mercredi 15 décembre 2010

Nus ou presque: ensemble pour l'acrobatie, les photos et la vie

Franco-italien qui a passé huit ans de son enfance dans la région de Zurich, Stéphane Haffner se retrouve en Suisse où sa troupe Les Farfadais est la vedette du spectacle Swiss Christmas qui se déroule sous chapiteau à Zurich-Oerlikon jusqu'à la fin de l'année.

Ce que j'admire chez Stéphane Haffner -- fondateur des Farfadais avec son frère Alexandre -- c'est sa capacité de nous éblouir sur scène, sous chapiteau, dans les magazines d'esthétique mâle et dans le quotidien. Avec son compagnon de vie Emiliano Simeoni, il forme le duo d'acrobatie Angels, aussi musclé que sensuel. Ensemble ou séparément, les deux hommes ont posé pour plusieurs photographes de mode et de nu, dont le zurichois Marco Carocari. le new-yorkais Thomas Synnamon et le parisien Jean Quelquejeu.

Enfant, Stéphane a commencé son entraînement de gym artistique à Oerlikon. Il avait 17 ans lorsqu'un accident a brisé son rêve de devenir un sportif de haut niveau.

Persévérant, il n'a pas abandonné la gymnastique tout en étudiant le stylisme de mode à Paris. Et pour se faire des sous, il a choisi le spectacle de rue. Succès étonnant qui lui a permis de financer ses études dans une école du cirque. Grâce à cette double formation, il a pu créer des numéros visuels très aboutis, tant au niveau des costumes que de l'acrobatie. Ce qui lui a valu des engagements à travers le monde.

C'est à Rome, lors d'une émission à la Rai-1 qu'il a rencontré Emiliano Simeoni, danseur de formation et mannequin. Ils ont été frappés, disent-ils, "d'un réel coup de foudre", ce qui les a amenés à travailler ensemble dans ce duo de danse-acrobatie où la technique aérienne du tissu tient une large part. Et c'est ainsi que le danseur s'est joint à la troupe des Farfadais. Les frères Haffner tiennent à préciser qu'en plus de la collaboration professionnelle, les trois hommes sont unis par "un lien sentimental très fort de grande amitié". Magnifique engagement professionnel et privé!

André

lundi 13 décembre 2010

Des centaines de milliers d'ados LGBT jetés à la rue aux États-Unis

Samedi, Carl Siciliano, le fondateur et directeur de deux lieux d'accueil pour les jeunes LGBT sans-abri à New York lançait un appel pressant dans les médias gay. Les autorités de la métropole américaine ont réduit de moitié le soutien financier qu'elles accordaient à ses institutions. À New York, écrit Siciliano, "3'800 jeunes dorment dans les rues chaque nuit. Plus de mille d'entre eux déclarent qu'ils sont LGBT. Or, dans notre ville, on ne compte que 250 lits pour tous les ados sans-logis... Des jeunes gay et lesbiennes nous arrivent de tous les coins du pays; ils viennent nous demander de la nourriture, une douche, des services médicaux, de l'aide psychologique et les autres formes de soutien que nous proposons. Nos responsables font tout leur possible afin de les aider et leur trouver un lit, mais il y a si peu de possibilités que nous en sommes réduits à leur donner des conseils: comment survivre et se protéger en allant dormir dans le métro, les parcs, les bâtiments abandonnés, les chantiers. Jusqu'à ce que nous leur trouvions une meilleure solution."

"Hier, un de nos collaborateurs a passé l'après-midi à chercher un logis pour une jeune fille qui venait d'arriver à New York. À la fin, il a été obligé de lui recommander de passer la nuit dans la rue. Elle en pleurait... Ce qui arrive à ces gosses est terrible! Dans tout le pays, cela fait des centaines de milliers de jeunes vulnérables qui sont chassés de la maison à cause de leur homosexualité, privés de tout soutien familial et forcés de se débrouiller sans aucun moyen pour survivre. Je suis scandalisé par la violence et les humiliations qu'ils subissent dans la rue, la façon dont ils sont harcelés par les autres jeunes dans les lieux d'accueil non spécialisés, et que la prostitution soit pour beaucoup le seul moyen de survivre. J'en crève de voir des jeunes subir autant de traumatismes profonds."

