samedi 15 août 2020

Maurice Ravel admirateur de la beauté des jeunes hommes








Resté célibataire durant toute sa vie, le compositeur français Maurice Ravel (1875 - 1937) n'a jamais révélé publiquement son orientation sexuelle. Il est probable que cet artiste discret préférait la compagnie des hommes et qu'il l'a finement dévoilé en mettant en musique L'indifférent, un poème de Tristan Klingsor. Il l'a inclus dans le cycle de mélodies intitulé Shéhérazade qui, malheureusement, est presque toujours interprété par une voix de femme.



Voici le texte de L'indifférent:

Tes yeux sont doux comme ceux d'une fille
Jeune étranger,
Et la courbe fine
De ton beau visage de duvet ombragé
Est plus séduisante encore de ligne.

Ta lèvre chante
Sur le pas de ma porte,
Une langue inconnue et charmante
Comme une musique fausse.
Entre ! et que mon vin te réconforte...


Mais non, tu passes
Et de mon seuil je te vois t'éloigner
Me faisant un dernier geste avec grâce,
La hanche légèrement ployée

Par ta démarche féminine et lasse.

[Your eyes are soft like those of a girl, young stranger, and the fine curve of your handsome face with shadowed down is more seductive still...]  





Avec un père d'origine suisse et savoyarde, une mère d'origine basque, Maurice Ravel a su capter la beauté de musiques d'origines variées à une époque où les influences contemporaines provenaient aussi bien d'Espagne que des États-Unis, d'un Stravinsky, d'un Bartók que d'un Gershwin. Je vous propose ci-dessus un document original. Il s'agit de l'enregistrement sur rouleau perforé [piano roll] de sa Pavane pour une infante défunte [Pavane for a Dead Princess] qu'il a réalisé en 1922. Le son est à la fois coulant et éthéré. Un moment d'émotion comme si nous assistions en direct à un concert donné par le compositeur lui-même.

André 




























lundi 10 août 2020

Frères, jumeaux ou triplés -- les uns gays, les autres pas...




Le problème des jumeaux c'est le regard des autres. Eux se sentent différents l'un de l'autre, même si les parents les habillent de vêtements identiques pour simplifier la corvée des achats. En général, les deux enfants cultivent une sorte de connivence entre eux -- parfois mal ressentie par le reste de la famille. Cette entente diminue durant l'adolescence lorsque que croît leur besoin de développer leur propre personnalité et de s'approcher des autres jeunes qui les attirent. Car draguer en couple gémellaire est quasi impossible. Élever des jumeaux demande beaucoup de finesse de la part des parents afin d'éviter des jalousies ou des automatismes dans le traitement de chacun.




On peut imaginer que les jumeaux s'efforcent de cultiver une relation fusionnelle entre eux, mais il paraît que ce n'est pas le cas généralement. Bien sûr, ils traversent les étapes de l'adolescence à peu près en même temps; néanmoins ils les affrontent différemment à cause de leur personnalité et de leurs problèmes individuels. Même l'orientation sexuelle de l'un et l'autre peut diverger. À ce sujet, les jumeaux qui diffèrent en ce domaine font l'objet de nombreuses études. Des chercheurs se penchent sur les éléments génétiques et/ou physiologiques qui détermineraient les préférences sexuelles. Au fur et à mesure de l'évolution des sciences, on s'aperçoit que les points de départ de ces investigateurs sont d'une imbécilité notoire.


L'orientation sexuelle est-elle innée, biologique ? Acquise, fabriquée par les attitudes des parents, sinon les épreuves rencontrées par les intéressés, ou leurs goûts personnels que l'on pourrait modifier pour les faire entrer dans la "normalité" ? Les politiciens de droite et les fondamentalistes présents dans de nombreuses religions  (sinon toutes ?) stigmatisent l'homosexualité. Ils cultivent une haine raciste et suivent donc de près ces recherches. À condition que les résultats rejoignent leurs préjugés et les discriminations qu'ils cultivent. Sinon, ils en inventent. Pourtant l'homosexualité a toujours existé et n'a jamais nui à la société. Si ce n'est parce que les LGBT+ sont méjugés ce qui cause beaucoup de misères à ceux d'entre nous qui sont persécutés et à leur entourage familial. Notre problème c'est, comme pour les jumeaux, le regard des autres.

André











Sandor Earl et Josh Dugan.






















mercredi 5 août 2020

D'un côté: l'agressivité mâle -- de l'autre: la combativité fraternelle




C'est dans la nature du mâle de se défendre lorsqu'il est attaqué, de se démener pour acquérir ce qu'il convoite ou d'écarter la concurrence afin de dominer. Certains savent se retirer, sinon fuir, lorsque la situation devient trop hasardeuse. D'autres n'hésitent pas à recourir aux armes ou aux moyens les plus délictueux pour gagner. Notre société confond agressivité et combativité. Dans le monde des affaires, les patrons recommandent à leurs équipiers d'être agressifs face à leurs compétiteurs, c'est-à-dire hargneux, rentre-dedans. Néanmoins, c'est aussi dans la nature du mâle de lutter sportivement, fraternellement. Sur un terrain de foot, en principe, on tape dans le ballon, par sur les tibias. Dans la lutte classique, on ne mord pas, on ne griffe pas et l'on ne casse pas le bras du gars qu'on vient de renverser. On n'écrase pas non plus ses couilles.








Regardez les gars ci-dessous s'affronter fraternellement, sans crainte de prendre un mauvais coup de genou. C'est une pratique virile de socialisation que les gamins dûment instruits par leurs parents apprennent à gérer: se confronter amicalement pour mieux comprendre l'autre et mieux se connaître soi-même. On considère la défaite comme un enseignement, et la victoire comme un encouragement. Lutter dans cet état d'esprit est un plaisir réciproque: il n'y a pas de perdant. Ces mâles ont le goût du jeu, ils bataillent pour s'éclater, que ce soit dans une discussion où l'on s'affronte verbalement en respectant le point de vue des autres -- ce qui enrichit la compréhension du problème -- ou dans un match de tennis.



Lutter à poil dans le sable qui amortit les chutes et colle à la transpiration, entourés de copains en costumes d'Adam, c'est pour ces deux gars un moment de pur bonheur fraternel, un lien entre mecs, le male bonding des anglophones. Après leur joyeux affrontement, il se serrent et se frottent dans les bras l'un de l'autre, sans crainte de passer pour des "fiottes" efféminées. Les mâles hétérosexuels ont autant besoin de prouver leur attachement à leurs copains les plus proches que nous les gays. Batailler gaillardement passe mieux que dire "je t'aime" et transmet le même message: tu es indispensable à mon équilibre. Les hommes ont plus tendance à utiliser ces rites de rivalité que les femmes; elles n'ont pas l'habitude de s'affronter pour le plaisir ni besoin de masquer leur bonheur d'être ensemble.

André







Photo: Wilhelm von Gloeden, Taormina, vers 1903.