Les hommes qui n'ont pas été violés ou abusés par leur père, grand-père,
oncle, frère, maître d'école, entraîneur sportif, chef scout, curé,
pasteur, imam ou rabbin devraient prendre conscience de leur chance. Et
manifester leur solidarité envers les femmes et les gars qui n'ont pas
connu la merveilleuse insouciance de l'enfance. Au lieu d'ignorer, sinon
de ridiculiser les victimes; voire d'entretenir une solidarité cachée
ou non avec ceux qui perpétuent ces crimes.
Durant l'agression, les victimes s'absentent de leur corps.
N'oublions pas les abus
dont souffrent les enfants qui sont prostitués dans des bordels ou sur des
sites pornographiques, ainsi que les garçons soumis à l'esclavage ou
engagés de force dans une armée. Au milieu des tumultes qui secouent notre planète, il faut aussi
reconnaître que de nombreux progrès sociétaux se font jour. En faveur
des femmes, contre le racisme, pour lutter contre la faim dans le monde,
ou enfin reconnaître que nous les LGBTQ+ avons droit à un traitement
égalitaire en tant qu'êtres humains tout aussi honorables et faillibles
que les autres.
Le vieux lubrique actuel.
Le satyre d'antan.
Les puissants sont visés dans ces luttes contre les injustices. Combien
de régimes autoritaires sont contestés lors de manifestations publiques.
En même temps, on construit de nouvelles prisons pour faire taire ceux
qui dénoncent l'incompétence et la violence des politiques ou des
religieux. Mais -- c'est nouveau -- on se met aussi à punir les prédateurs
sexuels célèbres et riches, les plus maffieux, les plus bigots. Celles
et ceux qui les soutenaient -- et regardaient les dénonciatrices et les
détracteurs avec ce sourire en coin des gens qui se croient
invulnérables -- sont également mis en accusation.
En plus: des blessures physiques.
Des abus répandus dans le scoutisme religieux ou laïc.
Voilà qu'Harvey Weinstein est enfin coincé; son procès a commencé cette
semaine à New York. Et Gabriel Matzneff aussi, l'auteur français de 83
ans qui publiait depuis longtemps, sans remords, le récit de ses
relations sexuelles avec des fillettes et des adolescentes, ainsi que les péripéties de
ses voyages en Asie pour violer de jeunes garçons. Dans un livre
paru cette année, l'une de ses victimes témoigne -- 30 ans plus tard -- des
blessures laissées par ses rencontres avec l'écrivain. "A quatorze ans, on
n'est pas censée être attendue par un homme de 50
ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposée vivre à l'hôtel
avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à
l'heure du goûter", écrit-t-elle.
Le traumatisme est tel que les mecs abusés éprouvent...
...autant de difficulté à dénoncer que les femmes.
Honneur à la journaliste canadienne qui réagit alors que les autres femmes
présentes dans l'émission ricanent.
Les Églises et sectes chrétiennes cachent encore beaucoup d'abuseurs.
La France qui a laissé paraître les livres de Matzneff sans émotion ni
condamnation (le plus récent est paru en novembre dernier) se refait
tout à coup une vertu et ouvre une enquête. L'auteur a pratiqué deux
types de prédations sexuelles qu'on ne sait plus distinguer dans le
langage courant. Le pédophile manifeste une attirance envers les petits
enfants. Alors que le pédéraste s'intéresse aux adolescents. Le
brouillage des termes a été créé par des écrivains du siècle dernier qui
se déclaraient "pédérastes" au lieu d'homosexuels. D'où le terme de
"pédé" que nous utilisions avant que les Américains ne lancent le mot
"gay", pas plus satisfaisant.
La longue tradition antique.
Le prédateur immature, pas seulement dans les contes.
J'ai vu évoluer les moeurs de la société occidentale à partir de Mai 68.
On a d'abord niqué sans limites. Puis on a pris conscience qu'il
fallait tenir compte des spécificités de ses partenaires. Je me souviens de
Daniel Cohn-Bendit, politicien franco-allemand libertaire, qui
racontait ses expériences d'animateur dans un jardin d'enfants en
Allemagne. C'était dans les années 1970. Il laissait les gamins les plus
curieux explorer sa braguette. Cela n'avait rien de sexuel. C'était
éducatif. Dany le Rouge a compris son erreur. C'est un homme honnête que
j'admire.
Les innombrables femmes, filles et garçons abusés dans le milieu orthodoxe juif.
À l'époque, en tant que membre de l'Organisation suisse des homophiles, j'avais participé à l'une des premières réunions internationales de l'ILGA, The Internationl Lesbian and Gay Association.
C'était en Italie. Un groupe de pédérastes (pas de pédophiles)
demandait à rejoindre l'organisation. Nous, les gays, l'avions accepté
par solidarité envers des gars plus minoritaires encore que nous. Les
quelques lesbiennes présentes étaient contre. Certes, elles étaient plus
conscientes du danger d'abus que nous. Et, très influencées par le
féminisme de l'époque, elles vomissaient toute la palette
d'expérimentation et de passion que représente la sexualité mâle. Elles
avaient déchiré plusieurs gouaches représentant des nus que l'un des
participants avait exposées. Les pédérastes ne font plus partie de
l'ILGA depuis très longtemps.
Pour donner un sens aux petites et grandes expériences que la vie nous
présente, il faut oser s'y lancer. Certes ces expériences sont parfois
douloureuses, mais riches en enseignements ultérieurs; d'autres évoluent
merveilleusement et renforcent notre courage, ainsi que notre plaisir
de vivre. Elles nous permettent de mieux percevoir la beauté des êtres comme des choses,
d'être plus sensibles à la bonté des gens qui nous côtoient, même
lorsqu'ils s'expriment maladroitement. De mesurer avec plus de lucidité
le potentiel des circonstances. C'est l'occasion d'apprendre 1) qui l'on
est réellement et 2) ce que l'on désire réaliser.
Pour répondre à la question "qu'est-ce que j'aime vraiment?" il faut
s'impliquer dans les événements. Pas ceux que débitent 24h/24h les
réseaux associaux et les médias catastrophistes sur votre portable. La
vraie vie est visible quand vous levez les yeux de vos appareils pour la
regarder en face et nourrir votre cerveau de beauté réelle ainsi que de
malheurs qui concernent votre monde. La question fondamentale pour
sortir de la 5g et la 4G etc., c'est: "à part mes occupations professionnelles, à quoi est-ce je désire vraiment consacrer mon temps libre?"
Yannick Bellissand propose un exercice pour prendre confiance en soi.
Certains d'entre nous ne ressentent aucune difficulté à se mettre à
poil en communauté. Oui, mais s'agit-il de situations où ils se trouvent
entre mecs gays et ont pu mesurer leur pouvoir d'attraction? La nudité
dans un milieu qui ne cherche pas (premièrement) à copuler est une
condition différente où peut naître la gêne. Et si l'on a vaincu ce
problème on peut passer à d'autres défis que Yannick a affrontés pour
dépasser ses limites, par exemple marcher pieds nus sur des braises. Ce que je
n'ai pas osé faire. Pourtant j'ai été témoin de cette expérience dans un
temple hindou où plusieurs fidèles se sont libérés de leurs peurs et
ont franchi une piste brûlante sans dommage. J'étais tout près d'eux, j'ai pu vérifier l'état de leurs plantes des pieds...