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dimanche 20 août 2023

Le secret sensuel d'un tendre prépuce, selon Alejandro Jodorowsky


Alejandro Jodorowsky, au naturel.


Psychomagique, art de guérison, 2020.

Né au Chili il y a 94 ans, Alejandro Jodorowsky est un artiste polyvalent, scénariste de bandes dessinées, réalisateur de films joyeusement sacrilèges, acteur, romancier, praticien de tarot divinatoire  et d'autres disciplines indisciplinées.Durant les années 80, j'ai eu le privilège de suivre quelques stages conduits par ses assistants ou lui-même. Imaginez une trentaine de filles et de gars, nu/e/s comme des vers, s'adonnant au massage-grattage d'un/e partenaire avec une spatule d'os. Cela de la tête aux pieds, sans manquer la langue ni aucun des organes externes. Ensuite, les mêmes adultes langeant un/e collègue. Puis, lors d'un stage ultérieur, la reconstitution vivante de l'arbre généalogique des participant/e/s, avec larmes et éclats de rire. À Paris, "Jodo" a animé des réunions et conférences ouvertes à tous concernant ses thèmes préférés dont le tarot divinatoire. Elle est passionnante, la vie de jeunes explorateurs de l'intérieur emmenés par un maître qui ne se prend pas trop au sérieux !

Alejandro Jodorowsky, 2013.

Voici un extrait de son livre L'Arbre du dieu pendu [p. 133]. Teresa, partie en tournée avec Séraphin l'artiste de cirque chilien, écrit une lettre à Alejandro son mari pour l'informer qu'elle ne reviendra plus jamais. "J'ai cru t'aimer mais c'était seulement un besoin animal, des désirs du membre d'un homme, d'avoir des enfants, des instincts qui ressemblent à ceux des vaches. [...] Ni toi ni moi n'avons su caresser, être tendres, nous fondre l'un dans l'autre. Toi dans ton monde, le Rebbé [rabbin], Dieu, la fabrique de chaussure; et moi dans le mien, le pain, la maison, l'excrément, la haine de la Création; séparés. [...] Tu m'as mise à ton service, comme l'avait fait ton père avec son épouse et le père de ton père, obéissant à la Grande Canaille [Dieu] qui nie par-dessus tout le magique plaisir de la chair. Il est vrai que dans ma condition animale j'ai cru t'aimer, mais je suis tombée amoureuse de Séraphin comme d'un être humain. C'est une chose grandiose que tu ne peux pas connaître... Ne crois pas que je n'ai pas été sincère, que je t'ai trompé. Comme j'aurais voulu être fidèle jusqu'à la mort pour qu'en ce moment tu ne souffres pas comme je sais que tu souffres.[...]






"Il y a une semaine, nous avons donné une représentation dans la mine de charbon de Lota [Chili]. Les mineurs ont voulu que nous descendions dans les galeries profondes pour que le rire et le savoir habitent pour une fois ce monde obscur. Séraphin a été plus brillant que jamais [...] J'ai ressenti ce qu'il était en train de dire: "Tout est nourriture, même la douleur." [...] De retour dans la roulotte, Séraphin m'a regardée, a eu des convulsions et est tombé à mes pieds en murmurant: "La Vierge de la Nuit..." Je lui ai caressé sa nuque velue. Il a grimpé vers moi comme un enfant et s'est installé entre mes seins.[...]

La danse de la réalité, 2013.

"Quand il a senti la chaleur de mon regard, il a ôté son costume de clown et m'a montré son corps tout entier, une sculpture vivante. Toute à l'extase que me produisait cette nudité, j'ai étendu les mains et j'ai laissé son sexe reposer entre mes paumes humides. J'étais habituée à ton membre volumineux, dur, insensible, avec son arrogante tête nue. Le pénis de Séraphin était pâle, fin, doux et surtout, complet. Son tendre prépuce lui donnait un secret sensuel, une modestie puissamment attirante, en fait une tranquille normalité animale, sans le coup de couteau de la religion, sans aucun compromis avec Dieu. Quand tu me pénétrais, Jéhova rentrait avec toi. Il avait ordonné qu'on te coupe un morceau pour s'approprier tes plaisirs. J'ai embrassé cette peau avec ravissement, avec ferveur et je lui ai offert toutes les ouvertures de mon corps."

Santa Sangre, film, 1989.


El Topo, film, 1970.



Lors d'un week-end au cours duquel chacun/e devait, à tout de rôle, présenter son arbre généalogique vivant en y plaçant les autres participant/e/s, Jodorowsky a envoyé dans l'escalier les deux gars qui représentaient mon compagnon assassiné et mon camarade mort du sida. Puis il s'est approché de moi et m'a décrit la suite de ma vie. Il ne s'est pas trompé dans ses prédictions.

