Habillé et emplumé, nu et peinturluré, tatoué ou percé, le corps humain d'aujourd'hui subit beaucoup de modifications -- le pauvre ! -- dont la plupart n'ont rien à voir avec la notion traditionnelle d'esthétique. Nés de différentes pratiques tribales, le tatouage et la scarification ont perdu leur signification religieuse ou coutumière pour devenir de simples graffitis imprimés au fur et à mesure d'une mode ou d'évènements marquant une existence.
Ces représentations graphiques défigurent souvent une poitrine féminine, un visage, des bras, des jambes. Les Américains parlent de body art alors que l'inspiration à l'origine de ces modifications corporelles tient plutôt de la foucade.
Pour
ceux d'entre nous qui ne sommes pas attirés par les tatouages -- sur
notre peau ou celle d'un/e autre -- il est éclairant d'entendre un
tatoué analyser ce qui l'a motivé. Cela permet d'éclairer un peu les
ténébreuses justifications des rebelles à la vaccination actuelle. Loin
de moi l'idée de comparer les amateurs d'art dermographique -- qui ne
mettent pas la société en danger -- aux antivax qui propagent la
rébellion et retardent le rétablissement de la normalité. Voici le
témoignage d'Alex, un passionné du tatouage.
"Les
stigmates accumulés sur ma peau d'une séance à l'autre témoignent du
besoin d'inscrire les étapes de ma vie pour en saisir le sens. Adulte
maintenant, je le fais de manière plus apaisée. Mais oui, c'est bien de
stigmates dont il s'agit. J'ai été élevé dans une famille religieuse où
je me sentais enfermé dans un système qui ne convenait pas à ma nature
profonde. Les premiers tatouages ont traduit ma rébellion, en secret.
J'ai demandé d'avoir une chambre à moi car je ne voulais pas que mon
frère voie ces griffures. Dans mon milieu, on considérait les tatoués
comme des marginaux, des ratés.
"Ne me libère pas, je m'en charge."
"Mais
il fallait que je quitte ma double vie. Pas facile parce que j'avais
été jusque-là le brave petit chrétien dont ses parents étaient fiers.
J'ai quitté l'Église à l'âge de 19 ans et affiché le premier signe
extérieur en me faisant percer l'oreille gauche. Pas la droite qui
aurait signifié que j'étais gay aux yeux de mon entourage. Ont suivi les
premiers tatouages discrets sur mes bras. Puis ma sortie du placard et
d'autres piercings. Une partie de ma famille et mes copains de l'Église
m'ont rejeté. J'ai essayé de cacher ma dépression; une amie l'a perçue
et m'a aidé à surmonter la tentation du suicide. Avec l'aide du
tatoueur, j'ai trouvé des symboles pour illustrer ces cicatrices de mon
âme.
Un si long poème...
"Je
me trouvais à un grand carrefour de ma vie: entreprendre les études que
souhaitait mon père ou suivre mon propre chemin. Indécision traduite
par de nouvelles griffures. Puis chagrins et humeurs, comme la mort d'un
cousin très proche et la fin d'amours passagères...
Après -- Avant
"Les
temps changent. Désormais, la majorité des tatouages sont choisis pour
leur look. Certains révèlent plus tard leur signification cachée.
D'autres mettent leur propriétaire dans l'embarras parce qu'ils
décrivent une étape de sa vie qu'ils voudrait oublier. Les miens me
rappellent comment j'ai évolué. C'est ça le stigmate: un souvenir
salutaire, une marque déposée sur le corps... Le
nombre des motifs qui balafrent un corps humain est limité, même s'ils
envahissent le crâne, l'intérieur de la bouche et le sexe. Est-ce de
l'art ou du graffiti, sinon un rite initiatique ? La sensation de gêne,
voire de douleur que
ressent le tatoué durant la séance lui permet-elle d'inscrire une étape
de sa
vie, un engagement qu'il n'oubliera pas ? Voilà mon expérience. Vous
allez peut-être conclure que je suis cinglé..."
