Selon la description du Jardin d'Édèn, dans le premier livre de la
Bible, Yahvé Dieu Elohîms modèle le glébeux Adâm avec la glaise du sol
et insuffle une haleine de vie dans ses narines. Puis de la glèbe, il
modèle les animaux, imaginant qu'Adâm le solitaire y trouvera de la
compagnie. Mais le glébeux n'est pas satisfait. Alors, le chirurgien
divin endort son bonhomme et prélève une côte pour en façonner la femme.
Là, nous nous trouvons en pleine interprétation des directeurs de
conscience qui installent l'inégalité entre les genres. Mercredi dernier
dans C ce soir sur France 5, la rabbine Delphine Horvilleur (qui présentait son livre Vivre avec nos morts
(Grasset) concernant les familles endeuillés par la pandémie) a précisé
que le texte hébreu peut aussi se traduire par "à côté d'Adâm". J'en
tire la conclusion que les femmes ne sont pas obligées de vivre en
dépendance d'un mec et que nous les gars gays non plus d'être liés à une
femme pour être agréés par la société.
Suit dans la Bible un constat laconique: "Les deux sont nus et n'en
blêmissent pas." Puis une deuxième interprétation déformée: Dieu fait
pousser des plantes pour nourrir nos deux ancêtres. Et les théologiens
déclarent que les fruits de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal
sont prohibés au menu fretin des laïques. Voilà comment sont nées les
notions du péché, d'un enfer et du paradis.
Mon beau lecteur, tu héberges entre tes cuisses cet étonnant organe du
plaisir et de la sagesse hérité d'un million d'ancêtres à travers les
âges. Pourtant, si tu veux gagner le paradis tu ne l'utiliseras que pour
la reproduction de l'espèce dans les limites d'un mariage béni par
l'une des milliers de sectes et églises dites chrétiennes, ou mosquées
sinon synagogues pour ne parler que des religions du Livre, croyances
dont nous sommes en train de nous délivrer pour mener une vie soit plus attachée au matérialisme, soit plus libre et ouverte aux mystères de l'environnement et de la spiritualité.
Dans la deuxième option, on accepte la dualité des expériences, la
journée qui suit la nuit, ou la nuit qui repose, le soleil après la
brume, le bonheur rehaussé par les épreuves. Pour un être doté d'un
corps mâle, la meilleure manière de retrouver son unité consiste à
explorer les innombrables possibilités de cet instrument. Comment ? En
multipliant ses capacités érotiques. Par exemple au cours d'une
masturbation de pleine conscience. On y accède en laissant tomber
l'habituelle branlette de dégorgement en faveur d'un processus plus
lent, plus conscient du plaisir qui se déploie peu à peu à travers le
corps. Comme les exercices de gymnastique, cela demande une pratique
régulière qui permet d'affiner les sensations pendant qu'on se masturbe.
Le résultat ? Une meilleure estime de soi, un amour croissant envers ce
corps merveilleux, une sensibilité affinée au plaisir qu'il nous procure
et une meilleure préparation à accueillir, cajoler et aimer un corps
fraternel. Mais aussi une alliance intérieure plus forte entre nos
organes, une coopération entre le corps, l'esprit, la conscience et
l'âme. Enfin une réduction notable du stress qui permet à notre
créativité de se développer selon des voies nouvelles.
Comme le déclare un de mes amis, "après des années de pratiques qui
ne me lassent jamais, j'apprécie encore plus le temps que je consacre
individuellement à mon corps. Et mon homme ne me déçoit jamais. J'ai
aussi découvert que le sexe n'a pas besoin de deux personnes. Entre moi
et moi, pas besoin d'exprimer ce dont j'ai besoin à tel moment. Et dans
ma relation à mon amoureux, j'ai développé comme un sixième sens qui me
permet de lui prodiguer des caresses sans lui faire remplir un
questionnaire. Aussi, lorsque nous nous paluchons côte à côte, nous nous
encourageons l'un l'autre à le faire avec la main qui est moins habile,
pour découvrir de nouvelles sensations. Nous essayons également de
prolonger la phase qui précède l'orgasme le plus longtemps possible; à
deux c'est plus facile, question de compétition."
André