mercredi 13 juillet 2011

La beauté est dans l'oeil de l'homme qui la contemple


 


Les Grecs ont été les premiers à le constater.



Ceux de l'Antiquité, parce qu'aujourd'hui, à part Ντέμης Ρούσος (Démis Roússos), Nάνα Μούσχουρη (Nana Mouskouri), une dette de truands et, en plus, d'être à la botte du gouvernement israélien, qu'est-ce qu'ils apportent à l'humanité, les Grecs?




La beauté est dans l'oeil de celui qui regarde: ils l'ont dit au IIIe siècle avant notre ère. Au XVIe, Shakespeare a repris l'idée dans Peines d'amour perdues -- quel beau titre!




Puis au XVIIIe siècle, l'homme d'État américain Benjamin Franklin. Et l'essayiste David Hume, selon lequel "la beauté des choses n'existe que dans l'esprit de ceux qui les contemplent". La beauté des choses, et celle des mecs, alors?





Voilà de quoi rétablir la vérité. J'ai choisi des hommes dont on perçoit aussi, me semble-t-il, la beauté intérieure.

André

lundi 11 juillet 2011

Camaraderie et nudité à l'armée -- images d'époque


La coopération entre soldats est un élément aussi important que l'obéissance totale pour la cohésion d'une armée. C'est le même esprit d'équipe qu'on demande à des footballeurs, fait d'encouragements mutuels, de sacrifices, d'unité et d'intuition dans les décisions rapides.
 Guerre du Pacifique: pub américaine pour des serviettes de bain.
Un filet a été installé pour protéger les soldats des crocodiles.
"Des millions de serviettes Cannon sont livrées aux forces armées, c'est pourquoi
le choix a diminué dans les magasins. Mais dès que la guerre sera finie..."

Années 40: douche improvisée sur quai de gare.
La fraternisation mâle (male bonding) a fait l'objet d'études éthologiques, tant chez les animaux supérieurs que chez l'être humain, pour analyser les modèles de coopération, de camaraderie et de rivalité au sein des groupes. Une constante ressort dans la manière dont les mecs gèrent leurs amitiés et leurs complicités: ils les exercent principalement durant des activités communes -- profession, sports, jeux, sorties en plein-air, discussions politiques autour d'une bouteille ou beuveries; alors que les femmes resserrent les liens dans le partage du vécu et des émotions.

Guerre de 1914-1918: ablutions sous surveillance.





Il ne faut pas le répéter plus loin, sinon les visages se fermeront et la main qui serrait l'épaule du copain retournera dans la poche de son propriétaire: les sociologues désignent ces relations non romantiques, mais très importantes entre personnes du même sexe, du terme d'homosocialité. Elles sont très chaleureuses -- visez les étreintes footballistiques après un but marqué --, pudiques comme certaines amitiés durables, sans aucun arrière-plan sexuel et pourtant très physiques. (À l'armée où la promiscuité domine, on n'échappe pas à l'intimité morale et corporelle, voire sexuelle telle la masturbation de groupe.) Certains hommes estiment que leur désir homosocial est aussi intense que leur désir amoureux ou leurs besoins purement sexuels.

Guerre de 1939 à 1945: douche militaire sur roues.
Parlant de l'amitié profonde entre deux hommes, Michel de Montaigne (16ème siècle) l'a splendidement résumée: "Parce que c'était lui; parce que c'était moi." Ce sentiment qui l'unissait à Étienne de la Boétie, il l'a ainsi décrit dans ses "Essais":
Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant: parce que c’était lui; parce que c’était moi.
André

samedi 9 juillet 2011

L'excitation sensuelle de la course à pieds nus


Le monstre pourvu d'un seul oeil que je nomme Cyclope (malgré sa taille moyenne) me joue encore des tours, bien que l'âge (la sagesse? non, hélas) l'ait rendu moins impatient. Mais il n'en fait toujours qu'à sa tête comme un chien mal dressé, que je lui ordonne "assis" ou "attaque!".

