dimanche 19 juin 2016

Transcender gayement les sexualités, genres, religions et origines



Orlando.

Permettez-moi de faire le grand écart entre deux situations qui, à première vue, ne se ressemblent guère. Mais vous verrez... Dimanche dernier, quand Amanda Pressman -- 22 ans, étudiante -- a reçu la première notification d'une terrible fusillade, le message mentionnait le Pulse, mais pas la ville où se déroulait le massacre. La première réaction d'Amanda a été d'espérer que le criminel n'était ni un Noir, ni un musulman. La jeune femme chevauche deux identités. Ses parents ont émigré de l'Indonésie musulmane aux États-Unis et elle est lesbienne.

Solidarité avec les musulmans gays.
Dans un pays qui a connu les attentats du 11 septembre et la fusillade de San Bernardino, qui subit les logorrhées de Donald Trump contre les musulmans, Amanda se disait qu'elle ne supporterait pas une autre tragédie dont on la rendrait en quelque sorte coupable à cause de ses deux appartenances. En ce qui la concerne, son orientation sexuelle et son héritage religieux font bon ménage. Mais dimanche dernier, alors que le nombre de victimes augmentait, elle se sentait anéantie autant par l'identité du meurtrier que par celle des victimes LGBT. "Oui, je suis brisée, dit-elle, lorsque des êtres comme moi tuent des êtres comme moi. Comment faire pour protéger mutuellement les deux côtés de ma personnalité?"

Hommage aux victimes d'Orlando: Corine Mauch, maire de Zurich depuis 2009, elle-même LGBT.
En entendant les nouvelles du massacre d'Orlando, Omar Sarwar a ressenti peur et dégoût, son coeur s'est brisé. "Ma première réaction a été de prier pour les familles des victimes, de condamner le criminel et de consoler mes soeurs et frères LGBT en réaffirmant notre dignité humaine, même si nous sommes encore une minorité opprimée. En tant qu'Américain gay et musulman, je me sens particulièrement vulnérable au sein d'une société empoisonnée par l'homophobie et le racisme islamophobe. Je passe constamment de la communauté LGBT -- pour l'encourager à plus d'ouverture face aux musulmans --, à la communauté musulmane pour l'inciter à plus de tolérance envers les gays. Je regrette profondément que l'assassin Omar Mateen ne soit pas parvenu à accepter ses deux natures."



Parution du 15 juin. Sans commentaire.
L'homophobie qu'un mec bi ou gay ressent au fond de lui, à cause de son éducation, peut affecter sa santé mentale et l'amener à se détruire ou devenir violent envers les autres s'il n'est pas soigné. D'autant plus dans un pays comme les États-Unis où la protection contre les discriminations est constamment remise en question par le parti républicain qui s'appuie sur la population religieuse conservatrice. Quelque 200 projets de lois discriminant les personnes LGBT ont été adoptés ces derniers six mois!

Selon la plupart des théologiens musulmans, le désir ressenti envers une personne du même sexe doit être contrôlé et supprimé de la même manière que l'adultère hétéro. C'est aussi l'interprétation que font les catholiques, les orthodoxes et les protestants fondamentalistes. Pourtant, une enquête d'opinion en 2014 a révélé que 44% des Américains qui se disent chrétiens étaient favorables au mariage pour tous, 42% des musulmans aussi et 77% des juifs!

Le grand écart pour atteindre la paix intérieure.
Et là, j'opère un grand saut du côté d'une personne transgenre. J'ai déjà présenté Franck -- précédemment Daniela, femme mariée -- qui dans sa nouvelle identité de gars se sent merveilleusement mâle et gay. Le grand écart de sa vie. Il a déjà subi une double opération avec succès: mastectomie et stérilisation (ablation des ovaires). Mardi 21 juin il passera de nouveau sur le billard et l'intervention sera plus lourde. Les chirurgiens vont travailler sur son clitoris et ce qui l'entoure afin que Franck puisse, selon son expression "pisser comme un homme". Ils vont aussi préparer son corps en vue de la phalloplastie qui sera la prochaine étape chirurgicale. Franck ne pourra pas s'asseoir les premiers jours qui suivront l'opération, mais il envisage cette épreuve avec la foi et le courage qui nourrissent les nouvelles naissances, qu'elles soient physiques ou spirituelles. Dans son cas, d'après mes observations, c'est un peu les deux.

Le but de Franck: la phalloplastie.
 
C'est pourquoi j'estime que de reconnaître plusieurs identités dans sa propre chair -- physiquement ou mentalement, sinon les deux -- peut s'avérer une richesse pour les gens créatifs, entreprenants et courageux. Si le combat de Franck vous touche, pensez à lui mardi et les jours suivants! Votre énergie chaleureuse guidera la main du chirurgien et accompagnera ce jeune homme de 50 ans dans sa guérison...