On estime à 1,6 million le nombre des jeunes jetés à la rue aux États-Unis; entre 30% et 40% d'entre eux se déclarent homos. Environ 26% des ados américains homos sont chassés de chez eux lors de leur coming out. Parents inconscients ou violents, familles d'accueil et parents abuseurs, milieux évangéliques ou catholiques. D'autres enfants fuguent pour échapper aux "thérapies réparatives" religieuses auxquelles on veut les contraindre.

Carl Siciliano: deux refuges pour jeunes LGBT sans-logis.
Carl Siciliano poursuit: "Ces ados jetés à la rue par des parents qui ne veulent pas les accepter tels qu'ils sont, c'est l'aspect le plus odieux de l'homophobie actuelle. C'est aussi la pire marque de mépris envers la communauté gay. Alors, je ne comprends pas pourquoi la protection de ces jeunes laissés à eux-mêmes ne figure pas au premier plan des priorités du mouvement LGBT. Expliquez-moi aussi pourquoi les organisations de défense des gay ne se battent pas afin d'obliger les autorités à protéger ces enfants abandonnés; à quoi servent nos impôts? Cette situation est un cauchemar."

André

vendredi 10 décembre 2010

Avec ce gars, c'était Noël toute l'année

Mon plus ancien souvenir de Noël: le sapin touchait au plafond et j'étais tout petit. Sa seule décoration: des bougies blanches; pas de crèche à son pied, juste quelques cadeaux. En grandissant, j'ai découvert que d'autres familles chargeaient leur arbre de boules, guirlandes et bougies multicolores, comme dans les magasins, et le dressait au milieu du salon. Le nôtre ne se trouvait pas dans l'appartement, mais dans l'atelier de peinture de notre mère, là même ou j'écris ce texte. Je vois diverses raisons aux Noëls déstructurés de notre enfance. Question de foi chrétienne: il ne fallait pas mêler la tradition nordique de la fête de la lumière à la naissance du Sauveur. Ensuite, peut-être qu'on plaçait le sapin à distance par déférence envers notre père, qui avait perdu une fille et un fils -- leur mère les avait gazés en se suicidant. Les fêtes de famille devaient être particulièrement pénibles pour lui. Nous, les enfants du second lit, nous l'ignorions.

Après un premier homme-passion que j'ai quitté parce que je ne voulais pas le partager avec sa seconde épouse (décidément...), j'ai rencontré Noël (son deuxième prénom, parce qu'il était né cette nuit-là) et me suis embarqué dans une histoire passionnelle avec lui. Il ressemblait au jeune homme ci-contre, en plus futé et avait 21 ans, moi 34. D'un intellect brillant et d'un caractère pas facile -- alors que j'étais plus arrangeant, intuitif et brouillon (ce qu'il faut pour faire un journaliste passable) -- Noël préparait sa thèse tout en passant une deuxième licence et en exerçant le métier d'assistant à l'uni. Notre histoire a duré deux fois sept ans. Sept ans de partage à tous les étages, puis sept ans de fraternité lorsqu'il m'a quitté pour vivre avec Nurettin, un gars de son âge. Les éléments les plus étranges, dans cette histoire, c'est que: 1) les deux mecs ont trouvé un appartement à quatre minutes de chez moi, 2) la relation entre Noël et moi s'est poursuivie, sur le plan fraternel, et qu'à cette fraternité s'est joint le nouvel arrivé, Nurettin, 3) que ces deux-là qui composaient ma famille de coeur sont morts à moins de 24 heures de distance l'un de l'autre -- Noël passé à tabac de façon si violente qu'il a trépassé deux jours plus tard, et Nurettin terrassé par le sida. J'étais près d'eux pour recueillir leur dernier souffle. C'était en 1985.

C'est ainsi qu'un fils -- moi -- a rejoint le sort de son père, même si son destin d'homme gay semblait lui promettre un avenir opposé.

