mercredi 10 novembre 2010

Obtenir le vote des pauvres avec les fonds des riches

Combat d'Hercule et Diomède.
Qu'il s'agisse de l'irruption d'une majorité républicaine à la Chambre des représentants américaine, des réformes que le président Obama avait promises et qui sont pratiquement noyées sous les vociférations et les contradictions de ses adversaires politiques, des intrigues et mensonges dont ces derniers usent pour tromper un peuple qui ne demande qu'à l'être. Qu'il s'agisse finalement de la prochaine votation populaire le 28 de ce mois en Suisse: j'ai de la peine à souffler aujourd'hui et une douleur dans le dos qui a résisté à la séance de yoga hier.


Le peuple suisse va-t-il se laisser convaincre par le parti le plus populiste de voter en faveur du durcissement de la loi sur le renvoi des étrangers délinquants? Alors que cette décision ne sera pas applicable et vaudra au pays nain d'inextricables ennuis avec ses voisins de l'Union européenne. Comme déjà l'idiote votation sur l'interdiction d'ériger des minarets à côté des mosquées qui, elles, n'étaient pas concernées... Les Suisses deviendraient-ils aussi tocards, limités et fanatiques de l'auto-goal que les Amerloques?
Hercule victorieux et ivre.


Seule consolation, si c'en est une: rien de nouveau sous le soleil. Croyez-en Oscar Ameringer, né en Allemagne en 1870, émigré à Oklahoma City en 1907 et qui a participé à la fondation du plus grand mouvement socialiste des États-Unis. Il a écrit: "La politique est le noble art d'obtenir le vote des pauvres et les fonds des riches pour mener une campagne, en promettant à chaque camp qu'on le protégera de l'autre." Résultat, selon la formule américaine: ils se tiennent tous par les couilles. Les pauvres ont besoin des clowns populistes pour les divertir [dans tous les sens], les riches pour collaborer à leurs basses oeuvres, et les clowns psychotiques n'existeraient pas sans leur public.

André

lundi 8 novembre 2010

Menacé de mort, l'évêque gay porte un gilet pare-balle

Sortir du placard n'est pas une garantie de vie facile. Gene Robinson, premier évêque ouvertement gay de l'Église épiscopalienne américaine (rattachée à la Communion anglicane) a annoncé samedi qu'il mettra bientôt fin à son ministère pastoral à cause des menaces proférées contre sa vie et de la controverse autour de sa nomination qui ne s'est pas apaisée depuis 2003. "Ces sept dernières années nous ont fortement éprouvés, moi, ma famille et vous les membres du diocèse", écrit-il dans un message adressé aux fidèles. Lors de sa consécration dans le diocèse du New Hampshire, l'évêque avait été obligé de porter un gilet pare-balles. "Les menaces de mort, et maintenant l'extension au monde entier de la polémique déclenchée après votre décision de m'élire ont pesé, non seulement sur moi, mais aussi sur mon bien-aimé époux, Mark, qui m'a fidèlement soutenu."
Mark et Gene, "pacsés" en 2008.

Robinson, fils de paysans, prêtre (protestant), avait discuté de son désir des hommes avec sa future épouse. Ils se sont mariés en connaissance de cause, ont eu deux filles qui le soutiennent activement, comme le fait son ex-femme. Ils ont divorcé bien avant que Robinson ne rencontre Mark Andrew. Les deux hommes sont pacsés depuis que le New Hampshire a instauré l'union civile; deux policiers assuraient leur protection durant la signature du contrat. C'était en 2008 et Robinson devait se rendre en Grande-Bretagne où allait se tenir la conférence mondiale des Églises de la Communion anglicane qui a lieu tous les dix ans. L'évêque avait expliqué que cette mesure assurerait la protection légale de son compagnon et de ses deux filles en cas de nécessité.

