mercredi 11 janvier 2012

"Mariage gay": l'évolution des mentalités dopée par la pub ?


Les temps changent... Certains s'en aperçoivent et font passer le message. D'autres pas. Pourtant, ils ont tous besoin de nouveaux clients: Renault et le Vatican. Pourquoi "mariage gay" entre guillemets? Parce que le mariage en soi n'a pas d'orientation sexuelle.

À l'Élysée aussi, on laisse entendre (selon le quotidien Libération à paraître vendredi prochain) que, mis en demeure par la Régie nationale Renault de stimuler les ventes de la Twingo -- un modèle qui date -- Nicolas Sarkozy aurait décidé de défendre un projet d’union civile pour les homosexuels.

En perte de A et de Q.
C’est-à-dire un mariage au rabais, célébré à la mairie, qui assurerait «l’égalité des droits fiscaux, successoraux, patrimoniaux,» mais n’ouvrirait pas nécessairement le droit à la filiation. Soit ce que le candidat Sarkozy avait déjà préconisé en 2006... Le président est-il prêt à aller un peu plus loin, comme Renault qui a apporté quelques améliorations à sa casserole?

mardi 10 janvier 2012

La solitude du baiseur de fond à la fin de la nuit

Michael Fassbender, allemand et irlandais.
Shame, le film.
On dit que l'amour est comme un lacet de chaussure. Un jour, il pourrait bien nous étrangler. Ou se délacer... Brandon, le personnage principal de Shame [honte] -- le film glaçant et splendide de Steve McQueen -- s'est mis à l'abri de ces risques: il ne s'attache pas. Avec quelques changements dans la distribution des rôles secondaires, il pourrait être un gay typique. Il drague en fond miné, dans le métro, au boulot; il lève dans les bars et les impasses de New York, s'enlisant dans le sexe sans suite avec des femmes somptueuses (call-girls ou collègues); il comble son vide existentiel en slalomant sur les sites pornos, tant au bureau que chez lui; puis complète par des branlettes rageuses qui l'humilient lorsqu'il se fait surprendre. S'il se fait fritter par un mac teigneux, il va se faire téter dans un sex-club gay.

Au début, dans des scènes d'exposition sans parole, nous prenons connaissance de son corps nu sous toutes les coutures, et c'est Michael Fassbender qui l'incarne dans des plans composés de main d'artiste: le réalisateur est un photographe et vidéaste renommé qui sait mettre en valeur l'architecture du corps masculin. L'interprète s'en tire avec brio. Nous le comprenons d'emblée: il s'agit d'un homme qui a réussi professionnellement, logeant dans un appartement de grand standing, bouffant chinois à l'emporter à même le carton. Il faut une sacrée maîtrise à l'acteur pour donner corps à ce queutard qui s'enfonce dans sa toxicomanie du cul comme l'alcoolique vide sa bouteille. "Pourquoi se mettre à nu serait-il un problème, s'interroge Fassbender dans une interview. Nous avons tous un corps. Je suppose qu'il n'y a aucune raison d'être mal à l'aise."

Trop mystérieuse: il ne pourra pas assurer.
Sauf que la mise à nu concerne surtout l'âme du personnage, ou son coeur qui a été remplacé par un implant à base d'huile de cadavre. En général, dans les films qui cadrent un personnage, nous avons droit à une succession de retours en arrière qui nous montrent les origines du dysfonctionnement de l'héroïne ou du héros. Ici, non. Et c'est la force de Shame: nous comprenons que Brandon et sa soeur, chanteuse de boîte de nuit, partagent un problème, et c'est tout. Message du réalisateur: vivez maintenant; débrouillez-vous et évoluez; ou damnez-vous. Et merde!
Fassbender (Carl Gustav Jung) à g. dans A Dangerous Method.

Nous connaissons tous des gays qui vivent comme Brandon... Nous-mêmes parfois, sinon toujours. Ou des copains. La possibilité de changer se présente immanquablement. Encore faut-il l'apercevoir et la saisir au vol. Sinon, tirer le parti le meilleur des conditions présentes. Et merde!

André

dimanche 8 janvier 2012

Comment optimiser la rentablilité du personnel devant l'urinoir


Les cabinets de stratégie pour l'amélioration opérationnelle dans les entreprises ne révèlent pas les méthodes qu'ils utilisent. Aussi est-ce par un pur hasard que j'ai pu soulever le voile alors que je déjeunais avec quelques clients dans un restaurant allemand renommé, le mois dernier.


D'abord, je remarque que notre serveur porte une cuillère dans la poche de sa chemise. Je n'y fais pas attention avant de constater que tous ses collègues l'imitent. Je lui fais part de ma curiosité. Il explique: "Une équipe de McKinsey a étudié l'organisation de notre restaurant. Après des mois d'observation et la rédaction de plusieurs analyses, ces gens ont établi que nos clients laissent tomber au sol trois cuillères par heure et par table. Pour parer à ce problème, nous portons tous désormais une cuillère dans notre poche. Ainsi, nous n'avons plus besoin de retourner chaque fois à la cuisine. Grâce à cette mesure, nous économisons presque une heure et demie par équipe."


Son explication à peine terminée, on entend un poum dernière nous et il remplace immédiatement l'ustensile. "Je prendrai une nouvelle cuillère quand j'irai chercher un plat, au lieu de courir immédiatement," dit-il avec fierté. Je réponds: "Merci de m'avoir éclairé." C'est alors que j'aperçois un fil noir qui dépasse de sa braguette.


