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dimanche 24 mars 2024

De la pure démocratie à l'évangélisme de la société américaine














 

Comment nous purifier de la course aux "nouveautés" et nous profiler avec d'autres valeurs que le dernier machin produits par des esclaves en Asie? Depuis que nos sociétés sont gouvernées par le combinat vertical État-Église, nous avons toujours obéi à la voie unique. Seuls quelques hommes extraordinaires se sont révoltés. Parmi eux, ceux qui ont vaincu le système en ont inventé un nouveau, plus terrible encore. Aujourd'hui, nous avons la possibilité de connaître ce qui se passe en coulisses et de perdre toutes nos illusions -- sur le sport de compétition, sur la justification des guerres ou l'identité de ceux qui manipulent les marionnettes politiques. Alors, putain de merde?








Commençons par rechercher les valeurs d'une masculinité solide ailleurs que dans les magazines de sport, les partis d'extrême-droite, les gazettes financières, le bodybuilding, le viagra, les parfums pour homme et l'épilation totale. Nous avons besoin de mentors, de maîtres qui nous donnent le goût d'une virilité sans exhibitionnisme, liée à la sensualité et à l'expression plus complète de nos capacités sexuelles. De seniors plus sages, moins ventrus ni gorgés d'alcools, plus souples et musclés dans leur âme et leur corps, moins mégalomaniaque. Ces vieux bonzes existent, il suffit de chercher et, parfois, de leur rappeler leur devoir envers les hommes plus jeunes, de les secouer si besoin. C'est en travaillant à développer de vraies valeurs viriles que nous retrouverons notre épanouissement, avec une joie de gamin dans un corps et une âme d'adulte.





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Nous savons ce que cela représente de ne plus pouvoir retourner à la maison, de sonner à la porte d'inconnus sans rien dans les mains et d'espérer qu'ils nous accueilleront avec bonté au lieu de colère. Nous connaissons l'incertitude quant au sort de nos proches pris dans des guerres qui semblent ne jamais s'arrêter... "Alors mec, demande à ton instinct de les mettre sur ton chemin. Au lieu du micro tu tends l'oreille, et tu commences une conversation en accord avec la situation dans laquelle vous vous trouvez les deux. Par exemple dans les transports publics: "Est-ce que c'était aussi bondé il y a 40 ans?" Juste pour voir s'il a envie de parler. Tu sens le bonhomme, tu vois si tu peux lui poser des questions plus personnelles. Il faut oser, foncer. Les femmes et les hommes qui nous agressent parce que notre orientation amoureuse les contrarie, sont obligés de trouver de nouveaux arguments au fur et à mesure de l'évolution des sociétés libérales. À l'est de l'Europe, l'écroulement du communisme n'a pas émancipé les populations comme on l'escomptait. Dans les pays musulmans, les tentatives de libération ont été cruellement jugulées. En Asie et en Afrique, cela dépend des prises de pouvoir. Le peuple des États-Unis, convaincu d'avoir inventé la démocratie, l'a tellement exportée dans des pays d'Asie qu'il n'en reste plus sur place. Elle a été supplantée par l'évangélisme.









dimanche 14 janvier 2024

Lorsque les gays envahissaient les auberges chrétiennes...












Je vais poursuivre le récit de ma jeunesse après une brève digression. Mardi dernier, la France a découvert le successeur d’Élisabeth Borne au poste de premier ministre: Gabriel Attal, 32 ans, membre de la communauté LGBTQIA+. Cette nomination révèle-t-elle l'évolution de l'opinion depuis l’adoption du mariage pour tous en 2013 ? Les études et la carrière politique du nouvel élu sont un pur produit de l'élitisme français. Néanmoins, dans un langage digne des lieux communs de son président maquignon, il a déclaré qu'il allait réunir les "forces vives du pays". Les attaques xénophobes qu'il a subies l'ont durcit dès l'école. Son père l'avait prévenu: "Tu as beau ne pas être juif, tu te sentiras toute ta vie solidaire des juifs car tu subiras comme eux l’antisémitisme du fait de ton nom." Ce qui n’a pas manqué. "Mais je ne m'en plaindrai jamais, précise Attal."

 








Après ma traversée de la Chine en train, c'est en bus Greyhound que j'ai fait le tour des États-Unis en 1967. Le prix: 99 dollars pour 99 jours de libre parcours. Tu montes à bord quand tu veux, jour et nuit, tu sors dès que l'environnement te plaît. En plus, tu économises des nuits d'hôtel. À ce sujet, parlons de YMCA, connue pour ses installations sportives, ses camps d'été et auberges à bas prix. Le nom de Young Men's Christian Association signifie Association chrétienne de jeunes hommes. YMCA, la célèbre chanson des Village People joue sur un sous-entendu compris par les gays:  "They have everything for young men to enjoy, you can hang out with all the boys" (Ils ont tout ce qui plaît aux jeunes hommes, vous pouvez passer du temps avec tous les gars). Cruisin', le titre de l'album peut se traduire par draguer ou participer à une croisière...

 










 

À cette époque, j'ai logé dans plusieurs auberges dévolues à la jeunesse chrétienne, aux États-Unis, au Canada et en Angleterre. Chacune avait développé une astuce pour empêcher la drague publique. A Londres par exemple, dans la salle de douche à côté de la piscine, on ne pouvait pas rester longtemps à observer les autres gars en faisant semblant de se savonner car la température de l'eau était bloquée à très chaud. Souvenir de sauna à New-York. Les États-Unis étaient en train d'évoluer, tant en ce qui concernait la guerre qu'ils menaient au Vietnam que leur hostilité flagrante vis-à-vis des minorités raciales et sexuelles.