André

mercredi 8 décembre 2010

Un amour qui aurait pu naître au bord de la plage

"Les Noces" de Stravinsky, chorégraphie de Pascal Rioult.
"It's a losing proposition to wait around hoping for a dream lover to show up in our lives," écrivait le devin Rob Brezsny le 3 novembre dernier. "Il est illusoire d'attendre que l'amour idéal débarque un jour dans nos vies, car personne, jamais, ne peut correspondre à l'image idéalisée que nous véhiculons dans notre imagination. Cela dit, Taureaux, j'ai le plaisir de vous informer que les deux mois à venir se présentent favorablement pour la rencontre d'une beauté imparfaite et bénéfique." Quinze jours plus tard, je me trouvais à la Grande Canarie dans un café internet, échangeant des coups d'oeil complices avec un autre claviste à cause d'un incident rigolo qui se déroulait dans le local.

Complicité sans suite et vite oubliée... Sauf que, le lendemain, en arrivant sur la plage où quelques centaines de mecs étaient déjà installés, sans m'en rendre compte j'ai posé sac, bouquin et serviette de bain à ses pieds. Il m'a interpellé, nous avons évoqué l'incident de la veille, puis je suis allé nager. Plus tard, me demandant où avait disparu ma pomme, je me suis aperçu qu'elle était sur son ventre. Il l'a rapportée, nous l'avons partagée et il ne m'a plus quitté. Nous avons échangé nos curriculums en les soulignant de gestes de plus en plus caressants. Lui, Dirk, Néerlandais, beau jeune homme dans la soixantaine, terriblement attachant par son humour et sa virilité sans apprêt. Il paraissait aussi séduit que moi et l'exprimait clairement par la parole et le geste.

Sous le qualificatif de beauté imparfaite, je m'attendais à quelqu'un de moche ou de difficile. Dirk est un amour idéal qui a duré une heure merveilleuse. Veuf de son compagnon, il avait rencontré récemment un Italien avec lequel il espérait établir une relation durable. Dommage, a-t-il dit, parce que je pourrais t'aimer. Moi, pareil. Mais Dirk rentrait aux Pays-Bas le lendemain... Pendant une heure, je me suis senti désirant et désiré comme je l'étais à 25 ans et que je me foutais bien des gens qui pouvaient nous voir échanger des caresses et des baisers.

Puis nous sommes redevenus des adultes, heureux de ce cadeau. Nous nous sommes dit adieu, au lieu de voler quelques heures à la nuit qui auraient terni l'éclat de l'instant. Et je suis heureux d'avoir pu tester ma capacité à fondre encore, avec un homme parfait rencontré à un moment imparfait. Dans ses Lettres à Lucilius, Sénèque qui rédigeait les discours de l'empereur Néron, écrit au sujet de la vieillesse: "Elle est pleine de douceurs pour qui sait en user. Les fruits ont plus de saveur lorsqu'ils commencent à se flétrir; l’enfance n’a tout son éclat qu’au moment où elle finit; pour les buveurs, la dernière rasade est la bonne, c’est le coup de l'étrier qui rend l’ivresse parfaite. Ce qu’a de plus piquant toute volupté, elle le garde pour l’instant final. Le grand charme de la vie est à son déclin, je ne dis pas au bord de la tombe, bien que, même sur l’extrême limite, elle ait à mon gré ses plaisirs."

André

dimanche 5 décembre 2010

La sensualité animale et machiste du torero

Dans son blogue The Sartorialist le photographe Scott Schuman capte les élégantes, les dandys et quelques personnages plus originaux dans la rue, pour faire connaître la mode qui se porte, plutôt que celle qu'on essaie de nous imposer. Mais j'ai l'impression qu'étant donné son immense succès, il glisse de plus en plus de rendez-vous arrangés au milieu de ses rencontres "spontanées" dans les beaux quartiers de Milan, Paris, Londres ou New York. Les magazines de mode, ces pollutions de l'honnête frivolité féminine ou masculine, ont recours à ses services -- et l'on sait que tout ce qui passe dans leurs pages est triplement financé: 1) par les lectrices, 2) par la pub générale, 3) par les fringues et les autres produits présentés. [Imaginez une ouvrière sexuelle qui serait rémunérée par son client, par la ville dont elle use le trottoir, et par son mac: c'est ça, l'industrie de la mode!]

