Peu importe que l'on soit un gars courageux, casse-cou ou casse-couille, renfermé, solitaire, timide, engagé ou engageant, pas encore sorti du placard ou militant par tous les temps, en couple ou électron libre. Car il faudra du courage pour cingler à travers 2018 après ce que nous avons connu de déconcertant et désarçonnant durant l'année écoulée. Le courage, pour un pédé de ma génération, c'était de vivre apparemment comme-si, alors que nous étions comme-ça. De survivre, sans broncher sous les insinuations ni les commentaires haineux ou moqueurs... Fallait encaisser. Puis mai '68 a fait péter les conventions. C'était il y a cinquante ans...
Aux États-Unis, à la même époque, les hippies foutaient le pays cul
par-dessus tête, tandis que les étudiants occupaient la rue pour
protester contre la guerre du Vietnam. Ce que la police réprimait
violemment. En Chine, Mao Zedong lâchait ses jeunes Gardes rouges contre
les bourgeois de l'ancien régime. À Pékin en 1966, j'ai vu ces petits
gars -- qui ne savaient pas qu'ils étaient manipulés -- jeter les
quelques souvenirs d'une grand-mère par le fenêtre du premier étage, une
chaise ancienne, les portraits de ses parents et de ses enfants, plus quelques bibelots précieux à ses yeux. Alors que des adolescentes -- elles aussi en uniforme des Gardes rouges -- accusaient et giflaient la vieille
dame selon la tradition du tribunal de rue. À San Francisco, l'année
suivante, j'ai assisté à l'un des premiers concerts hippies... Mais en 1968, il
n'y avait plus besoin de se déplacer pour comprendre ce qui se produisait.
En même temps naissait le mouvement de libération homosexuelle aux États-Unis, mené par
des hommes de tous âges, courageux et plein de feu. Puis nous les avons suivis en Europe de l'Ouest. D'abord
avec timidité. Ensuite, encouragés par les succès (très modestes) et enragés par les murs qui s'élevaient entre nous et une société qui,
jusque-là, avait ignoré notre existence ou nous jugeait malades mentaux...
Notre monde a changé. Et c'est maintenant au tour de la jeune génération
de se lever, d'exercer ses muscles au gymnase du courage politique pour faire
bouger la masse qui geint, mais ne fout rien. À bas les
fake newsers,. À bas les égoïstes que la vue des noyés en Méditerranée n'émeut guère et qui
prétendent "sauver la civilisation chrétienne" en rejetant les victimes
des guerres déchaînées par des Américains tellement bondieusards et
"démocrates"...
Eh les jeunes! maniez vos fesses, jetez les encensoirs à la gueule
des populaces populistes, cathos et christianistes, à la gueule des brexistes et de ces couillons de politiciens espagnols.
Et, putain de merde, sortez vos nez du portable! C'est à votre tour
d'injecter du sang nouveau dans une année que vous allez, que vous devez bouleverser.
Peu importe les tâtonnements. Et si vraiment vous avez besoin d'aide,
demandez-la aux vieux loups qui ont pris beaucoup de coups après mai '68 et pourtant
ne regrettent rien, rien de rien. Nous ne sommes pas aussi gâteux que vous ne l'imaginez.
André