Lorsque j'allais courir dans un bois le dimanche matin, déposant en voiture ma veuve de mère devant le porche de son église (sans émettre le moindre commentaire, par égard pour elle, sur les paroissiens qui avaient revêtu leur air de circonstance, ce sourire céleste, comme d'autres s'étranglent dans une écharpe), je me garais près de ma chapelle à moi, un vestiaire publique.

D'autres coureurs se changeaient pour leur footing; des footballeurs amateurs matinaux -- deux pleines équipes -- braillaient dans les cabines de douches où ils se relayaient à deux ou trois pour économiser la monnaie. Quand ils en sortaient à poil et encore trempés, ils se battaient à coups de serviettes éponges, démêlant ainsi les différends du match. Le vestiaire sentait les pieds, la transpiration, l'urine qui coulait dans les douches parce qu'il n'y avait pas de pissoir attenant. Puis, tout à coup: les déodorants. Il était humide, parfois souillé de merde, de dégueulis, de bouteilles et de papiers gras qu'y avaient déversés les fêtards de fin de nuit.
Tour de France, 21 juillet 2010.

N'empêche, côtoyer des mecs en état d'excitation sportive est un besoin de mec. Viscéral. Ceux qui ne le reconnaissent pas en eux sont autistes dans l'âme.

Pendant que je courais torse nu, le Cyclope s'agitait dans mon short. Comme un bon chien, il ouvrait le chemin devant moi puisqu'il n'était pas attaché. Je ne portais ni slip ni jockstrap: c'était mon moment de liberté. Moment parfait si j'avais pu courir nu. (Dans ce cas -- conseil d'ami -- j'aurais passé un anneau derrière les couilles pour rassembler la marchandise et lui donner un peu de tenue.)

Lorsque j'atteignais mon rythme de croisière, je commençais à synthétiser ces impressions visuelles et olfactives, ainsi que mes sensations corporelles -- comme je l'avais appris dans les stages de tantra et de méditation que je fréquentais. Prendre en compte le dégoût aussi bien que le désir, les bouffées de testostérone respirées dans le vestiaire, l'agitation des hormones dans mon corps... C'est ce qu'on appelle moving from volatile arousal to god-like desire: la faculté de passer d'un état d'excitation passagère à un état d'éveil sensuel qui nous rapproche du spirituel. Et redirige vers le coeur une partie des hormones qui bouillonnent dans le corps. C'est procéder comme l'alchimiste pour transformer le plomb en or. Échanger le désir momentané contre un bien-être plus stimulant.

André

jeudi 7 juillet 2011

Le territoire des bites et le territoire des couleuvres


Le coin de rochers où je me rends régulièrement au bord du Léman -- pour nager, rencontrer mes potes et partager un repas avec eux -- est peuplé de lézards et de couleuvres. Nous essayons de ne pas trop déranger leur quotidien, mais avec les grosses bêtes bavardes et remuantes que nous sommes, ces reptiles sont obligés de prendre leur mal en patience.

Ed, père de quatre enfants, et moi.
Mardi, je m'y suis rendu en apportant une salade de riz et de légumes, une bouteille de rouge et des couverts pour quatre personnes. Je savais que je trouverais Ed fidèle au poste, mais n'avais aucune idée de qui seraient les autres. Juste une intuition. Deux heures plus tard, une amie d'Ed s'est présentée avec une salade. Et nous avons invité un jeune homme (qui observait la population des serpents dans ce secteur) à se joindre à nous. Une femme en slip (qu'elle enleva après le repas); Ed et moi à poil; l'invité de dernière minute dans son habit de cantonnier afin qu'il soit bien visible lorsqu'il se promène sur les voies de chemin de fer, les sentiers, les talus escarpés et le bord de l'eau où nichent aussi des nudistes par temps chaud -- en majorité des mâles. (C'est là que les territoires des couleuvres et des bites se recouvrent.)

Le gestionnaire de territoire dresse son antenne.
Deux espèces de serpents ont choisi la région pour habitat. 1) Les couleuvres vipérines, espèce indigène en voie de disparition face 2) aux couleuvres tesselées, plus robustes, venant de l'Orient et introduites ici il y a 90 ans. Le jeune gestionnaire de territoire suit leurs mouvements dans la broussaille et les rochers grâce à une antenne réceptrice, ressemblant à une grille, et aux émetteurs qui ont été implantés dans plusieurs sujets (une capsule et un fil servant d'antenne).