Lundi dernier, sous le titre "The Matador, Madrid, Spain" (à matador, de matar tuer, les Espagnols préfèrent torero, c'est plus sport) The Sartorialist [cliquez] a présenté ces beaux mecs, épitomes de la sensualité animale et de la séduction machiste. Scott Schuman ne légende pas ses photos. Dans les commentaires, les lectrices espagnoles du blogue nous informent que le gars de gauche est le torero Sebastían Palomo Danko, fils de torero et accessoirement modèle professionnel. S'il vous fait baver, Messieurs, ne rêvez pas, il est en main d'une descendante de la famille Bourbon qui travaille dans la fripe. Remarquez néanmoins qu'il n'a pas revêtu "l'habit de lumière" si spanisch kitsch pour la photo, mais un assortiment de fringues très mode agrémenté de vintage. Pantalon haut de taille, foulard de soie Hermès et ce splendide zahon de cuir qui protège normalement les jambes des picadors à cheval, ici savamment décoré, qu'on retrouve au Mexique sous le nom de chaparrera, les chaps des cow-boys américains.
Coquille pour arts martiaux.

La corrida, c'est l'occasion pour les étrangers de se sentir supérieurs aux Espagnols, -- remarque un commentateur de Madrid qui hait la corrida -- ils peuvent montrer leur sens moral, leur amour des bêtes. Je partage son avis. Puis ils mangent une saucisse de porc sans se demander dans quelles conditions sont élevés ces animaux... Ce qui me révolte plus que la cruauté envers les taureaux, c'est le danger que l'on fait courir aux toreros, ces jeunes hommes qui ne sont même pas protégés par une coquille rigide dans la partie de leur corps la plus exposée aux cornes, comme on peut le vérifier dans la photo du haut.

Hé les gars! je retiens tout de même ceci de la corrida: lors du premier acte, le torero effectue des passes de capote; cette phase lui permet d’évaluer le comportement du taureau. Et c'est après qu'on pose les banderilles...

André

vendredi 3 décembre 2010

Pourquoi je hais le ruban "Stop Sida"

Cela m'est arrivé durant la nuit: je me suis mis à haïr le ruban rouge. Je dansais à la discothèque Mad, la bien nommée, où se tenait une soirée Love & Life, au lendemain de la Journée mondiale de la lutte contre le sida. Déjà, me direz-vous, qu'est-ce qu'une vieille pédale vient faire sur une piste de danse, elle qui devrait ronfler à côté du verre contenant son brise-nouille posé sur la table de nuit? Réponse: merde, j'aime gigoter! Ce trémoussement au milieu de femmes et d'hommes qui pourraient être mes petits-enfants me donne un sentiment -- mi-doux, mi-amer -- d'ancien combattant. Et dans le contexte sida: de survivant. Parce que tout mon entourage amoureux et amical des années 1980 y a passé.

J'étais devant la porte de la disco vers 22h, l'heure indiquée par l'association "des personnes concernées par l'homosexualité" qui nous conviait. [Je ne me sens ni cerné, ni con -- je suis homo.] Les portiers m'ont jeté comme un vieux couillon: 23h. Me suis promené dans la ville en gel. Deux jeunes mecs que j'avais déjà croisés avant m'ont salué au passage, nous avons entamé une conversation. Originaires du Biafra, Nigeria, demandeurs d'asile, l'un occupé à Zurich auprès d'enfants dont il prend soin après l'école. L'autre, cantonné dans un village vaudois, laissé sans aucune occupation à l'âge de 20 ans. Triste pays pourri que le mien qui ne sait pas prendre soin, ni profiter des capacités de gens qu'il nourrit avant de les renvoyer. J'ai évoqué le Biafra des années 1960, où j'avais rendu visite à des amis missionnaires après la guerre, puis suggéré au jeune homme, catholique, de s'adresser à son curé, pour qu'il le mette en rapport avec des indigènes vaudois et anglophones.


