Appelez-le comme il vous plaira: gourdin, piquet, gaule, épieu, bite ou
verge... notre pénis est plus riche en expériences transcendantes qu'on
ne le révèle dans notre "civilisation chrétienne". Pour découvrir
l'énergie sensuelle, érotique et spirituelle qu'il tient en réserve,
j'ai suivi plusieurs enseignements au fur et à mesure qu'ils sont
apparus sous forme d'ateliers, de séminaires, livres et vidéos à partir
de mai '68. C'était inattendu et les curieux, les inquisiteurs comme moi
ont passé d'un gourou à un autre, d'un prof à un fumiste et à tant
d'autres exaltés sans nous arrêter trop longtemps.
À notre étonnement, la chasse en valait la peine; nous avons trouvé les
recettes fabuleuses et juteuses que l'on pouvait tirer, entre autres,
des traditions du taoïsme et du tantrisme revues à la sauce occidentale.
Voici un souvenir qui remonte, je crois, à la fin des années 1980.
C'était dans le voisinage de Zurich, le séminaire d'un week-end conduit
par le sexologue -- et ancien Jésuite ! -- Joseph Kramer, fondateur de
l'École de massage Body Electric d'Oakland (Californie). Nous allions
masser et nous faire masser à tour de rôle jusqu'à atteindre la
sensation d'une érection englobant notre corps entier.
Voici comment s'est déroulé le rituel. Les participants, tous mâles et
en majorité gays -- à l'époque il fallait du courage aux hétéros pour se
lancer dans un massage total du corps nu d'un mec -- étaient divisés en groupes de quatre. Trois masseurs et un massé, chacun recevant et donnant à son tour.
Tous sont nus. Celui qui est étendu entre dans une respiration régulière
et paisible qui peu à peu le détend, prend possession de son corps et
l'installe en état de méditation. Il ferme les yeux. Des trois
opérateurs, l'un va s'occuper du bas du corps, l'autre prend en charge
le haut depuis la ceinture et le troisième suit les instructions de
Joseph Kramer concernant la manipulation du lingam (en sanskrit लिङ्गं),
le phallus. Le gisant est oint d'huile avec soin; les praticiens
concentrent leur attention dans leurs mains pour faire sentir au
bénéficiaire qu'ils ne sont là que pour lui. Ils vont stimuler son
énergie érotique.
L'un pose ses mains sur le coeur, puis les tétons; l'autre de chaque
côté des boules. Quant à l'artiste du lingam, il empoigne l'organe
calmement. Le massage proprement dit peut commencer après la
synchronisation de leurs quatre respirations. Les bras et le torse
jusqu'au bas ventre sous la danse des mains. La farandole des jambes:
des pieds jusqu'au haut des cuisses, posément. C'est là que les deux
opérateurs extérieurs rencontrent celui du phallus qui exerce une
pression des doigts de bas en haut de la verge, puis l'inverse. Ces
mouvements rythmiques la stimulent.
Paisiblement, les gars rappellent au receveur que l'objectif visé n'est
pas l'éjaculation, mais la répartition de la sensation ithyphallique sur
toute sa personne. Un état qu'ils stimulent en déployant l'énergie
érectile depuis la base du phallus jusqu'aux confins du corps. Un geste
magique dans la manipulation de la verge consiste à étirer la peau vers
la base, particulièrement si le gars n'est pas circoncis. L'autre
consiste à alterner la pression des deux mains en tournant autour de la
verge.
Et puis, le frein qui retient le prépuce à la face inférieure du gland
mérite des caresses spéciales. C'est le "troisième oeil" du phallus qui
nous enrichit en intuitions et visions, comme celui de notre front -- à
condition qu'il soit pris en compte lors de nos méditations. Il existe
plusieurs autres attouchements possibles que l'on peut aussi apprendre
pour faire évoluer nos branlettes vers un grand art de la masturbation,
selon les méthodes taoïstes du massage.
Lorsque le gisant frisonne de tout son corps, au bord de l'orgasme,
les masseurs prennent congé de lui par une petite tape amicale et
s'éloignent. À lui de savoir s'il va éjaculer ou pouvoir se contenir. Il
va sortir de l'emprise de cette érection du corps entier en dressant
son abdomen et laissant sortir sa tension en retenant sa respiration,
serrant les fesses, pour enfin bramer comme un cerf en rut... Ce que je
viens de décrire peut se passer selon d'autres scénarios. L'essentiel,
c'est de ressentir tout son corps sous l'emprise d'une érection
envoûtante.
André
Un moment de repos...
...et de rêve.
Joseph Kramer raconte le massage qui a changé sa vie
C'est juste avant
d'entrer dans les ordres que Joseph le jésuite a viré de bord, ne
serait-ce que pour sortir aussi du placard. Il n'a pas abandonné son
fondement chrétien, dit-il, il s'est mis au service des autres. Il est
devenu masseur, thérapeute sexuel, activiste contre le sida et,
ajoute-t-il avec le sourire: "un prostitué sacré". Parce qu'il a massé
un millier de nanas et de mecs par an pour leur enseigner la relation --
que chacun/e peut découvrir en elle/lui -- entre la sexualité et la
spiritualité. À part l'École de massage Body Electric, ce gars sympathique a aussi fondé The New School of Erotic Touch et participe à
la gestion de l'International Institute of Sexological
Bodywork à Zurich. Il a produit de nombreuses vidéos qui mettent en
scène son enseignement.