André
J'ai lu les témoignages d'Amanda et d'Omar dans The Advocate.

lundi 13 juin 2016

Orlando: première tragédie du mois du foot et de la "fierté gay"



Dans l'ambiance politique fiévreuse que traversent les États-Unis cette année, il est facile d'alimenter les fibres racistes et les homophobies latentes. Pour mobiliser leurs électeurs, les ténors du parti républicain agitent le danger que présentent les personnes transgenre utilisant des toilettes publiques (!!!) et font passer des lois contre l'égalité des droits des LGBT au nom de la "liberté religieuse" dont devraient jouir les croyants. Soit la possibilité de nous discriminer, comme leur dieu le leur ordonne, prétendent-ils. Ainsi, la tragédie qui a endeuillé samedi la ville d'Orlando représente la suite logique de la campagne raciste de Trump et de ses congénères. Que le massacre ait été préparé par un Américain musulman plutôt que chrétien est secondaire. Les intégristes des deux religions se ressemblent comme des jumeaux ennemis. L'homme souffrait d'instabilité psychique, il était plutôt un détraqué qu'un militant. Selon son ex-épouse, il rêvait de devenir policier. "Par moments, a-t-elle déclaré, il était parfaitement normal et heureux, plaisantant et riant... La minute d'après il faisait une crise et c'était tout le contraire". Il devenait très violent.


Ainsi donc à Orlando, dans un club gay qui fait discothèque latino chaque samedi soir -- accueillant un public mixte, femmes et hommes hétéros d'origine sud-américaine aussi bien que LGBT --, la haine que Trump entretient dans ses discours contre les musulmans, contre les Mexicains et les autres minorités a été traduite en acte. Et cela dans un sanctuaire, une boîte gay hetero-friendly (ouverte aux hétéros amicaux), un lieu de liberté où les LGBT se retrouvent et peuvent manifester leur affection en échappant aux regards critiques. Car on n'est jamais assez prudent dans un pays qui fait un pas en avant (mariage pour tous) puis deux en arrière.



Jeudi dernier à la Maison Blanche, lors d'une réception des représentants de la communauté LGBT pour honorer le mois de "la fierté gay", le président Obama a déclaré: "Désormais, nous vivons dans une Amérique où tous les mariages sont égaux devant la loi. La discrimination, c’est du passé. Mais l’Histoire n’avance pas tout droit, elle peut reculer si nous ne travaillons pas dur." Il va falloir travailler encore plus dur.


L'homme qui a tiré avait beau être un musulman, l'Amérique chrétienne lui a fourni les armes. Le gars vivait dans un climat de haine. Guerre perpétuelle menée par les armées américaines dans plusieurs États musulmans et prolongée par les attaques de drones dans des pays voisins. Inégalités raciales entretenues aux États-Unis mêmes, pauvreté et misère toujours plus répandue, systèmes de santé et scolaire défaillants pour les pauvres...



Comme je l'ai relevé récemment, si nous autres LGBT sommes plutôt fêtards et égocentrés durant les périodes fastes, nous savons rallier les troupes autour d'une cause urgente. La crise du sida l'a démontré. Nous savons prendre soin les uns des autres. C'est ce que les LGBT d'Orlando et des alentours ont démontré dès dimanche. Avec - il faut le relever - l'aide émue, généreuse et spontanée d'une bonne partie de la population. Ce sont les grands drames, les morts tragiques qui nous enseignent à... vivre mieux! Je l'ai appris lorsque mon compagnon de coeur a été tabassé en Turquie, mourant deux jours après "dans mes bras" selon l'expression imagée et précieuse. Je connaissais l'homme qui a commandité l'attaque. Et ses raisons. Mais je n'ai gardé aucune animosité contre les Turcs, ni les musulmans. Parce que cela n'aurait servi à rien, sinon à me détruire encore plus. C'est la voie que vont choisir plusieurs des blessés d'Orlando, plusieurs des familles qui ont perdu un ou deux êtres aimés. Que l'Être suprême qui surpasse les dieux de nos religions les soutienne!

André



Militer à poil sur deux roues = user de l'humour contre la pollution



Des foules de cyclistes -- certains nus, d'autres presque -- ont pris possession samedi du centre de la ville de México pour dénoncer leur vulnérabilité face aux voitures, protester contre la pollution qui empire encore dans la capitale et exiger que cesse la violence exercée par le narcotrafic et les méthodes de lutte instaurées par un gouvernement corrompu. Des femmes et surtout des hommes de tous âges ont pédalé sur une distance de 23 kilomètres. Outre la paix, paz en México, les messages peints à même la peau raillaient Donald Trump candidat présidentiel du pays voisin qui a lancé des attaques raciales haineuses contre les Mexicains durant sa campagne.

Samedi 11 juin dans la ville de México.


Le samedi précédent, des cyclistes encore moins prudes avaient circulé dans Bristol (côte Est de la Grande-Bretagne) pour célébrer la libération de leur corps débarrassé de la soumission vestimentaire, protester contre la dépendance au pétrole ainsi que proclamer leur droit à une circulation moins dangereuse pour les deux-roues. C'est la saison des World Naked Bike Rides, manifestations pacifiques, colorées et très remarquées à travers le monde. S'y joindre la première fois demande un peu de courage. L'esprit de camaraderie, d'humour et le sentiment de solidarité font qu'on y retourne l'année suivante.

André


Samedi 4 juin à Bristol (G.B.)