En 1989, l'artiste Keith Haring (1958-1990) avait décoré gratuitement les toilettes pour hommes du Centre communautaire LGBT de New York.
C'était en l'honneur du 20e
anniversaire des émeutes de Stonewall, une année avant la mort de Keith
causée par le sida. Avec le temps, l'oeuvre s'était dégradée et elle a été restaurée. On peut imaginer la valeur que
représentent ces chiottes alors que certaines créations de l'artiste
atteignent aujourd'hui jusqu'à 2,5 millions de dollars aux enchères !
Keith Harring en 1989.
Une sérigraphie de Jordan Eagles a été exposée cet été durant quelques semaines dans ces
toilettes. Eagles a copié une affiche publiée durant la guerre aux États-Unis en 1943. Elle représente un soldat blessé avec le message Your blood can save him
-- Votre sang peut le sauver. Pour imprimer sa sérigraphie Eagles a
utilisé une pinte (demi-litre) de sang offerte par un soldat transgenre
et pansexuel actuellement en service. De tirage en tirage, l'affiche
s'éclaircit jusqu'à ce que le sang manque.
Durant la guerre, le chirurgien Charles R. Drew, un Noir, avait mis
au point une technique permettant d'expédier le sang et le plasma jusque
sur les champs de bataille en Europe. Néanmoins, le sang des citoyens
Noirs américains n'était pas accepté... Aujourd'hui, on stigmatise le
sang des hommes gays et bisexuels. Certains pays admettent de l'utiliser
pour des transfusions à condition que le donneur se soit abstenu de
toute relation sexuelle durant une année... C'est pour mettre en
évidence les discriminations dont sont victimes les LGBT --
particulièrement les personnes transgenre aux États-Unis -- que Jordan
Eagles a réactualisé le message de cette affiche.
André
Dans ce lieu, Keith Haring avait révélé une part intime de sa personnalité que le grand public ne connaissait pas.
À le voir s'exposer sous tous les angles, on pourrait
imaginer que David Pevsner est un exhibitionniste, ou participe à des
tournages pornos. Mais non. Il est un membre -- même quand son membre
est caché -- de la vaste industrie des arts américains de la scène:
acteur de théâtre, cinéma, télévision, comédie musicale et cabaret,
ainsi qu'écrivain. Durant ses heures de loisir, il laisse volontiers
tomber le froc pour alimenter la créativité des photographes
spécialistes du nu masculin. Il s'est lancé à lui-même le défi de ne
rien cacher de son corps, ni de sa vie. Non pour s'exciter sexuellement
en choquant des personnes qui ne voudraient pas le contempler. Mais pour
participer à la libération des esprits, des corps et des âmes.
Lorsque les photos pour lesquelles il avait posé ont commencé à paraître
dans les revues et sur la toile, il s'est demandé comment réagir.
C'était une part de sa vie privée sortant au grand jour; à passé 50 ans.
Il a pris les devants en les publiant sur un blogue. "Je me fiche de ce
que les gens pensent. Je suis trop vieux pour m'en soucier. D'autre
part, je ne supporte plus l'attitude de la société provinciale face à la
sexualité et à la nudité. Nous les gays, on est la proie du mépris de
ces gens que nous devons supporter toute notre vie. Alors bon, je suis
un peu narcissique et cela me fait plaisir de penser à ces photos
éparpillées à travers le monde. Je suis d'avis que nous devrions tous
célébrer notre corps et notre sexualité, nous débarrasser de la honte, si
toxique, et des jugements pour mieux vivre."
Il a célébré son soixantième anniversaire le 30 décembre 2018.
Sur scène également, l'artiste raconte sa
vie en toute franchise, sans en rajouter, dans un numéro de cabaret. Pour les spectateurs, c'est
une leçon d'honnêteté, comme ses cheveux gris et sa barbe poivre et sel.
