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dimanche 25 juin 2023

Les nus de Gustav Vigeland, "sculpteur déjà avant ma naissance" disait-il


Père et fils.



Au cœur de la ville d'Oslo (Norvège) le parc dédié aux œuvres de Gustav Vigeland (1869–1943) rassemble plus de 200 sculptures en bronze, granit et fer forgé. Les thèmes préférés de l'artiste étaient l'anatomie mâle, la famille -- tous nu/e/s, corps et âmes -- ainsi que les dragons et la mort. "Le destin ne m'a pas laissé le choix. J'étais sculpteur déjà avant ma naissance. Lorsque j'essayais d'y échapper, j'étais obligé d'y retourner."


Le plus célèbre sculpteur norvégien avait 22 ans lorsqu'il s'est rendu à Paris pour suivre des cours dans l'atelier de Rodin. Il a enchaîné avec des stages à Florence, Copenhague et enfin Berlin. Dans le parc d'Oslo qui lui est consacré, on peut admirer un pont de 100 mètres de long orné de 58 bronzes représentant "les relations humaines". 




Un monolithe de presque 15 mètres domine le tout. Cette colonne est composée de plus de cent personnages; il a fallu une dizaine d'années pour que des tailleurs achèvent le travail. Plusieurs magnifiques portails en fer forgé étonnent les visiteurs, tant dans le parc que dans le musée attenant. En mettant en scène tous ces corps dans des matières différentes, le but de l'artiste était de symboliser ce que nous autres humains partageons de commun malgré les différences de races et de cultures.




Comme les photos d'un album qui suivent la progression du fils de famille, Vigeland a illustré le développement de la relation entre un père et son garçon, tous deux en costume d'Adam. Et sans feuille de vigne, ce qui les place en dehors du temps. C'était, si je l'ai bien saisi, l'illustration du Mouvement vitaliste qui régnait à cette époque et a inspiré beaucoup d'artistes en Scandinavie et en Allemagne. Ils étaient fascinés par la force de la vie, la vigueur physique, la beauté du corps et la santé.


















En focalisant leur regard et leurs créations autour de femmes maternelles et fertiles ainsi que de gars athlétiques, ces artistes ont attiré notre attention sur des êtres privilégiés aux dépens des autres. On peut imaginer combien cette mise en scène a pu influencer l'idéologie nazie dans l'opinion publique. Mais l'art de Vigeland nous parle aussi du périple humain, commençant au berceau pour finir au tombeau, en traversant des zones de bonheur et d'autres de douleur, avec beaucoup de corps à corps et d'échauffourées.

André














"Corps après la Réforme protestante."



"Vendredi saint."











dimanche 23 octobre 2022

Kim de l’Horizon, prix 2022 du livre allemand, ni femme ni homme


Kim de l’Horizon, écrivain/e.



La Foire allemande du livre s'est déroulée la semaine dernière à Francfort. L'hôte d'honneur était l'Espagne et le roi Felipe, accompagné de son épouse, est venu inaugurer le stand des auteurs ibériques traduits en allemand. Autre événement de la foire: l'attribution du prix allemand 2022 du livre -- d'une dotation de 25'000 euros -- à l'écrivain/e suisse Kim de l'Horizon pour son premier ouvrage intitulé Blutbuch (publié en juillet par DuMont). Né/e Dominik Holzer en 1992 à Ostermundigen près de Berne, l'auteur/trice ne se considère ni homme ni femme, bien au contraire, ile vit dans la non binarité; ile a étudié la littérature allemande, le cinéma et le théâtre à Zurich, puis obtenu le Bachelor of Arts en écriture littéraire à Bienne.


Je n'ai lu que les dix premières pages de Blutbuch et, si jamais ce livre plein de jeux de mots devait être traduit en français, il faudrait que ce soit par un/e acrobate des deux langues. Le titre signifie Le livre de sang, mais laisse aussi entendre qu'il s'agit du hêtre aux feuillage pourpre. Durant son discours de remerciement pour l'attribution du prix, Kim de l'Horizon a commencé à se raser une mèche de cheveux en déclarant: "Ce prix n'est pas seulement pour moi", exprimant ainsi sa solidarité avec les femmes iraniennes qui prennent actuellement beaucoup de risques. Il estime que ce prix pourrait aussi être un signe politique alors que les corps non masculins sont encore discriminés et tant de droits restreints.



