissent la secrète envie de se faire violer ? Dans la Rome antique,
Sénèque le Jeune prônait déjà le juste milieu: "Ici
l’on affiche trop d’apprêt, là on laisse voir trop de négligence; l’un
s’épile jusqu’aux jambes, l’autre néglige même ses aisselles."
Le prophète Mahomet aurait déclaré: "Taille
soigneusement ta moustache et laisse-toi pousser la barbe." La pilosité
faciale est aussi le signe d'appartenance des prêtres et moines coptes.
Chez les sportifs, les nageurs de compétition s'épilent complètement
pour gagner quelques fractions de secondes. Les bodybuilders et les
catcheurs le font pour des raisons, croient-ils, esthétiques. Dans la
peinture et la sculpture ce sont surtout les poils pubiens qui
apparaissent ou sont effacés suivant les époques.
Les zones d'un corps velu ne sont pas distribuées selon le désir du
propriétaire. Certains poilus luttent toute leur vie contre leurs
toisons. D'autres gars, tout aussi masculins, n'en voient presque pas
pousser. Voici le programme pour tenter d'y remédier: 1) exercices
d'aérobie (ils libèrent
des endorphines favorisant la croissance des cheveux et des poils); 2)
alimentation riche en légumes, fruits et protéines; 3) massage des
régions du corps où l'on désire intensifier la pilosité; 4) diminuer le
stress en méditant.
À
distance, l'apparence d'un corps nous stimule. De près, son empreinte
olfactive nous en dit plus. Si "la beauté est dans les yeux de celui qui
regarde", on peut ajouter qu'une attirance plus profonde se ressent dans le nez qui renifle. Les odeurs que nous produisons sont des substances dérivées de la testostérone ou de l’œstrogène
(produite par les femmes). Elles affectent notre comportement et nous
conduisent dans notre quête d'un/e partenaire. La peau émet ces
phéromones sur tout notre corps et plus intensément les aisselles et
l'entrejambe où les poils les développent.
Si
notre préférence sexuelle et sentimentale se décline au masculin
(singulier ou pluriel) l'odeur d'un mec peut nous rendre fou de désir --
dans l'ordre: bite, corps et âme. Les aisselles comme l'entrejambe
(devant et derrière) propres et vierges de déodorant ou de savon
parfumé, nous parlent du gars que notre nez est en train d'inspecter.
D'autant plus s'il n'est pas épilé. Néanmoins, comme notre odorat et
notre sens gustatif sont liés, et comme ce qui dégage une bonne odeur
est appétissant, on peut être incité à lécher, à sucer, voire bouffer
ces différentes parties. Et là, pour certains, les poils sont
ingérables, pour d'autres un régal.
André
>
Quelle fragrance émet la pilosité d'une personne qui a changé de sexe ?
"Cogito, ergo sum, je pense, donc je suis" écrivait René
Descartes en 1637, pour exposer un fondement de la connaissance humaine.
Aujourd'hui, le mâle de l'espèce pourrait s'envisager ainsi: "Je me gratte les couilles, donc j'existe"
(et je suis le roi de la création). Mais il n'ose plus le déclarer
ouvertement, au risque de se faire dénoncer aux force de l'ordre. En ville, les femmes sont en train d'atteindre l'égalité des genres: on les voit presque aussi souvent que les hommes marcher en fixant leur portable. "Je ne pense plus par moi-même, donc je suis."
En tant que gars qui préfère l'amour au masculin pluriel, je chante: "I am what I am,
je suis qui je suis" (de la comédie musicale américaine La Cage
aux folles). Proclamation qui a pour moi la valeur d'un cantique. J'ai
les larmes aux yeux chaque fois que j'entends cette chanson. Elle
incarne l'évolution qui s'est produite, graduellement, tout au long de
ma vie. La société occidentale reconnaît enfin que je suis un être humain
égal aux autres humains.
J'en étais persuadé dès l'enfance, mais eux l'ignoraient.
Oui des couilles, parlons-en. Ce sont elles qui font que la majorité des
mâles sont considérés comme des reproducteurs, des étalons sur quatre
ou deux pattes. Pourtant, là aussi, ce sont les femelles de l'espèce qui
remplissent le plus gros de la tâche. Spécificité du "sexe fort" ce
sont ces deux petites boules fripées qui rendent notre entre-jambes si
fragile. Elles ont besoin d'être protégées des regards et du froid,
suivant les mœurs ou le climat. D'où la confection de toutes sortes
d'étuis, de feuilles, de coquilles, écrins ou poches.
D'après les multiples récits de nos origines, Dieu et les Dieux ont créé ciel et
terre, puis la nature et les animaux, finalement les humains. Les animaux
étaient d'emblée dotés de leur parure définitive, poils, plumes, écailles, etc., alors que nos ancêtres étaient nus et dépourvus de machines à coudre. C'est à leur
inventivité que nous devons les diverses protections de nos balloches et du
goupillon qui les protégeaient durant la chasse ou la guerre et les dissimulaient au regard. Sinon les mettaient en valeur pour attirer les regards... On connaît l'histoire d'Adam et Ève, libres de toute entrave
vestimentaire, qui mordirent dans le fruit de la connaissance du
bien et du mal. Ce fut simultanément l'invention du péché originel -- qui leur a valu l'expulsion du paradis
terrestre -- et celle du cache-sexe. "Leurs yeux à tous deux
s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus; ils cousirent des
feuilles de figuier et se firent des pagnes."
Au plafond de la Chapelle Sixtine (à Rome au Vatican) Michel-Ange a
peint plusieurs épisodes de l'Ancien Testament. On y voit notamment Adam
et Ève avant et après l'épisode du fruit défendu. Il semble qu'il
s'agit d'une pomme, mais l'arbre est plutôt un figuier... Un pape plus
frileux que celui qui avait commandité l’œuvre fit ultérieurement
recouvrir les sexes nus par un artiste auquel on a donné le surnom de Il braghetonne,le faiseur de culottes. Ainsi est résumé le destin du cache-sexe qui
traverse les siècles, sujet aux sensibilités religieuses et au besoin
fondamental de liberté qu'éprouvent nos burettes.
Égypte antique: le dieu de la Terre fertilise le sol.
L'époque n'est pas si lointaine où les mecs ne portaient aucun sous-vêtement. Les pans des chemises étaient plus longs, ils protégeaient le
sexe de la rudesse du pantalon et ce dernier des traces d'urine... Puis
sont venus les caleçons. Les tailleurs demandaient à leurs clients
"portez-vous à gauche ou à droite?" afin d'élargir la jambe du pantalon
concernée. Je l'ai vécu. Puis sont arrivés les slips, terme emprunté au
verbe anglais to slip signifiant glisser, à cause de la facilité
de la mise en place. Le slip a participé à la libération sexuelle de mai
1968. Mais il n'abolira jamais le réflexe de plonger la main et de gratter ou décoller qui nous vient
de la préhistoire, car il est lié à la survie de l’espèce.