André



P.S. J'ai commencé à publier ce blogue en mai 2008 et l'avais défini comme "une case d'hommes ni machos, ni soumis -- couillus tout simplement". En tout: 1819 textes. À 87 ans, je traverse une phase délicate, la première qui affecte ma santé depuis 25 ans de retraite. Je me propose donc de publier un blogue toutes le deux semaines. Au début, c'étaient plusieurs par semaine... Un grand merci à ceux qui n'ont pas seulement regardé les photos de beaux mecs, mais ont lu, voire commenté certains textes. Je vous tiendrai au courant. -- André.









dimanche 16 avril 2023

De la marche sur le feu au voyage chamanique dans l'espace





Bernard, lecteur de Case des hommes, a envoyé ce message: "Tu dis t'intéresser au chamanisme  contemporain, que mets-tu derrière ce terme ?" Durant le week-end de Pâques, je me suis donné congé le dimanche pour entreprendre le premier bain de soleil de l'année et procéder à un voyage chamanique. Je vais le décrire. La semaine prochaine, j'évoquerai des expériences de transes communautaires qui sont survenues sans que je les aie cherchées. C'était nord-africain, turc, hindou et indien d'Amérique. Nos expériences culturelles et spirituelles se ressemblent à travers les siècles et les continents. Le chamanisme en est l'une des plus anciennes. Il s'est développé différemment suivant les cultures ou les despotes qui se le sont appropriés.



À droite, un tambour.

Mon père a vécu une tragédie que j'ai découverte alors que j'avais 7 ans. Il m'a expliqué ce qui s'était produit sans mentionner son ressenti et n'en a plus jamais parlé. Tel était le sujet de mon voyage ce dimanche. Voilà comment je procède. Je bats la mesure sur le tambour que j'ai construit avec l'aide d'un chamane. Je me rends auprès de mon arbre préféré, une porte s'ouvre dans le tronc, j'entre pour me trouver dans un pré où m'attendent un éléphant volant et un tigre. Le félin s'installe derrière les oreilles du pachyderme, je me colle contre lui, sa queue passe entre me jambes et remonte pour soutenir mon dos. Nous nous envolons vers la découverte.

Voyage entre terre et ciel.

Dans les stages de chamanisme que j'ai fréquentés, mes collègues avaient chacun/e d'autres manières d'entrer en transe. Le néo-chamanisme fonctionne sans traditions tribales. Ce dimanche, mon pachyderme a volé vers l'Est, puis le Nord avant de foncer sur l'Afrique. Nous avons atterri à l'île Maurice, proche de la Réunion. Je me suis retrouvé devant un temple hindou où je m'étais rendu un soir, lors de vacances dans les années 1960. Avec quelques privilégiés assis au bord d'une piste de braises, nous avions assisté à la marche sur le feu de la communauté hindoue.


En cortège, les fidèles avançaient pieds nus sur des braises en suivant leur brahmane. Le lendemain à l'aéroport pour me rendre à l'île voisine, j'ai vu les pieds du brahmane, nus dans ses savates, sans aucune marque de brûlure ! Cette pratique est attestée en Inde depuis plus de mille ans avant notre ère. Certains prétendent que le bois est mauvais conducteur de la chaleur. D'autres expliquent qu'il faut dominer son corps: qui n'a pas peur ne se brûle pas. Dans la Bible,  le prophète Ésaïe (43:2) cite Yhwh (Jéhovah) encourageant Son peuple: "Oui, tu marcheras dans le feu, il ne t'atteindra pas, la flamme en toi ne brûlera pas." Ésaïe aurait vécu au 8e siècle avant notre ère. Pourquoi les religions d'aujourd'hui ne savent-elles pas mieux nous relier ?




Retour à mon voyage chamanique. Je m'engage pieds nus sur la piste de braises dans le sens invers des hindous et poursuis mon chemin en pénétrant dans une sombre caverne rocheuse. C'est rare: elle possède une sortie que j'atteins en dépassant des stalactites et stalagmites, puis en pataugeant dans l'eau. Un peu plus tard, j'arrive dans la maison où habitait mon père avant ma naissance. Sa première épouse -- dont j'ignorais l'existence lorsque j'étais enfant -- souffrait d'une très forte dépression. Traitée dans une clinique, elle voyait leurs deux enfants une fois par semaine, à la maison. Une personne était chargée de surveiller cette rencontre. Un après-midi, la mère a demandé à cette personne de raccorder le gaz (qu'on fermait en prévision de sa visite) pour qu'elle puisse préparer un chocolat chaud; et d'aller acheter des gâteaux pour les enfants. Lorsque le /la surveillant/e est revenu/e, l'adulte et les deux bambins étaient tués par le gaz.