Les Églises de la Communion anglicane en Afrique, Asie, Angleterre et aux États-Unis sont divisées concernant l'autorité de la bible sur la vie privée -- avortement, divorce, remariage, homosexualité, et sur le ministère des femmes... Si le débat est vif, seule une frange (pas uniquement épiscopalienne) de terroristes menace l'évêque. Chrétien, il ne faut pas l'oublier, n'est pas une appellation contrôlée. Certains christianistes ont oublié comment Jésus/Dieu distinguera ses élus lors du bilan final. "J'ai eu faim et soif, vous m'avez donné à manger et à boire; j'étais un étranger, vous m'avez accueilli; nu et vous m'avez vêtu; malade, vous m'avez visité; prisonnier et vous êtes venus me voir." Cette attitude fonde encore la morale occidentale, même sécularisée. Jésus l'explicite ainsi: "Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait". (Matthieu, chap. 25.)

André

samedi 6 novembre 2010

Nager dans l'eau fraîche pour soigner une petite crève

Sans grelotter.
Hier je suis allé nager avec un pote. La température de l'eau était de 11 degrés, celle de l'air 16. Nous avons passé deux heures à poil au soleil sur les rochers abrités. D'ordinaire, début novembre, le Léman ne s'est pas encore trop refroidi. Mais la bise a soufflé. La terre est assoiffée: en tombant des arbres, les feuilles émettent un bruit cassant.


Je nage volontiers dans l'eau froide, à condition d'être réchauffé par le soleil sur mon corps nu, rouge et brûlant lorsque je sors de l'eau. Je ne me sèche pas. La peau contient des glandes sudoripares (même fonction que les reins), des terminaisons nerveuses et des capillaires qui continuent à réagir et répercutent la stimulation à tout l'organisme. Attention: je le faisais d'instinct, mais j'ai lu récemment pourquoi c'est si puissant (circulation, tonus, force nerveuse, digestion). Alors qu'il me faut un long moment pour m'acclimater à une eau de 14 à 18 degrés, plus froide elle ne produit pas de choc; elle anesthésie. Après cinq minutes de natation, le corps réagit et chauffe toutes les extrémités, rendant l'exercice agréable, même s'il demande un peu plus d'énergie. Et la biroute, en déroute? À ceux qui demandent "elle a combien?" lorsque je sors de l'eau, je réponds "ben! regarde"...


Hier, j'avais une petite crève, gorge douloureuse, nez coulant. Vingt-quatre heures plus tard, tout est en ordre. Je pratique la natation d'automne et de printemps depuis ma retraite: il faut être libre à l'heure où brille le soleil. Et le corps des vieux couillons, c'est notoire, est mieux climatisé que celui des blanc-becs, si fragiles...

Nous vivons une époque bénie, moins livrée à la fatalité: de nombreuses maladies et souffrances morales peuvent être évitées ou guéries à condition d'appliquer quelques recettes anciennes et d'utiliser au mieux les avantages de la médecine, avec modération. Pourtant lorsqu'on leur demande comment ils se portent, les bipèdes déclarent: "Mon médecin m'a donné des pastilles pour..." et ce sont des comprimés fort coûteux, ou: "Mon médecin est inquiet". Moi, je nage.


André

jeudi 4 novembre 2010

Les peuples nus qui titillaient les explorateurs

Très tôt après l'invention de la photographie, dès que le matériel est devenu transportable et suffisamment résistant, les explorateurs, colonisateurs, ethnographes, pornographes, missionnaires et aventuriers ont rapporté des prises de vues de leurs voyages dans les pays tropicaux. Peuples débusqués, conquis, exploités, "civilisés", christianisés: l'histoire s'écrit différemment suivant qu'elle est racontée par les étrangers ou par les indigènes.

Les récits de leurs coutumes étranges rencontraient encore plus de succès dans les revues illustrées s'ils étaient accompagnés de photos candides qui révélaient que ces gens ne connaissaient pas la "modestie" chrétienne. On dirait aujourd'hui qu'ils ne ressentaient pas le besoin de cacher ce que nous cachons tout en le mettant en évidence. Je me souviens d'avoir vu, au début des années 1960 dans la brousse au nord du Cameroun, une femme nue sur le chemin; elle portait un soutien-gorge sur la tête et je pense que cela signifiait: regardez combien je suis moderne!


Ces reportages photographiques remplissaient un rôle éducatif pour les jeunes gars "civilisés" en mal d'images érotiques. Ils les lisaient d'une main, comme ils feuilletaient aussi de la même main les pages de sous-vêts des catalogues de mode. On ne trouvait pas de magazines pornos dans les kiosques à journaux. Il fallait connaître une filière; et elles étaient moins nombreuses que les dealers aujourd'hui.

