vendredi 26 octobre 2012

Ce que le Dieu des Américains pense d'Obama et de la quéquette


Aux États-Unis, pas besoin d'entrer dans un temple pour savoir ce qu'on y prêche. Devant chaque église, un tableau publicitaire affiche l'heure des offices, le nom du pasteur et le thème de son prochain sermon, ou une pensée pieuse. J'ai choisi ici des temples protestants et évangéliques. À vous de lire ces slogans au premier degré spirituel, ou d'y déceler un double sens volontaire, sinon inconscient de la part du prédicateur. Les voies du Seigneur...

Proche de San Antonio (Texas), le pasteur Ray Miller de L'église dans la Vallée, à Leakey, a pris l'initiative très remarquée par les médias ces derniers jours d'afficher le message suivant: "Votez pour le Mormon, pas le Musulman! Pour le capitaliste, pas le communiste!" Deux remarques: 1) jusqu'à la campagne électorale actuelle, les protestants fondamentalistes considéraient que les Mormons n'étaient pas chrétiens, voire qu'ils rendaient un culte secret au diable; 2) au nom de la séparation de l'Église et de l'État, la loi interdit le soutien publique d'une communauté religieuse à l'un plutôt qu'à l'autre candidat.


Passons à des thèmes plus élevés, ci-dessus de gauche à droite. "Hurler 'mon Dieu, mon Dieu!' au lit le dimanche matin ne dispense pas de se rendre à l'église." "Pardonner c'est avaler lorsqu'on aurait envie de cracher." "La position qui en impose, c'est à genoux." Et ci-dessous. "Dieu hait les sexes agrandis à l'aide de la chirurgie." Comme moi les lèvres botoxées. "Mardi à 18h. Le point de vue de Dieu sur la masturbation." Terrible suspense... "Vous ne pouvez pénétrer aux cieux à moins que Jésus ne vous pénètre."





"Une langue trop bien pendue s'égare souvent dans des culs-de-sac." À l'église presbytérienne, le prochain sermon du révérend Jay sera sur "Le Pierre en moi." Il s'agit de l'apôtre, quoique... En américain, peter signifie aussi coffre-fort et zizi. Allez donc piocher dans l'inconscient de cet homme de Dieu! A-t-il secrètement envie de partir avec la caisse, avec un jeune et robuste paroissien, ou avec le deux? Souvenez-vous: Pierre a renié son Maître trois fois (c'est moins que ses prétendus successeurs). Parfois, les laïques se paient aussi un panneau, voyez ci-contre: "La religion c'est comme une bite. C'est ok d'en posséder une, ok d'en être fier. Mais svp ne l'exposez pas en public en l'agitant devant nous. Et surtout, ne la faites pas avaler à mes enfants!"

André

mercredi 24 octobre 2012

Pavel, le D.J. à poil, nous envoie ses bons baisers de Moscou





Face aux filles du groupe de punk Pussy Riot expédiées au bagne pour une chanson anti-Poutine, les exhibitions publiques du D.J. Pavel Petel [photographié à Moscou et Yalta] ressemblent à une farce et intriguent en même temps. Je vous laisse en tirer vos conclusions politiques et morales. C'est le double projet de ce mec qui m'intéresse ici: 1) se faire connaître, 2) décoincer la société russe. Né en 1980, moscovite d'origine ukrainienne, P.P. possède un diplôme de journaliste et a travaillé dans le design tout en développant son numéro de disc jockey nu. C'est devenu un spectacle complet qui tourne à travers la Russie avec go-go girls, costumes qu'il a dessinés lui-même, effets spéciaux, vidéos, chorégraphie et "scènes de nature sexuelle" selon sa définition.


La grande trouvaille de P.P. c'est sa manière d'incarner le contraste entre macho et féminin. Il déclare: "Les filles l'adorent: un mec mastoc, musclé et barbu en talons super-hauts, c'est incroyable, marrant et en même temps très très sexuel!" Mais il n'y a rien de trans-identitaire dans sa vie privée, précise-t-il, pas même le goût des fringues griffées. "Le monde est plein de gars splendides. Qui a retenu leur nom? Si je ne portais pas ces accessoires féminins pour les photos, personne ne ferait attention à moi!" Lorsqu'on lui demande dans quelles circonstances il est sorti du placard, il répond: "Quoi? quand? pourquoi? Moi, je veux du sexe, point. J'ai une armée de fans dans ce pays. Rien que des filles et leurs mères et leurs grand-mères. Vous voudriez leur faire croire que je suis gay? Impossible!"



Comment voit-il son avenir? "Je veux ouvrir mon esprit un max, créer quelque chose de nouveau dans le monde, inventer mon propre art pop. Jouer dans des films pornos? Je ne connais pas de stars du porno millionnaires. Mais si quelqu'un me fait des offres avec un cachet à sept chiffres..." Même (ou surtout) dans un pays aussi rétrograde, bigot, chaotique, corrompu et homophobe que la Russie, Pavel Petel sème les graines du changement. Les jeunes qui tentent de se débarrasser des concepts anciens et de se reconstruire trouvent en lui un exemple. Ils ne vont pas forcément le suivre à la lettre; ils ont probablement autre chose à réaliser. Mais ils seront reconnaissants à P.P. le D.J. d'avoir traduit en russe le Yes I Can d'un président américain métis. Ben oui, c'est possible...

André



lundi 22 octobre 2012

J'irais bien garder les cochons, et aussi les vaches, avec lui !


Vous êtes la baronne de Latronche-Enbié et vous vous rendez chez le boulanger car le valet chargé des courses est en vacances. Le brave homme enfariné s'adresse à vous: "Alors ma belle dame, comment on la veut sa baguette? Blanche ou bien cuite?" Une telle familiarité vous choque: "Mon cher Monsieur, nous n'avons pas gardé les cochons ensemble!" Nous, les gays, nous favorisons au contraire la mixité sociale et raciale. Nous savons percevoir le muscle et le coeur sous la farine.

Dans l'un de mes grandioses souvenirs d'enfance, je gardais les vaches avec mes cousins durant les vacances d'automne. C'était dans un pâturage jurassien, j'avais six ans et de l'autre côté du mur de pierres sèches marquant la frontière, un soldat allemand patrouillait à quelques mètres de nous. Qu'il en fallait du courage pour protéger ce troupeau de vingt laitières avec nos seuls bâtons de noisetier!