vendredi 16 août 2019

Les toilettes où l'artiste Keith Haring s'était furieusement défoulé



Catharsis: la purgassion des passions.

En 1989, l'artiste Keith Haring (1958-1990) avait décoré gratuitement les toilettes pour hommes du Centre communautaire LGBT de New York. C'était en l'honneur du 20e anniversaire des émeutes de Stonewall, une année avant la mort de Keith causée par le sida. Avec le temps, l'oeuvre s'était dégradée et elle a été restaurée. On peut imaginer la valeur que représentent ces chiottes alors que certaines créations de l'artiste atteignent aujourd'hui jusqu'à 2,5 millions de dollars aux enchères !


Keith Harring en 1989.


Une sérigraphie de Jordan Eagles a été exposée cet été durant quelques semaines dans ces toilettes. Eagles a copié une affiche publiée durant la guerre aux États-Unis en 1943. Elle représente un soldat blessé avec le message Your blood can save him -- Votre sang peut le sauver. Pour imprimer sa sérigraphie Eagles a utilisé une pinte (demi-litre) de sang offerte par un soldat transgenre et pansexuel actuellement en service. De tirage en tirage, l'affiche s'éclaircit jusqu'à ce que le sang manque.




Durant la guerre, le chirurgien Charles R. Drew, un Noir, avait mis au point une technique permettant d'expédier le sang et le plasma jusque sur les champs de bataille en Europe. Néanmoins, le sang des citoyens Noirs américains n'était pas accepté... Aujourd'hui, on stigmatise le sang des hommes gays et bisexuels. Certains pays admettent de l'utiliser pour des transfusions à condition que le donneur se soit abstenu de toute relation sexuelle durant une année... C'est pour mettre en évidence les discriminations dont sont victimes les LGBT -- particulièrement les personnes transgenre aux États-Unis -- que Jordan Eagles a réactualisé le message de cette affiche.

André









Dans ce lieu, Keith Haring avait révélé une part intime de sa personnalité que le grand public ne connaissait pas.








dimanche 11 août 2019

David Pevsner : acteur, chanteur, danseur à l'aise dans sa sexualité




À le voir s'exposer sous tous les angles, on pourrait imaginer que David Pevsner est un exhibitionniste, ou participe à des tournages pornos. Mais non. Il est un membre -- même quand son membre est caché -- de la vaste industrie des arts américains de la scène: acteur de théâtre, cinéma, télévision, comédie musicale et cabaret, ainsi qu'écrivain. Durant ses heures de loisir, il laisse volontiers tomber le froc pour alimenter la créativité des photographes spécialistes du nu masculin. Il s'est lancé à lui-même le défi de ne rien cacher de son corps, ni de sa vie. Non pour s'exciter sexuellement en choquant des personnes qui ne voudraient pas le contempler. Mais pour participer à la libération des esprits, des corps et des âmes.





Lorsque les photos pour lesquelles il avait posé ont commencé à paraître dans les revues et sur la toile, il s'est demandé comment réagir. C'était une part de sa vie privée sortant au grand jour; à passé 50 ans. Il a pris les devants en les publiant sur un blogue. "Je me fiche de ce que les gens pensent. Je suis trop vieux pour m'en soucier. D'autre part, je ne supporte plus l'attitude de la société provinciale face à la sexualité et à la nudité. Nous les gays, on est la proie du mépris de ces gens que nous devons supporter toute notre vie. Alors bon, je suis un peu narcissique et cela me fait plaisir de penser à ces photos éparpillées à travers le monde. Je suis d'avis que nous devrions tous célébrer notre corps et notre sexualité, nous débarrasser de la honte, si toxique, et des jugements pour mieux vivre."





Il a célébré son soixantième anniversaire le 30 décembre 2018.