Couleuvre vipérine (espèce indigène).
Ces cou-
leuvres chassent le poisson dans l'eau. Elles s'écartent à l'approche d'un nageur; mais elles viennent parfois s'installer près de nous, comme durant notre repas où l'une d'entre elles se reposait sous un sac à provisions. Il m'est arrivé de me coucher sur une couleuvre qui roupillait sous ma serviette. Elle a poussé un cri d'horreur... Qui des vipérines ou des gays disparaîtra le plus rapidement de ce secteur encore sauvage? Les unes chassées par les tesselées, les autres par un débroussaillement vertueux...

André

mardi 5 juillet 2011

McCarthy peintre des jeunes hommes nus, solides et distants

Edward, fenêtre avec vue.
Jamie et son pote.

Ils sont rares et séparés dans le temps les artistes inspirés par leur désir qui ont glorifié sans détours la splendeur du corps masculin. Beaucoup ont choisi des chemins de traverse afin de masquer leur nature profonde.

Aujourd'hui encore, les peintres qui attaquent ce thème frontalement ne connaissent pas la notoriété des barbouilleurs de seins et de croupes. Les barbouilleurs gays qui produisent ce que leur clientèle recherche rencontrent aussi un certain succès. En revanche, les peintres qui suivent leur inspiration sans concessions sont peu connus du public. Il me semble que le Britannique Cornelius McCarthy (1935-2009) se situe dans l'entre-deux.
Billy rêvant, huile.

Son inspiration s'est toujours tournée vers les mâles -- jeunes et solides de préférence. Le peintre est mort subitement durant l'exposition intitulée McCarthy, les inédits, qui se tenait à la Galerie Adonis, à Londres en novembre 2009.

Son style direct, sa sensualité et la finesse du trait évoquent à la fois la volupté picturale adaptée au corps masculin et une certaine distance dans le désir. Sachant que Cornelius McCarthy est né dans une famille d'origine irlandaise catholique et d'immigrants de l'Europe de l'Est, on comprendra mieux l'écart qu'il installe entre ses personnages -- mêmes entre le gars qui prodigue une pipe et celui qui en bénéficie.


Cabanes de plage, huile.
Dimanche, j'épiloguais sur l'homophobie et la misogynie du mâle hétéro. Face à Cornelius McCarthy, je perçois l'homophobie interne des gays de ma génération (je suis né un an après lui). Nous avons grandi à une époque où l'homosexualité était considérée comme une maladie -- par la médecine, la psychiatrie, donc aussi la société en général et, bien sûr, par les trois religions du Livre. Nous n'avions presque pas de soutiens, d'aînés pour nous dire que nous étions beaux, courageux et en bonne santé mentale. Certains d'entre nous ont plus ou moins guéri de cette blessure, d'autres l'ont portée toute leur vie.
Petite pipe.

Les jeunes mecs que peignait McCarthy sont nus, souvent en paires; ils vivent leur vie d'homosexuels dans des cadres rêvés. Pourtant, à mes yeux, il leur manque la sensualité, la chaleur du coeur, le courage d'aimer. Comme si leur vie s'était arrêtée. Le visage du peintre, un mec solide, me dit qu'il a été très courageux en s'affirmant dans ses tableaux; mais qu'il n'a jamais totalement éradiqué cette homophobie interne héritée de la société dans laquelle il avait grandi. C'est, d'une part sa pulsion homosexuelle plus forte que tout, et d'autre part l'alcool qui l'ont enhardi et permis de réaliser son oeuvre.

André

dimanche 3 juillet 2011

L'origine de votre homophobie se situe dans votre trou du cul, Monsieur!


La scène se déroule pendant le recrutement militaire, en Argentine durant la dictature (1976-1983). À la fin de l'examen médical à poil, le toubib enfile son doigt dans le cul du futur conscrit. S'il ne rencontre pas de résistance, il note A.D. (pour anus dilaté) dans sa fiche, mention reportée sur les papiers officiels du gars considéré inapte au service. C'est peut-être réjouissant si vous n'avez pas envie d'être enrôlé, mais cela vous suivra toute votre vie: vous êtes classé pédé.