Un établissement en sous-sol. Après minuit, sur un podium entouré de chaises pliantes: un piano. Les spectateurs sont vêtus de serviettes de bain identiques et rien d'autre. Ils applaudissent une jeune chanteuse. L'une des artistes de la comédie musicale Jacques Brel is Alive and Well and Living in Paris qui remporte un grand succès aux USA. Elle interprète différents morceaux du spectacle. Et ne peut plus retenir ses larmes: elle ne s'attendait pas à un accueil aussi cordial de la part d'un tel auditoire. Les applaudissements se font encore plus chaleureux. Elle chante alors Ne me quitte pas dans sa version anglaise, puis La valse à mille temps... C'était peu après 1968. Lors de mon escale à San Francisco -- qui n'était de loin pas encore envahie par l'IA (l'imbécilité asphyxiante) -- j'ai découvert l'amitié fraternelle des premiers groupes gays.
 
André

















dimanche 16 juillet 2023

Flaubert, ses maîtresses, ses chers copains et ses coucheries homos


Flaubert jeune homme.



"Je suis doué d’une sensibilité absurde; ce qui érafle les autres me déchire. Que ne suis-je organisé pour la jouissance comme je le suis pour la douleur !" Ainsi se décrivait Gustave Flaubert (1821-1880) l'auteur français qui s'est ingénié à brouiller les pistes tout au long de sa carrière, ce qu'ont souligné les érudits qui ont  récemment analysé ses romans, ses amours et ses amitiés pour la Télévision française, sous la direction de François Busnel.


Chez Flaubert, selon certains analystes -- pas mentionnés dans l'émission -- il y avait incompatibilité entre les sentiments qu'il ressentait envers ses maîtresses, envers les prostituées et sa vie d'artiste. Il ne fallait pas que l'amour l'emprisonne. C'était par l'écriture qu'il pouvait préserver sa virilité. Dans des lettres personnelles dont il avait souhaité la destruction, on repère son fétichisme. Il se masturbait en contemplant une paire de pantoufles dans lesquelles était enfoncé un mouchoir taché du sang de son amoureuse Louise Colet. C'est à son très cher ami Alfred Le Poittevin que Flaubert a confié le plus de secrets. Ils se sont promis de ne jamais se marier, mais Alfred a rompu ce serment ce que Gustave a ressenti comme une trahison; la brouille entre les deux hommes fut définitive.

Maxime Du Camp et Flaubert.



À son ami Louis Bouilhet, il décrit un voyage (1849-1851) qu'il entreprend en Égypte et en Syrie-Palestine pour revenir par la Grèce et l'Italie, accompagné de Maxime Du Camp un copain d'enfance. "Puisque nous causons de bardaches, écrit-il, voici ce que j'en sais. Ici c'est très bien porté. On avoue sa sodomie, on en parle à table d'hôte. Quelquefois on nie un petit peu, tout le monde alors vous engueule et cela finit par s'avouer. Voyageant pour notre instruction et chargés d'une mission par le gouvernement, nous avons regardé comme un devoir de nous livrer à ce genre d'éjaculation. L'occasion ne s'est pas encore présentée, nous la cherchons pourtant. C'est aux bains que cela se pratique. On retient le bain pour soi (5 F, y compris les masseurs, la pipe, le café, le linge) et on enfile son gamin dans l'une des salles."


Dans une lettre suivante: "À propos, tu me demandes si j'ai consommé l’œuvre des bains. Oui, et c'est sur un jeune gaillard gravé de la petite vérole et qui avait un énorme turban blanc. Cela m'a fait rire, voilà tout. Mais je recommencerai. Pour qu'une expérience soit bien faite, il faut qu'elle soit réitérée." Plus tard, dans le Dictionnaire des idées reçues publié après sa mort, il définira ainsi le terme de pédéraste : "Maladie dont tous les hommes sont affectés à un certain âge." À Ernest Feydeau, alors qu'il détaille les problèmes rencontrés durant sa rédaction de Salammbô, il ajoute: "Peut-être qu'en me fourrant quelque chose dans le cul, ça me fera bander le cerveau. J'hésite entre la colonne Vendôme et l'obélisque."




Dans le blogue précédent, je décrivais les liens qui rattachaient les soldats de la Deuxième guerre mondiale les uns aux autres. Dans les pages de Salammbô Flaubert est explicite. "La communauté de leur existence avait établi entre ces hommes des amitiés profondes. Le camp, pour la plupart, remplaçait la patrie; vivant sans famille, ils reportaient sur un compagnon leur besoin de tendresse, et l'on s'endormait côte à côte, sous le même manteau, à la clarté des étoiles. Puis dans ce vagabondage perpétuel à travers toutes sortes de pays, de meurtres et d'aventures, il s'était formé d'étranges amours -- unions obscènes aussi sérieuses que des mariages, où le plus fort défendait le plus jeune au milieu des batailles, l'aidait à franchir les précipices, épongeait sur son front la sueur des fièvres, volait pour lui de la nourriture, et l'autre, enfant ramassé au bord de la route, puis devenu mercenaire, payait ce dévouement par mille soins délicats et des complaisances d'épouse."






Plus loin: "Les frères se contemplaient, les deux mains serrées et l'amant faisait à son amant des adieux éternels, debout, en pleurant sur son épaule. [...] Parfois deux hommes s'arrêtaient tout sanglants, tombaient dans les bras l'un de l'autre et mouraient en se donnant des baisers." J'ai trouvé cette documentation dans l'anthologie de l'homosexualité Les Amours masculines de Michel Larivière (Lieu commun, 1984).

André