Sur scène également, l'artiste raconte sa vie en toute franchise, sans en rajouter, dans un numéro de cabaret. Pour les spectateurs, c'est une leçon d'honnêteté, comme ses cheveux gris et sa barbe poivre et sel. Simplement: le récit de la vie d'un gay, de l'enfance à la cinquantaine avec ses expériences bonnes ou mauvaises ou choquantes pour informer des gens qui ne connaissent pas ce par quoi nous devons passer et comment nous nous débrouillons pour faire mieux que survivre. Une autre façon que les photos d'exprimer, directement et sans se plaindre, ce que David Pevsner -- et beaucoup d'entre nous -- vivons artistiquement, sexuellement, sensuellement et spirituellement. À en pleurer, à rire et à s'en étonner.

André





















Une ancienne série télévisée que les acteurs veulent reprogrammer et prolonger.







Voir un précédent article ici.





mardi 6 août 2019

Randonnée équestre à cru -- sans selle, sans pantalon ni caleçon



Laconie (Péloponnèse), 550 avant notre ère.

Chez les Grecs anciens, le cheval représentait l'état sauvage. Il a fallu le domestiquer, comme il a fallu parallèlement "domestiquer" la sexualité humaine en créant des rites et des règles, notamment le mariage. Les mecs qui montent parfois à cru, cul nu, peau contre peau avec l'animal, le font non sans frottements des parties nobles et sensibles qui peuvent causer des plaies. Mais c'est une manière d'exprimer leur sauvagerie apparemment indomptable, leur ani-mâle-ité.



Néanmoins, ni l'homme ni l'animal n'ont la peau dure. Et tous deux font l'objet d'études pour mieux évaluer le degré de leur sensibilité. Par exemple, le cheval de compétition dirigé à coups de cravache dans les parcours de saut d'obstacle souffre plus qu'on ne l'imagine. Il y a plus de terminaisons nerveuses dans la peau du flanc que l'on fouette que dans la peau de son cavalier. Le monde du sport utiliserait donc la douleur pour le faire courir plus vite et sauter plus haut. Si je suis bien renseigné, ce serait une découverte en cours d'étude. On a aussi mesuré la douleur postopératoire qu'il ressent après une castration en observant ses expressions faciales...





Avec leur sensibilité, les chevaux bénéficient aussi d'une remarquable capacité d'empathie. J'ai vu un reportage tourné dans une institution indienne, aux États-Unis, où l'on soigne des hommes condamnés pour voie de fait et actes violents envers leur épouse et leur famille. Après un travail d'approche les amenant à reconnaître les faits en se détachant de leur dépendance à l'alcool ou aux drogues, ils sont mis en présence de chevaux. Ces animaux -- qui ont souffert de violences et ont trouvé la guérison en étant bien traités -- sont doté d'une sagesse intuitive qui en fait d'excellents thérapeutes.



Dans un pré, les chevaux vont à la rencontre de ces hommes. C'est l'animal qui choisit son patient. Il lui tourne autour, le renifle et l'adopte si il sent que le gars lui ouvrira peu à peu son coeur. Ainsi commence une relation où l'homme apprend à comprendre ce que l'animal lui propose comme exercice pour exprimer ses colères, s'en libérer et trouver la patience, la paix. Si le gars veut fuir, le cheval le coince et souffle pour lui enseigner à respirer au lieu de paniquer ou céder à la violence. Et ainsi de suite. Le quadrupède enseigne la paix et l'empathie au bipède maltraité par la vie dans une Amérique violente et raciste.

André





























jeudi 1 août 2019

Le pasteur qui suçait ses paroissiens pour les libérer des démons




Un pasteur presbytérien du New Brunswick, en charge d'une paroisse durant 39 ans, est accusé d'avoir abusé de la crédulité de trois fidèles qui traversaient des temps difficiles et qu'il avait soumis à des séances d'exorcisme comprenant une fellation qu'il leur prodiguait. [Mécréant que je suis, je ne me serais pas plaint si "l'homme de Dieu" avait été compétent. Je lui aurais néanmoins affirmé qu'il y avait des chemins plus francs et directs pour satisfaire ses besoins.] Mais les trois mecs concernés ne l'ont pas vu avec humour. Ce moyen de les délivrer des démons qui les habitaient leur a causé de profonds traumatismes. Leur éducation religieuse leur faisait craindre tout acte considéré comme gay. Ils risquaient de le devenir et d'être envoyés en enfer.


