mercredi 21 septembre 2016

Ces corps nus qui dévoilent les tatouages les plus intimes...




Les raisons de se faire tatouer sont aussi diverses, réfléchies ou impulsives (vite regrettées) que les motifs que l'on inscrit sur la peau. Dans les sociétés où les normes masculines sont très codifiées, le tatouage prend une forme d'initiation, de passage à l'âge adulte; et, suivant la technique utilisée, la douleur de l'opération est volontairement amplifiée afin de souligner l'entrée dans cette nouvelle phase de l'existence. Outre le marquage, la cérémonie peut comporter d'autres expériences, comme la chasse d'un animal sauvage, une mise à l'épreuve, une initiation sexuelle, un jeûne prolongé en isolement.




Le tatouage est obligatoire pour entrer dans certaines sociétés, comme les yakusa, gangsters japonais. En Occident, il est entré dans la culture populaire par les marins et les prisonniers. Plus près de nous, c'est la culture rock et metal qui a banalisé ce type de décoration corporelle. Au départ de cette mode, il s'agissait de se singulariser. Actuellement, on se singularise en n'ayant aucun tatouage à montrer ou cacher.



Dans les sociétés qui manquent de traditions, de passages obligatoires -- même la confirmation religieuse ou le service dans l'armée sont facultatifs. Des filles, mais surtout des gars tentent de créer leur propre initiation par le tatouage ou toute autre forme d'exploit personnel. Mais il y manque le rituel imposé par les coutumes et les anciens. Et en se faisant encrer des portraits de rock stars, on n'est qu'un anonyme de plus qui marque ses préférences musicales au milieu de milliers d'autres, sans pour cela être initié à un secret: tout le monde peut écouter cette musique.




Les tatoués qui choisissent des motifs "tribaux", sans connaître les coutumes ni les valeurs qu'ils représentent, montrent peut-être la solitude qu'ils ressentent aujourd'hui, leur désir d'appartenance plus profonde. Mais qu'est-ce que notre société leur offre comme lien solide à une communauté, comme émotion forte, à part les drogues? L'adhésion à un parti raciste, à une Église homophobe, à un groupe de supporters sportifs, à un patriotisme belliqueux... Tout cela est inscrit sur de nombreux corps, "Le Seigneur est mon berger", "Plutôt la mort que le déshonneur", "Tuez les tous jusqu'au dernier" "Les étrangers dehors". C'est l'expression d'une peur, d'un désir de protection contre le changement et contre la créativité qu'il suscite... Les idéaux forts s'enracinent dans le coeur, alors que les tatouages s'éternisent à fleur de peau.

André








Ci-dessous: l'acteur britannique Tom Hardy saute dans la rivière sous le regard interdit du batelier. Il s'agit du tournage du film Taboo dans l'Essex en février dernier.

jeudi 15 septembre 2016

Eh ! les jeunes, n'oubliez pas d'être un peu fêlés ! Voici pourquoi...







Chauffé par ses hormones, le jeune Icare -- c'est un personnage de la mythologie grecque -- était prêt à prendre tous les risques pour s'envoler hors de la "prison" familiale. Son vieux l'a aidé dans son projet, comme tout bon paternel qui écoute, conseille et collabore. Ensemble, ils ont assemblé des ailes que le père a collées avec de la cire aux bras de son fils en lui intimant de ne pas voler trop près du soleil. Mais ce garnement d'Icare s'est propulsé très haut, la cire a fondu et le père a vu son garçon s'écraser au sol.

Longtemps, les airs sont restés le territoire des héros et des dieux. Puis les humains l'ont violé avec des ballons gonflés à l'air chaud. Les montgolfières, les dirigeables, les avions ont suivi. Et maintenant, les jeunes mecs s'offrent un jet d'adrénaline en parachute, parapente, aile delta et autre accessoire de vol. Qu'est-ce qui les attire? Le rêve des grands espaces, la paix des cimes, la liberté, le besoin de se dépasser ou de se singulariser, la compétition, le pur goût du risque.


Icare prend son envol fatal.



Hier, deux hommes se sont tués lorsque leur planeur en perdition s'est écrasé dans une forêt du Jura suisse. Le mythe d'Icare nous apprend que ce qui s'élève trop haut finit par s'écraser. C'est aussi ce que nous constatons après chaque érection. Un moment de gloire orgueilleuse qui finit dans la déflation. Alors, baisser les bras, se contenter de la médiocrité? Non, non, non! Ce qui compte, c'est de s'engager sans perdre le contrôle du vol, le contrôle de notre foutu machisme, de calculer la vitesse du vent, le danger des courants et de bien connaître le terrain où nous allons nous poser, ainsi que les possibilités d'atterrissage de secours.

On l'observe tous les jours, en politique, en économie et dans tant d'autres secteurs, la quête du pouvoir, l'esprit de compétition sans limite nous conduisent à la violence, à des guerres sans aucune justification, à l'inflation des valeurs, à la destruction de la planète et de notre santé -- tant mentale que physique. C'est ce besoin de bander en toute occasion, même s'il faut tricher pour y arriver et faire croire... Ce besoin aussi d'éjaculer ou pisser plus loin que les autres. À quoi cela mène-t-il? On le sait bien. À la chute des banques, au déshonneur de Volkswagen, à la guerre perpétuelle que mènent les États-Unis, à l'élection de politichiens et chiennes plus habiles à se vendre avec arrogance qu'à assumer la responsabilité du bien-être de leur concitoyens.

L'âge où l'on se laisse vivre comme si...

...l'on était immortel.
Lorsqu'ils entrent dans la vie adulte, les jeunes mecs sont bombardés de messages empoisonnés. Depuis Danse avec les stars, (faut pas se faire voir avec une ou un "perdant"), jusqu'à cette injonction: sois plus agressif, sinon du n'y arriveras pas! Alors qu'on a oublié le beau terme de combatif qui n'appelle pas au sang. Et qui leur enseigne, à ces jeunes gars, que la fin ne justifie pas tous les moyens? Qui les initie, qui leur montre le chemin entre les extrêmes? Qui prend soin de leur santé mentale et physique, de leur équilibre entre donner et recevoir, au lieu de prendre et de capturer comme on dit aujourd'hui au lieu de capter? Car on capture les ressources naturelles pour les revendre, au lieu de capter une source afin d'en partager l'eau avec ceux qui ont soif.

Est-ce à dire qu'il faut abdiquer? Non. Voici la raison pour laquelle il ne faut pas oublier d'être un peu fêlé: c'est pour laisser passer la lumière!

André