Revenons
aux colères et aux ténébreuses justifications des rebelles à la
vaccination. En tant qu'apprenti médium et chamane, je crois saisir qu'elle émargent des souffrances qu'ils ont traversées, mais pas
déchiffrées, ni soignées. Cela durant leur vie actuelle. Et peut-être
aussi au cours de l'une ou de plusieurs existences antérieures. Mais
pour le savoir et y remédier, il faut le comprendre. Et se donner la peine de chercher
la voie de la guérison...
André
Il se fait tatouer: "Le royaume de Dieu est en toi."
Les programmes de TV ont diffusé de nombreux documentaires sur le Japon
ces dernières semaines. La plupart d'entre eux mettaient en valeur des
aspects rares et impressionnants de ce pays contrasté, très moderne
d'une part et pourtant extrêmement conservateur. La gestion des crises y
est déconcertante, voire effarante. Je ne me suis rendu que quelques
jours au Japon, c'était en 1970, surtout pour visiter l'Exposition
universelle d'Osaka et la comparer avec celles de Bruxelles et Montréal.
À l'époque, elles nous faisaient découvrir le Monde. Aujourd'hui, le
Monde vient à nous jusque sur nos plus petits écrans.
Fundoshi, le pagne des fêtes traditionnelles.
Ci-dessus et dessous, vous voyez ce que j'apprécie au Japon. Cette légèreté dans le vêtement masculin lors des
fêtes qui allient traditions populaires et spiritualité. Et la
fraternité manifeste entre les gars qui y participent. (Imaginez un
pèlerinage à Lourdes ou Saint-Jacques de Compostelle en cache-sexe...)
Cette homo-sensualité sans ambiguïté. Ces percussionnistes qui paraphrasent les battements du coeur sur leurs
tambours géants. Ces tatoueurs qui s'inspirent des oeuvres d'art
antiques et leurs clients qui ne bronchent pas afin d'affirmer leur
virilité. Et cette chorégraphie butoh qui nous égare entre la vie et la
mort.
Le butoh.
En revanche, les geishas et les corpulents lutteurs de sumo me laissent
indifférent. La geisha n'est pas une prostituée, comme on l'imagine en
Occident. Son nom signifie en quelque sorte "personne artistique". Son
rôle est de divertir par la musique, la danse et les jeux qu'elle
propose à ses hôtes. Pour y parvenir, elle doit suivre un long
apprentissage, tant en ce qui concerne la culture traditionnelle que
l'habillage et le maquillage.
À l'origine, les "geishas" étaient des hommes et remplissaient à peu
près le même rôle que les "fous du roi" chez nous. Vers le XIIIe
siècle, ils divertissaient le seigneur auquel ils étaient attachés par
leur talent de confident, de conteur et d'humoriste. Ils étaient aussi
capables de le conseiller en matière de stratégie militaire. Vers le
XVIIe siècle, ils se spécialisèrent dans le
divertissement pur et l'art du courtisan. Et c'est à ce moment-là que
les premières femmes geishas sont apparues créant un scandale, puis une
habitude.
Stefan et Sebastien de Nomadic Boys.
Stefan
et Sebastien sont en couple et rédigent le blogue "nomadicboys.com"
consacré au tourisme gay. Au Japon, découvrant l'origine du métier de
geisha, ils ont décidé de se travestir en geishas femelles. Voyez le
résultat ci-dessous, si cela vous intéresse.
Les étapes de la transformation d'un mec en geisha...
Au Japon, paraît-il, la situation des LGBTQ+ n'est ni très difficile
ni très évoluée. Au premier abord, il semblerait que les gays sont bien
intégrés. Mais la société a de la peine à
accepter les personnes qui sortent de la norme établie. La visibilité
de personnes LGBT commence à s'affirmer dans les milieux artistiques et
politiques et va faire progresser les mentalités. Cependant, le pays a
bien d'autres problèmes en plus de Jeux peu olympiens. L'économie est
entrée en récession, la maîtrise de la pandémie n'est pas exemplaire et
l'état d'esprit général déflationniste crèe de plus en plus
d'incertitude. Comme le pays n'a pas l'habitude de permettre
l'immigration, il n'est pas entraîné à accueillir gaiement la
différence.