Simplement: le récit de la vie d'un gay, de l'enfance à la cinquantaine
avec ses expériences bonnes ou mauvaises ou choquantes pour informer des gens qui
ne connaissent pas ce par quoi nous devons passer et comment nous nous
débrouillons pour faire mieux que survivre. Une autre façon que les
photos d'exprimer, directement et sans se plaindre, ce que David Pevsner
-- et beaucoup d'entre nous -- vivons artistiquement, sexuellement,
sensuellement et spirituellement. À en pleurer, à rire et à s'en
étonner.
André
Une ancienne série télévisée que les acteurs veulent reprogrammer et prolonger.
Chez les Grecs anciens, le cheval représentait l'état sauvage. Il a
fallu le domestiquer, comme il a fallu parallèlement "domestiquer" la
sexualité humaine en créant des rites et des règles, notamment le
mariage. Les mecs qui montent parfois à cru, cul nu, peau contre peau
avec l'animal, le font non sans frottements des parties nobles et
sensibles qui peuvent causer des plaies. Mais c'est une manière
d'exprimer leur sauvagerie apparemment indomptable, leur ani-mâle-ité.
Néanmoins, ni l'homme ni l'animal n'ont la peau dure. Et tous deux font
l'objet d'études pour mieux évaluer le degré de leur sensibilité. Par
exemple, le cheval de compétition dirigé à coups de cravache dans les
parcours de saut d'obstacle souffre plus qu'on ne l'imagine. Il y a plus
de terminaisons nerveuses dans la peau du flanc que l'on fouette que
dans la peau de son cavalier. Le monde du sport utiliserait donc la
douleur pour le faire courir plus vite et sauter plus haut. Si je suis
bien renseigné, ce serait une découverte en cours d'étude. On a aussi
mesuré la douleur postopératoire qu'il ressent après une castration en
observant ses expressions faciales...
Avec leur sensibilité, les chevaux bénéficient aussi d'une remarquable
capacité d'empathie. J'ai vu un reportage tourné dans une institution
indienne, aux États-Unis, où l'on soigne des hommes condamnés pour voie
de fait et actes violents envers leur épouse et leur famille. Après un
travail d'approche les amenant à reconnaître les faits en se détachant
de leur dépendance à l'alcool ou aux drogues, ils sont mis en présence
de chevaux. Ces animaux -- qui ont souffert de violences et ont trouvé
la guérison en étant bien traités -- sont doté d'une sagesse intuitive
qui en fait d'excellents thérapeutes.
Dans un pré, les chevaux vont à la rencontre de ces hommes. C'est
l'animal qui choisit son patient. Il lui tourne autour, le renifle et
l'adopte si il sent que le gars lui ouvrira peu à peu son coeur. Ainsi
commence une relation où l'homme apprend à comprendre ce que l'animal
lui propose comme exercice pour exprimer ses colères, s'en libérer et
trouver la patience, la paix. Si le gars veut fuir, le cheval le coince
et souffle pour lui enseigner à respirer au lieu de paniquer ou céder à
la violence. Et ainsi de suite. Le quadrupède enseigne la paix et
l'empathie au bipède maltraité par la vie dans une Amérique violente et
raciste.
Un pasteur presbytérien du New Brunswick, en charge d'une paroisse
durant 39 ans, est accusé d'avoir abusé de la crédulité de trois fidèles
qui traversaient des temps difficiles et qu'il avait soumis à des
séances d'exorcisme comprenant une fellation qu'il leur prodiguait.
[Mécréant que je suis, je ne me serais pas plaint si "l'homme de Dieu"
avait été compétent. Je lui aurais néanmoins affirmé qu'il y avait des
chemins plus francs et directs pour satisfaire ses besoins.] Mais les
trois mecs concernés ne l'ont pas vu avec humour. Ce moyen de les
délivrer des démons qui les habitaient leur a causé de profonds
traumatismes. Leur éducation religieuse leur faisait craindre tout acte
considéré comme gay. Ils risquaient de le devenir et d'être envoyés en
enfer.