Je ne peux m'empêcher d'observer les autres serveurs et d'enregistrer qu'un même fil dépasse au-dessus de leur fermeture à glissière. Embarrassé, je pose la question et il me répond en baissant la voix: "Peu de gens le remarquent. L'équipe McKinsey a déterminé que nous pouvions gagner du temps aux toilettes."

The Philharmonic Pub, Liverpool.
"Comment?" "Vous comprenez, ce fil est attaché à... euh... notre machin. Quand nous avons besoin, nous pouvons le tirer sans le toucher et n'avons plus besoin de nous laver les mains après. Cela nous fait gagner 90% du temps normalement imparti à cette tâche et plus de 5000 litres d'eau par an."


"C'est bien, dis-je. Mais il y a quand même un problème, même avec le fil: comment rentrez-vous la marchandise?" "Je peux pas parler pour mes collègues, mais moi j'utilise la cuillère."

(Document de travail confidentiel, traduit de l'allemand.)

samedi 7 janvier 2012

Tout ce qu'on serait empêché de faire s'il fallait pisser assis

 
Dégivrer.
Jardiner.
Désinfecter.
Désodoriser.
Subir une parondontie militaire.
.
Recycler.

Économiser.
Lâcher la pisse cyclable.



jeudi 5 janvier 2012

Autoportrait au sortir de la douche, entre insécurité et fierté


L'instantané pris à bout de bras avec un téléphone, c'est le degré zéro de la photographie. Néanmoins, le portable modifie bien plus nos habitudes que l'appareil photo numérique qui a pris le relais de son ancêtre argentique. À lui les prises de vue spontanées et intimes, les autoportraits au sortir de la douche. Dans dix ans, on pourra mesurer les changements de mentalité qu'il aura apporté à notre société.


Tirer un autoportrait c'est créer une image de soi que l'on peut regarder, conserver et partager instantanément. En s'y prenant régulièrement, on laisse une trace autobiographique, on enregistre nos métamorphoses. Certains le font systématiquement, et toujours dans le même lieu.




Pour qui prend goût à la photographie du corps humain, l'autoportrait présente un avantage: pas besoin de convaincre, de séduire ou de rémunérer un modèle. Un modèle patient pendant qu'on teste les réglages, la lumière, l'angle... Il suffit de disposer d'un miroir. Sans miroir, on ne se trouve jamais sur la photo, à moins de posséder un trépied télescopique et un déclencheur à retardement. Mais on contrôle mieux la prise de vue à travers le miroir.



Les photographes qui s'illustrent sur cette page appartiennent à la catégorie des artistes spontanés et inconscients. Leur muse se nomme Narcisse et leur bite Enveuxtu Envoilà. Ils immortalisent l'éternel masculin entre insécurité et fierté.

André

dimanche 1 janvier 2012

Des moines sans culotte, habillés de ciel et de vent


La scène est connue: une file à la caisse du supermarché, une vieille dame qui fouille au fond de son sac, puis fouille au fond de son portemonnaie pour faire l'appoint. Elle se tourne vers l'homme qui la suit pour s'excuser. Il répond: "Prenez tout votre temps, Madame! Quoi qu'il en soit, vous n'en avez plus beaucoup devant vous..."

Un seul repas par jour.
Je n'ai plus beaucoup de temps non plus. Qui sait? Et comme il file toujours plus vite avec l'âge, je m'arrête pour faire le point. La meilleure façon de préparer l'avenir est de vivre pleinement le présent. De demeurer curieux, créatif, prêt à apprendre et à partager. De travailler le sol de mon jardin et le terreau de mes textes.

Ce premier de l'an, je me suis donné pour thème la nudité. En quoi me fascine-t-elle? Je la pratique sans qu'elle ne devienne une obsession. C'est un confort de la peau, une disposition de l'âme à se centrer sur ce qui importe. Les disciples de Jésus, des pêcheurs, naviguaient à poil selon l'évangile de Jean, au dernier chapitre. Ils étaient pauvres, ne remplissaient pas tous les jours leurs filets et limitaient l'usure des vêtements. (Comparez Pierre -- qui enfile son pagne à l'approche de Jésus -- avec son "successeur" aujourd'hui, revêtu de tissus précieux, de dentelles et d'or...)

D'autres moines jaïns sont vêtus de blanc.
Parlons de la nudité de quelques moines jaïns en Inde. Ils ne portent aucun vêtement en signe de détachement absolu. Le climat s'y prête. On dit qu'ils sont vêtus d'espace ou de ciel. Leur but est de se détacher de la matière pour pouvoir rejoindre l'au-delà en état de liberté parfaite une fois accomplis tous les cycles de vie. Ces moines sont révérés par les fidèles et se promènent avec un plumeau pour écarter les insectes et éviter de les écraser, car ils respectent toutes vies. Le jeûne fait aussi partie de leur spiritualité -- y compris le jeûne pour atteindre la mort.

Nu jusqu'à sa mort.


La nudité est l'état naturel des humains. Les langes dont on ligote les poupons -- tellement la merde nous est insupportable -- nous font oublier que ces petit baignaient nus dans le ventre de leur mère. Nager sans textile c'est vivre des sensations primordiales, comme d'éprouver les caresses du vent sur les roupettes ou de se rouler tout exposé dans la neige et la boue. Poser ses fesses sur l'herbe, sur les feuilles et la terre, c'est capter l'énergie tellurique et éprouver ce que s'enraciner veut dire.

Enfin, à ceux qui associent immanquablement nudité à excitation sexuelle, on peut rappeler que le vêtement est beaucoup plus provocant.

André