Photos prises en Afrique de l'Est, colonisée par les Allemands, qui ont mené des campagnes militaires sanglantes et achetaient des alliances en livrant des canons. En haut: homme de la tribu Chaga en actuelle Tanzanie (1890). Les deux autres: souvenirs du voyage de Son Excellence Bernhard Dernburg (1907).

André

mardi 2 novembre 2010

Faut-il enfermer ses parents avec soi, au fond du placard?

J'avais l'intention de passer en revue les raisons -- convaincantes ou non -- que présentent les gars qui s'incrustent au fond du placard. Ceux qui ne veulent pas accepter leur propre homosexualité. Ceux qui imaginent qu'ils auront une vie plus belle en mentant à leur entourage. Mais Victor a posté un message important [cliquez] et lucide après lecture de ma note de samedi: "Sortir du placard".

Victor! [D'abord, je ne sais pas pourquoi je vois le prénom de "David" quand je pense à vous; peut-être pourrez-vous me l'expliquer.] Ma seule qualification pour discuter de ce sujet avec vous, c'est que je suis en train de démêler -- avec l'accompagnement de mon thérapeute psycho-corporel -- un écheveau [un embrouillamini] pas si éloigné du vôtre, qui concerne le secret que portait mon père au sujet de ses deux enfants qui m'ont précédé et ont été assassinés. En lisant ce qui suit, peut-être penserez-vous que je débloque...

Vous êtes un fils attentionné qui aimerait épargner à sa mère -- et peut-être à d'autres -- une révélation qu'elle pourrait mal prendre et qui entraînerait une déception pour elle. Pourtant vous le savez: votre homosexualité n'est ni une tare, ni un choix de votre part. (C'est comme de naître avec des cheveux roux dans une famille qui prétend ne pas aimer les rouquins.) Il faudra que votre mère s'y fasse et qu'elle rejoigne le XXIe siècle, plutôt que de se laisser influencer par ses croyances irrationnelles. Vous n'êtes pas la cause de ses erreurs de jugement. Vous pouvez l'aider à changer, c'est tout. Et si vous n'y parvenez pas dans un délai raisonnable, éloignez-vous d'elle jusqu'à ce qu'elle ait suffisamment reconsidéré ses positions. Vous n'êtes pas non plus sur cette terre pour lui épargner des déceptions dont vous n'êtes pas responsable. Dans l'ordre naturel des choses, ce serait à elle de vous soutenir quand vous vous lancerez sur le chemin tortueux de la paternité. Quête d'un compagnon qui partage votre projet. Quête de l'enfant puisque c'est votre désir. Et choix entre l'adoption, l'insémination avec une mère en co-parentalité ou toute autre méthode qui se présentera. Votre maman connaît les difficultés du parcours et la joie de la victoire, Victor!

Si le Destin lui a offert deux enfants homos, c'est peut-être que, dans Sa grande sagesse, Il voulait lui donner l'occasion de revivre l'expérience une fois ou deux (peut-être aussi avec sa fille), pour la libérer de ce qui lui pèse encore. Aidez-la Victor, en lui faisant cadeau de cette possibilité! Votre prénom, ou votre pseudonyme signifie, vous le savez, que vous vaincrez les difficultés, patiemment, mais sans vous sacrifier.

André

dimanche 31 octobre 2010

Tatouages, culturisme extrême et minikini


Halloween ce soir: célébration de l'horreur qui nous vient des pays anglo-saxons, gros exportateurs de réjouissances marchandisées. Les enfants se masquent pour aller mendier. Ici on se désape pour gagner; et c'est tout aussi effrayant.


Opération de bronzage au rouleau pour rendre un concurrent présentable lors d'une compétition de bodybuilding dans la catégorie amateurs. A droite: Thomas Benagli, culturiste pro, parfaitement affûté pour affronter une compète au plus haut niveau. Afin d'atteindre cet aspect de vivisection, d'autopsie médico-illégale, l'athlète se sèche durant la dernière étape de son entraînement. Il doit perdre la graisse qui recouvre ses muscles pour les mettre encore plus en évidence et éliminer l'eau sous-cutanée. Cette phase dure plusieurs semaines durant lesquelles il se prive de glucides et de liquide tout en poursuivant un programme hallucinant d'exercices. Son comportement change à cause de la torture physique et morale; il devient agressif, dépressif, lunatique. Certains mecs vont jusqu'à se priver totalement de liquide pendant les derniers jours. D'autres ne tiennent pas le coup et bousillent des mois d'efforts.