Une femme figure aussi parmi les victimes. Elle souffrait de dépression
après avoir été abusée durant son adolescence. Elle rencontrait
régulièrement le pasteur pour en parler. Le rituel qu'il a fini par lui
proposer consistait à lui dénuder le ventre, poser ses mains autour du
nombril qu'il suçait. C'était, expliquait-il, une pratique des Indiens
Cree pour extraire la négativité de la patiente ou du patient. Et comme
avec les trois gars, il crachait ensuite une petite boule de métal, ce
qui prouvait la réussite de l'opération. Le pasteur précisait qu'il ne
pratiquait ce rituel qu'avec des personnes très méritantes.
J'ai étudié l'ethnologie dans ma jeunesse et me souviens de certains
rituels pratiqués par des Indiens d'Amérique du Nord. Si je ne me
trompe: avant de semer le maïs, la courge ou le haricot, le cultivateur
Hopi pratiquait un rite de fertilité consistant à verser sa propre
semence dans les champs. Cela m'avait impressionné alors que j'étais un
blanc-bec de 22-23 ans. J'ai participé plus tard à un rituel de
purification dans une hutte de sudation. Il se déroulait en
Haute-Savoie, et les organisateurs étaient de jeunes aspirants au
soufisme, originaires d'Afrique du Nord ! Par rapport à ce qui se
pratique au sein des premières nations américaines, le déroulement était
plus simple et dénué des traditions indiennes.
C'était en plein hiver, dans un chalet isolé en montagne. Un week-end
qui a commencé par une cérémonie du zikr durant laquelle nous avons
répété le nom d'Allah en nous balançant à l'infini. Le dimanche, nous
avons construit la hutte et chauffé des briques qui supportent une haute
chaleur sans éclater (les Indiens utilisent des pierres de lave). Nous
étions un groupe mixte. Chacune, chacun s'est totalement dévêtu, les
femmes sont entrées les premières par l'ouverture étroite et basse, et
nous étions assis en rond autour des briques brûlantes sur lesquelles on
déversait des giclées d'eau.
1
Une chaleur extrême, un rituel dans l'ombre. Je frisais la perte de
connaissance, ce qui s'est réellement produit lorsque nous sommes
sortis. Je me suis affalé dans l'herbe de la prairie glacée, nu, jambes
et bras écartés. Et là a commencé un voyage dans l'espace. Un rapace volant
d'Amérique du Sud m'a emporté, ses serres plantées dans ma chair. (Il
est ainsi devenu mon premier animal fétiche.) Tout en planant,
j'entendais des camarades bavarder au lieu de prolonger la méditation de
ce rituel de purification. Lorsque je suis revenu à moi, la vapeur
flottait encore autour de mon corps. Ce fut une expérience puissante;
elle m'a aidé à comprendre -- bien plus tard -- qu'il existe de
nombreuses pratiques chamaniques autour du globe, une spiritualité
traditionnelle qui nous relie au lieu de nous diviser et de nous juger.
La hutte de sudation: un lieu de méditation et d'introspection propice à la guérison
par la prière et le chant, sans comparaison avec le sauna ou le hammam.
L'une des tâches immémoriales du chaman était de veiller à la santé
physique, mentale et spirituelle des membres de sa communauté. Il
agissait en intermédiaire entre le monde des esprits et les humains. Certains guérisseurs chamaniques (medicine men)
utilisaient des chalumeaux en pierre, ou directement leurs lèvres, pour
aspirer la maladie hors du corps souffrant et recrachaient parfois un
petit os, un insecte noir ou ce qui ressemblait à un bout de chair. Mais
elles/ils n'avaient pas besoin du type de frime utilisé par le pasteur
pour satisfaire leur appétit sexuel. Beaucoup d'entre elles/eux étaient
ce qu'on nommerait aujourd'hui homosexuel/le/s et vivaient en concubinage
avec une personne de leur choix, ce qui était bien accepté par la
communauté.