Une femme figure aussi parmi les victimes. Elle souffrait de dépression après avoir été abusée durant son adolescence. Elle rencontrait régulièrement le pasteur pour en parler. Le rituel qu'il a fini par lui proposer consistait à lui dénuder le ventre, poser ses mains autour du nombril qu'il suçait. C'était, expliquait-il, une pratique des Indiens Cree pour extraire la négativité de la patiente ou du patient. Et comme avec les trois gars, il crachait ensuite une petite boule de métal, ce qui prouvait la réussite de l'opération. Le pasteur précisait qu'il ne pratiquait ce rituel qu'avec des personnes très méritantes.



J'ai étudié l'ethnologie dans ma jeunesse et me souviens de certains rituels pratiqués par des Indiens d'Amérique du Nord. Si je ne me trompe: avant de semer le maïs, la courge ou le haricot, le cultivateur Hopi pratiquait un rite de fertilité consistant à verser sa propre semence dans les champs. Cela m'avait impressionné alors que j'étais un blanc-bec de 22-23 ans. J'ai participé plus tard à un rituel de purification dans une hutte de sudation. Il se déroulait en Haute-Savoie, et les organisateurs étaient de jeunes aspirants au soufisme, originaires d'Afrique du Nord ! Par rapport à ce qui se pratique au sein des premières nations américaines, le déroulement était plus simple et dénué des traditions indiennes.


C'était en plein hiver, dans un chalet isolé en montagne. Un week-end qui a commencé par une cérémonie du zikr durant laquelle nous avons répété le nom d'Allah en nous balançant à l'infini. Le dimanche, nous avons construit la hutte et chauffé des briques qui supportent une haute chaleur sans éclater (les Indiens utilisent des pierres de lave). Nous étions un groupe mixte. Chacune, chacun s'est totalement dévêtu, les femmes sont entrées les premières par l'ouverture étroite et basse, et nous étions assis en rond autour des briques brûlantes sur lesquelles on déversait des giclées d'eau.


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Une chaleur extrême, un rituel dans l'ombre. Je frisais la perte de connaissance, ce qui s'est réellement produit lorsque nous sommes sortis. Je me suis affalé dans l'herbe de la prairie glacée, nu, jambes et bras écartés. Et là a commencé un voyage dans l'espace. Un rapace volant d'Amérique du Sud m'a emporté, ses serres plantées dans ma chair. (Il est ainsi devenu mon premier animal fétiche.) Tout en planant, j'entendais des camarades bavarder au lieu de prolonger la méditation de ce rituel de purification. Lorsque je suis revenu à moi, la vapeur flottait encore autour de mon corps. Ce fut une expérience puissante; elle m'a aidé à comprendre -- bien plus tard -- qu'il existe de nombreuses pratiques chamaniques autour du globe, une spiritualité traditionnelle qui nous relie au lieu de nous diviser et de nous juger.




La hutte de sudation: un lieu de méditation et d'introspection propice à la guérison
par la prière et le chant, sans comparaison avec le sauna ou le hammam.

L'une des tâches immémoriales du chaman était de veiller à la santé physique, mentale et spirituelle des membres de sa communauté. Il agissait en intermédiaire entre le monde des esprits et les humains. Certains guérisseurs chamaniques (medicine men) utilisaient des chalumeaux en pierre, ou directement leurs lèvres, pour aspirer la maladie hors du corps souffrant et recrachaient parfois un petit os, un insecte noir ou ce qui ressemblait à un bout de chair. Mais elles/ils n'avaient pas besoin du type de frime utilisé par le pasteur pour satisfaire leur appétit sexuel. Beaucoup d'entre elles/eux étaient ce qu'on nommerait aujourd'hui homosexuel/le/s et vivaient en concubinage avec une personne de leur choix, ce qui était bien accepté par la communauté.

André