À la fin du voyage, j'ai fait cette découverte à la place de mon père. Je suis entré et j'ai vu l'ampleur de la tragédie, ses deux enfants et son épouse qui étaient sa raison de vivre étendus par terre. Ce que j'avais compris de l'extérieur, avec compassion envers lui, je le ressentais pour la première fois de l'intérieur. Et je comprenais mieux pourquoi il n'en avait jamais plus parlé. C'était ingérable. J'avais sept ans; mes parents m'ont laissé seul me débrouiller avec cette histoire qui contredisait toutes les belles fables de mon éducation religieuse fondamentaliste. Dieu est amour, Il nous conduit vers de verts pâturages. Les parents nous protègent, etc...






C'est ainsi que le doute et la méfiance m'ont accompagné. Avec, pour avantage, le fait que je n'ai jamais cru ceux qui voulaient me "délivrer" du péché de l'homosexualité, de l'enfer auquel les pédés étaient condamnés. Mais j'ai aussi appris à renoncer à l'affection familiale. Ma chance: on ne m'a pas foutu dehors. À part mon père, ma tribu ne s'est jamais intéressée à mes activités ni à ceux que j'ai aimés. L'autre leçon que j'ai retirée de ce voyage chamanique: nos grands problèmes nous précipitent dans de sombres cavernes; mais si l'on trouve la sortie, on progresse néanmoins solidement dans la vie active. J'en ai fait l'expérience lorsque mon grand amour a été tabassé à mort et celui que j'aimais comme un frère a été terrassé par le sida, les deux le même jour.


André





















dimanche 5 mars 2023

Kirill Fadeyev, célèbre artiste ukrainien fasciné par le nu masculin












À Berlin, du 24 au 26 février dernier s'est tenue une exposition consacrée à des artistes qui abordent le sujet de la guerre. Il s'agissait de témoigner d'un an de combat, de souffrance, de mort, de faim et de froid en Ukraine. Sans oublier les autres conflits armés qui se déroulent ailleurs sur notre misérable planète. Puisque la manifestation se déroulait dans les Ateliers de Pride-Art à la Söthstrasse, j'ai choisi de présenter quelques œuvres de Kirill Fadeyev né en 1977 à Odessa, ville portuaire sur la Mer noire. 









Fadeyev a démontré ses capacités créatrices dès sa jeunesse. Il étudié à l'école d'art d'Odessa de 1992 à 1997. Puis il a poursuivi ses études à l'Académie nationale des arts et d'architecture de Kyiv (Kiev). Il s'est d'abord illustré dans la sculpture. Professionnellement , il s'est engagé dans la peinture et des projets architecturaux. Parmi ses œuvres les plus connues, il est le créateur en 2012 d'une statue située au centre de la capitale et dédiée aux soldats tombés durant la Deuxième guerre mondiale.









Comme vous pouvez le constater, Fadeyev est fasciné par la plastique mâle. Et cela choque beaucoup d'Ukrainiens. Néanmoins, sa façon réaliste d'associer des nus à diverses situations -- certaines humoristiques, d'autres plus tragiques ou historiques -- le rachète auprès du public mal à l'aise. Ses premières expositions à l'étranger ont eu lieu en 2010 et 2013 à Londres dans la Galerie Adonis Art International. Et jusqu'à l'attaque militaire russe de l'an dernier, il a activement participé à la planification architecturale de monuments, de bâtiments, de locaux commerciaux et de décorations d'intérieurs.



"Stop !" 2022.






Au premier jour de la guerre,  Stewart Hardman, directeur de la galerie londonienne, a pris contact avec l'artiste par courriel. Kirill Fadeyev a répondu qu'il s'était réfugié dans une station de métro avec des centaines d'autres habitants de la capitale. Il ne savait pas ce qu'il allait faire ensuite. "Depuis lors je n'ai plus reçu de nouvelles, déclare le galeriste. J'espère que ce courageux et extraordinaire artiste a survécu au terrible choc." Fadeyev a publié de nouvelles œuvres sur Instagram et ses voeux de Nouvel-An 2023 sur son blogue.









Concernant son saint Sébastien, Kirill Fadeyev a déclaré que le gars n'avait pas réellement mené une vie respectable. La renommée de ce martyr romain du IIIe siècle a changé à travers les âges. Centurion chrétien, il avait d'abord joui de la protection de l'empereur païen Dioclétien. Il avait choisi la carrière militaire dans le but de soutenir d'autres croyants durant cette période hostile. Et lui, qui avait accompli de nombreux miracles, avait finalement été condamné au supplice des flèches. Laissé pour mort, il s'en était tiré et on l'avait fait battre à coups de verges ce dont il ne s'était pas relevé. On avait jeté son corps aux égouts. La représentation picturale de Sébastien a évolué au XIXe siècle. Du vieux barbu qu'on imaginait, il est devenu un bel éphèbe séduisant homos et sados-masos. Longtemps après Shakespeare dans Twelfth Night (La Nuit des rois) c'est en personnage de romans que nous l'avons découvert, de Tennessee Williams à Lorca, Mishima ou Proust.
 
André