C'est le soir avant la compétition, alors que les athlètes étaient réunis pour la répétition, qu'Arnold Schwarzenegger (gros consommateur de stéroïdes "lorsqu'ils étaient légaux") sapait habilement le moral de ses principaux adversaires. Le futur gouverneur de Californie entamait une conversation amicale dans laquelle il glissait des peaux de bananes pour les déstabiliser. Les gars passaient une mauvaise nuit et perdaient des points durant l'épreuve.

Mariage du tatouage et du minikini sur la voie publique. Ci-dessus: Páll Logason, halterophile islandais.


André

samedi 30 octobre 2010

Sortir du placard: le plus nu possible

Sortir du placard, c'est informer son entourage: "Voilà quelle est mon orientation sexuelle, lorsque je tombe amoureux, c'est d'un homme". Ou bien: "Je puis être amoureux d'une femme comme d'un homme; c'est la personne qui compte, pas ses attributs sexuels". Sortir du placard c'est informer; le terme avouer est à bannir. Aimer un être humain n'est pas un crime. Se déclarer gay est presque facile pour les uns, du moment qu'ils sont certains de leur préférence, sachant que leur entourage les soutiendra. D'autres le vivent douloureusement; leur processus est long, demande beaucoup de courage. Il existe de bonnes raisons d'attendre; et de bonnes raisons de le faire dès qu'on est prêt.

Hors du placard, on n'a plus besoin de fausses excuses, de demi-mensonges, de cachotteries. Ouf! La possibilité de découvrir qui on est réellement, d'aimer sans se cacher. Ou de se cacher joyeusement, car l'amour a besoin de secrets  dans un premier temps, comme il a aussi besoin de se faire reconnaître ensuite... Klaus Wowereit, l'actuel maire-gouverneur de la capitale fédérale allemande, a fait un coming out à répétition. D'abord auprès de son entourage proche -- famille, amis, collègues de parti, camarades de sport. Puis, lors de sa campagne pour les élections municipales de Berlin, Wowereit a déclaré publiquement: "Ich bin schwul, und das ist auch gut so" -- "Je suis homo et c'est aussi bien comme ça". Point final. Il coupait l'herbe sous les pieds de ses adversaires politiques. Il est en couple avec un neurochirurgien.

Le chanteur Ricky Martin, la bomba latina, a longtemps vécu dans la dénégation. Depuis qu'il a mis ses vraies cartes sur la table, les médias ne lui posent plus de questions dérangeantes. Il se dit débarassé d'un grand poids, beaucoup plus inspiré, il a libéré sa créativité et étendu son registre d'interprétation. On vérifiera lorsque paraîtra son prochain album... Dès que vous sortez du placard, une partie des gens qui vous traitaient de tantouze ou vous jetaient "occupe-toi de tes fesses" pour clore un argument, sont réduits au silence. Va-donc,p.d. n'est plus une insulte, c'est vrai! Le plaisir que procure l'injure grossière, c'est de hurler Enculé! à un automobiliste visiblement constipé...

Cela n'empêche: d'autres énergumènes, surtout dans le préau de l'école, continueront à vous harceler. Il faut tenir bon. Un jour, cela cessera parce qu'ils verront que vous êtes une personne au caractère bien mieux trempé que le leur. Il faut tenir bon et chercher du soutien. Cela demande du courage et de la persévérance. Vous en avez beaucoup plus que vous ne l'imaginez peut-être. Cela s'appelle l'instinct de vie... Et puis, pourquoi faut-il sortir du placard le plus nu possible? Certains programment leur coming out en plusieurs étapes. Par exemple, ils enlèvent seulement la chemise et déclarent: je suis bisexuel. Si c'est faux, ils ne font que déplacer le problème; un mensonge de plus dont il devront s'expliquer un jour.

André