Dans le premier chapitre de Blutbuch, un/e narrateur/trice non binaire fait l'inventaire des défauts et des qualités des membres de sa famille, y compris de celles et ceux à qui ile n'a pas révélé officiellement "cela", c'est à dire son identité, mais devant qui ile s'est parfois présenté/e avec du maquillage. Ile a grandi dans un milieu besogneux et vit maintenant à Zurich où ile se sent à l'aise dans son corps et sa sexualité. Lorsque sa grand-mère tombe dans la démence, ile commence à explorer son propre passé et se demande pourquoi ile ne se souvient que de quelques épisodes de sa propre enfance. Qu'est-ce qui s'est passé lorsque la sœur de la grand-mère a disparu et pourquoi la grande-tante est-elle morte si jeune ? Ile se révolte contre la culture du silence imposée par sa propre mère. [Cela me touche parce que je me demande aussi pourquoi mon père et son père n'ont jamais évoqué leur jeunesse.]







Kim de l'Horizon a longtemps travaillé sur son texte. "Je cherchais quelque chose qui n'existait pas. Beaucoup de difficultés se sont mises en travers du chemin: c'était lié à ma famille et à ma culture. J'ai d'abord dû me soigner par l'écriture." Finalement, sa poétique n'est pas une auto-thérapie, mais une thérapie collective "et c'est précisément ce que j'offre à ceux qui veulent lire mon livre." Dans le roman comme dans sa vie, le silence tient un rôle important. "Mon corps a grandi sous des manteaux de silence. Nous avions beaucoup de difficulté à comprendre et résoudre les problèmes hérités des générations précédentes."


"Il y a tant de mystères enveloppés dans le silence parce que nous n'avons pas de contact ni de ressources pour travailler sur la douleur, pour laisser la douleur s'exprimer. Le silence est comme une armure qui emprisonne nos douleurs." Or voilà que, depuis l'octroi de son prix, Kim de l'Horizon fait l'objet de nombreuses attaques et menaces en Allemagne. Elles proviennent de personnes qui se laissent empoisonner par leurs propres douleurs et les déversent sur autrui. Les éditions Dumont ont fait appel à un service de sécurité pour assurer la protection de l'écrivain/e.



Voici un échantillon des remarques haineuses. "Si l'auteur avait été hétéro et de race allemande, il n'y aurait pas eu de prix, ni de si nombreuses louanges dans les médias." "Tout le monde ne voit pas forcément, dans un pissoir cassé et recollé, un hommage à Marcel Duchamp. Mais certains oui." "En tant que personne binaire, j'ai trouvé le contenu répugnant. L'auteur doit avoir un immense problème psychique." "Cet ouvrage est très important parce qu'il incarne l'imbécilité de notre société queer. C'est un livre dégueulasse qui devrait être interdit. Une propagande woke, perverse et malade." "Dès lors que les homosexuels et les transgenres ne dérangent plus personne, place aux binaires. Qui gagnera le prochain prix ? Un roman sur le sexe avec des appareils ménagers ?" Je vous fais grâce des fulminations les plus ordurières et menaçantes.





Si l’on se sent non binaire, on peut se concevoir en même temps mec et nana, sinon un mélange ou aucun des deux. Notre société ne reconnaît en principe que deux genres. Elle doit maintenant apprendre et comprendre ce qu'est la fluidité entre ces deux catégories ainsi que découvrir la non-binarité; elle a toujours existé, mais on ne l'acceptait pas, la traitant de maladie mentale. S'affirmer non binaire, c'est faire connaître son identité de genre. Se classer parmi les queers, c'est indiquer son orientation sexuelle. Il y a des occasions où un/e non binaire peut se sentir plus femme ou plus gars sans du tout être transgenre. L'important est d'être soi-même et bien accepté. 

André













lundi 20 décembre 2021

Voici pourquoi la lutte en faveur de l'égalité LGBT a abouti


Week-end réservé aux mâles adultes.