Lorsque, dans la disco, a retenti la toccata et fugue BMV 565 de Bach, bientôt engloutie dans le boum-boum de 100 décibel, j'ai compris pourquoi je ne supportais plus le ruban. À la fin des années 1980, il marquait l'engagement des personnes atteintes par le sida, celles qui avaient déjà perdu un proche, celles qui se préparaient à cette mort -- leur propre décès ou celui d'un amant, d'un frère, d'un fils, d'un copain. Le rouge sanglant avait, en quelque sorte, remplacé le ruban noir du deuil. Et il fallait un certain courage pour le porter... Mais là, au Mad, le ruban rouge pendu aux cintres, épinglé aux poitrines, faisait partie de la décoration, comme dehors les boules de Noël. À moi, ça les foutait, les boules. Pour les plus jeunes, c'était le signe heureux que sida n'égale plus mort. Quasiment.

André

mercredi 1 décembre 2010

Dans les dunes de la Grande Canarie

Oeuvre provisoire, exposée à la marée
Colonisée par les Nordiques, Allemands en tête, la Grande Canarie se situe à 28 degrés au-dessus de l'Équateur, au large du Maroc. Sa conquête s'est déroulée comme le blitzkrieg de 1940 en France: les indigènes n'étaient pas suffisamment armés. Mais à la différence des Français, ils sourient aujourd'hui, apprennent les langues; et leurs taxis sont neufs, propres, accueillants. Au volant, ils respectent les passages protégés. À Playa del Inglés, le touriste est roi, même à table puisqu'on lui sert ce qu'il a l'habitude de consommer afin qu'ils ne se languisse point de sa malbouffe habituelle. Il y a des cliniques à tous les coins de rues, entre un pub irlandais et un restaurant viet; elles sont ouvertes 24 heures sur 24, on vous accueille en allemand.

Autre différence majeure d'avec 1940: les indigènes n'ont pas été déportés. Au contraire, on en importe en masse pour faire fonctionner l'industrie touristique. Et personne n'est interné: même les hétéros circulent librement de leur appartement loué à la charcuterie bavaroise, du café Wien à la brasserie norvégienne. Étant donné leur embonpoint stupéfiant, ils ont l'air beaucoup plus nombreux que les gay qui observent leurs moeurs grincheuses avec amusement. Il faut dire que les hétéros sont vieux et s'emmerdent en compagnie d'autres hétéros. C'est pourquoi ils font du shopping, du golf, et s'alcoolisent dès le matin. Lorsqu'ils longent la plage, c'est à marche forcée comme s'ils se rendaient au travail. Devant le buffet gargantuesque de leur hôtel, ils ne se départissent pas de leur gueule de stakhanovistes, tout en empilant des victuailles pour trois jours sur leur assiette dont ils abandonneront le tiers.


Entre Playa del Inglés et Maspalomas, la plage s'étend sur 6 km de sable blond mêlé de sable noir volcanique qui se sépare du blond dès qu'une vague l'étrille. La moitié est attribuée aux baigneurs textile, l'autre aux trop pauvres pour s'en payer. Les promeneurs passent d'un secteur à l'autre sans baisser la culotte ni sourire; les bonnes femmes tirent leur gros cul comme une charrette remplie de boutefas, les bonshommes sont enceints de triplés, voire plus, et ne vont pas les perdre comme la négligente Céline Dion. Ils avancent tel un cortège de fourmis et jamais ne s'écartent de leur piste pour jouer au volley avec les naturistes allemands, splendides dans leur élan, ou s'installer parmi les centaines et centaines d'hommes gay groupés par couples et petites équipes dans le sable, ou affalés sur des transats auteur de la buvette qui porte les couleurs de la corporation.

Derrière la plage: l'immensité des dunes où vagabondent les sportifs et les couples migrateurs qui s'installent sous les cocotiers, derrière les broussailles. De petits perroquets gazouillent dans les branches. On rencontre de vrais lézards, longs et colorés, et aussi de belles triques, mais rarement des serpents.

André