Rappelons-nous en ces temps de marches LGBT à travers les villes et de discussions politiques sur le mariage entre personnes de même sexe: c'est la peur de l'anus, la peur de la caverne dont il garde l'entrée (et la sortie) qui se trouvent à l'origine d'une grande part de l'homophobie. 1) Le caca et l'éducation à la propreté: certains ne s'en sont jamais remis. L'ignorance: la région du rectum est un lieu de passage; lorsque les selles sont normalement compactes, elles n'y laissent pas de traces après expulsion. Sinon, un léger lavement règle la situation en cinq minutes. Une poire en caoutchouc, de l'eau tiède, le tour est joué. 2) La misère du machisme et de la misogynie. Un vrai mec ne ressent pas de plaisir dans cette région si bien innervée et outillée du point P, la prostate. Un vrai mec n'accepte pas de se faire enfiler. Même le doigt sensible et patient de son épouse risquerait de le rendre gay.

Tant d'hétéros passent à côté du plaisir anal par constipation mentale. Ou perdent des années de volupté jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que tous les mâles sont équipés de la même tuyauterie, source d'une jouissance extraordinaire -- qu'on la prenne avec ses propres doigts (j'insiste sur propres), ceux des autres, une langue, un gode ou un chibre. Même la bite bien raide d'un hétéro, complice en exploration, ne fera pas virer votre cuti, Monsieur! Elle vous procurera des sensations nouvelles si vous desserrez suffisamment les fesses. Elle vous fera aussi vivre la pénétration, lot de votre épouse, et vous rapprochera d'elle.

La merde puante, Monsieur, ce n'est pas le caca. C'est votre misogynie qui nourrit votre homophobie.

André

vendredi 1 juillet 2011

Carnavalesque Marche des fiertés et du mariage à New York



À peine l'État de New York avait-il ouvert le mariage aux couples de même sexe que la Gay Pride jubilait en défilant dans les rues de la ville, le week-end dernier.

La marche new-yorkaise des fiertés, c'est un peu le Carnaval de Rio du pauvre (sinon des grandes pauvrettes). Un mélange des genres où certains éléments seraient plus à leur place dans la marche de la libération des poupées -- une cause à développer pour aider les fillettes (et ceux qui le sont resté) à combattre les préjudices anti-Barbie (les miens, par exemple).

J'imagine qui si les caméras des chaînes de télé conservatrices ont fixé leur objectif sur les éléments carnavalesques de ce défilé, en évitant les marcheurs militants -- comme je l'ai fait ici avec mon choix de photos -- elles auront gagné encore quelques mois sans "mariage gay" dans les États les plus réactionnaires.
Fiancés depuis 30 ans, maintenant le mariage!

C'est un débat récurrent dans lequel je prends, habituellement, le parti de rigoler et provoquer. Bien que ma position personnelle ait toujours été de défiler vêtu en Monsieur-Tout-Le-Monde, avec le chapeau de paille hérité de mon père, pour saluer les dames qui nous regardent passer. À chacun son message...

Lors de la deuxième marche suisse des fiertés, c'était à Bâle en 1980, j'avais confectionné une pancarte portant l'inscription suivante: "Âme soeur, corps frère".
Lauren Bacall et sa soeur.
Les dames auxquelles nous distribuions un oeillet rose souriaient parce qu'elles avaient compris. Des farceurs parmi les gars qui défilaient offraient aussi des oeillets aux spectateurs mâles. Ces derniers réagissaient avec humour: au lieu de jeter la fleur et de l'écraser, ils l'offraient à leur compagne. En 1980 déjà, les Bâlois étaient des citoyens évolués. C'est cela l'humour rhénan -- qu'on soit catholique à Cologne, ou protestant à Bâle. Mais je m'éloigne de New York, vieux radoteur que je suis.

André -- Photos: Erica Carpiniello pour The Village Voice.