Quelle est l'attitude la meilleure -- la douceur ou la violence -- pour lutter contre l'hostilité aveugle de la rue depuis le début de la pandémie ? On entend souvent cette réponse: "Il faut opposer la violence à la violence; les doux sont des lâches." Dans une interview intitulée Comment avoir raison de la violence ? le sociologue Geoffroy de Lagasnerie répond: "Quand on réfléchit sur la question des violences et de la pénalité, l'exemple que je prends souvent est le mouvement gay. Il a beaucoup transformé les structures sociales et mentales des trente dernières années, et fait diminuer le niveau de l'homophobie généralisée et des agressions que subissent les personnes gays, trans et lesbiennes, en étant très peu un mouvement punitif."




Il poursuit: "Ce mouvement a fondé sa visibilité sur la Gay Pride, avec des images de bonheur, de fête, de sexualité, mais aussi des histoires d'amour à travers le mariage, ou de deuil avec le sida. Le mouvement gay a très peu été un mouvement répressif, Il a plutôt été dans une politique de l'affirmation d'une existence et la conquête de droits. Je pense de plus en plus à la culture au sens large et aux pratiques ordinaires comme lieux de la transformation."

 

Here are some of our favorite Santa speedo and skivvy races for 2021

Geoffroy de Lagasnerie a-t-il envie de transformer la société par la douceur ? "À part avec mes amis très proches, où j'aime les rapports très doux et déteste les conflits, j'aime les moments où ça s'affronte. Car je pense que l'endroit de la vérité de la politique est là. La vérité de la politique, c'est la confrontation. C'est la production de fractures. Et lorsque l'humeur est trop consensuelle, je me sens toujours mal à l'aise, car je sens que des enjeux sont refoulés ou mal posés." Le sociologue est l'auteur de Conscience politique Editions Fayard, 2019. Il expose le programme d'une politique émancipatrice. (Interview publiée le 4 décembre dans Le Magazine du quotidien suisse Le Temps.)







Notez la double position de Geoffroy de Lagasnerie, ce que nous avons aussi appliqué: il n'y avait pas d'hostilité dans notre lutte en faveur de l'égalité, et jamais de complaisance non plus envers la majorité. Nous n'avons pas défilé avec des panonceaux Tous les hétéros sont de fieffés enculés, ni concédé aux autorités religieuses et politiques qu'elles avaient raison de critiquer, de mépriser notre sexualité. Et, dans plusieurs domaines, nous avons aussi participé à l'émancipation de la société qui nous entoure. Regardez autour de vous comment des familles ont laissé tomber non pas un préjugé, mais plusieurs. Comment des mecs portent un chignon... et la barbe, voire des ongles teints, sans abandonner leur virilité.



Nous sommes plus nombreux sur cette planète qu'on ne l'imagine. Une étude récente de la fondation Human Rights Campaign estime qu'à eux seuls, les États-Unis comptent 20 millions d'adultes qui s'identifient ouvertement comme LGB, soit 8% de la population adulte, dont la moitié serait composée de bisexuel/le/s. C'est le double des évaluations précédentes. Alors que d'autres millions d'humains s'identifient plutôt comme transgenre, fluides, pansexuel/les ou asexuel/les aux USA... Vous qui vous figuriez seul/e au monde, entouré/e de personnes dites normales qui vous menacent d'une thérapie de conversion, sinon de l'enfer, rejoignez-nous ! Plusieurs institutions et de nombreuses bonnes volontés vous accompagneront volontiers vers une sortie réussie du placard.

André




Nous sommes des millions sans nous cacher.























Ces gamins heureux jouent au moulin à vent.













Camp de vacances pour mâles adultes.


Oui, notre monde a changé, du moins en Occident. Nous avons déjà vu ce couple de danseurs, John Whaite et Johannes Radebe, dans le blogue du 29 novembre dernier. Ces gars ont participé à la compétition britannique "Strictly Come Dancing". Ici, la chorégraphie résume les progrès de la société en ce qui concerne le racisme et l'homophobie. Et c'est plein d'humour.