Le moscovite Demir Demirov avait 33 ans lorsque ses tableaux ont été
exposés à la fin de 2016 dans la galerie MooiMan d'Amsterdam (présentant
les oeuvres d'artistes masculins). À l'époque, Demirov était fortement
atteint du sida (3ème degré). Il n'avait plus l'autorisation de faire
connaître son art classé comme "propagande homosexuelle" dans son pays.
C'est aussi la raison pour laquelle ses frais médicaux et même ceux de
dentiste n'étaient plus remboursés par l'État, alors qu'ils le sont pour
les autres malades, même victimes du HIV. Militant gay perdant ses
dents et privé de médicaments, il n'avait plus de logement.
Manipulations sans espoir.
Rêve protecteur.
La vie de Demirov avait déjà pris un tournant dangereux lorsque Elton
John s'était rendu en Russie en 2013. Leur rencontre avait attisé la
curiosité des médias qui avaient mis en évidence les oeuvres du peintre les
plus choquantes pour un public peu instruit (ce n'est pas sa faute) et
dont la bigoterie, le racisme, l'homophobie sont entretenus par l'Église
orthodoxe et par l'État.
Alors qu'il était interné dans un camp de réfugiés aux Pays-Bas, il avait interrogé d'autres gays en attente d'accueil ou de refoulement -- venant d'Ukraine, d'Afrique, du Moyen-Orient et de Russie -- sur leurs espérances et leur désespoir afin de traduire leurs témoignages en esquisses. Demir Demirov, artiste inspiré et militant courageux, n'est plus. Paix à son
âme ! Voici la traduction d'un témoignage écrit et illustré qu'il avait intitulé Lumière intérieure.
Le moment de créer.
Lumière intérieure.
Lingam.
"La seule chose qu'un homme né dans une période d'homophobie puisse
faire est de lutter -- peu importe son orientation sexuelle. Pour
confronter l'homophobie, il faut commencer par se comprendre soi-même.
Première étape: surmonter sa propre homophobie afin d'acquérir une
liberté intérieure; c'est un pas en direction de la liberté totale, de
la conviction que tous les humains sont égaux.
Vie intérieure: fluorescence.
Toi vivant j'étais ta plaie, toi mourant je serai ta fin.
Jouer avec un chiot.
"Je m'appelle Demir Demirov et je suis gay ! Je participe au combat
contre l'épidémie de sida en Russie. Mon expérience personnelle
concernant les effets pervers de l'homophobie sont à la source de mon
inspiration artistique. Je suis convaincu que l'incapacité à s'admettre
en tant que gay fait partie des obstacles qui nous empêchent d'atteindre
un bien-être personnel. Dans une société qui nourrit la haine des gays,
cela multiplie la propagation du HIV.
Les maris.
Crucifix.
"Parmi mes créations, la série intitulée Lumière intérieure
concerne la prise de conscience de l'homosexuel et la manière de se
libérer de la haine envers soi-même. Durant une année, j'ai interviewé
différents gars en leur demandant de m'éclairer sur qui ils étaient,
comment ils acceptaient leur orientation et quels étaient leurs
souvenirs concernant cette prise conscience du oui, je suis gay!
Puis j'ai traduit mon interprétation de leurs récits sur du papier
kraft -- le papier le plus basique -- qui ne peut pas détourner la
réflexion de celle ou celui qui regarde. Je ne voulais pas influencer la
transmission de ces histoires personnelles par des couleurs ni des
formes sophistiquées. Il fallait en laisser l'interprétation aux
spectateurs.
Au plus profond de soi.
Penseur dans un cocon.
Samsara: simplement être.
"Le blanc est débarrassé de tout jugement sur la couleur; c'est
l'origine de toutes les variations du spectre, une métaphore de
l'histoire -- sa manifestation et sa dissolution finale. Le noir absorbe
les autres couleurs en simplifiant et en les libérant de leurs
caractéristiques et des sous-entendus concernant la valeur des images.
La simplicité du support, le style ne faisant appel qu'à deux tons et le
symbolisme ménagent ensemble un espace de dialogue direct avec le
conteur sans que l'artiste ne s'interpose. Je vous souhaite de ressentir
cette Lumière intérieure !"
Dans notre société, ceux qui se considèrent comme de "vrais mâles" sont
attirés par des activités sportives produisant des effets visibles en
matière de muscles, de chronographe ou de compétition. En ce qui
concerne le yoga -- que j'ai pratiqué une à trois fois par semaine
durant presque vingt ans -- l'expérience est différente; pourtant cela
développe une énergie durable et perceptible dans tout le corps, ainsi
qu'une musculature longitudinale plutôt qu'en épaisseur.
Discipline millénaire en Asie, le yoga était pratiqué par des hommes qui
l'ont fait évoluer au fur et à mesure qu'il gagnait de nouveaux pays et
d'autres cultures. Lorsque j'ai commencé lors de cours du soir après le
travail, les deux sexes étaient présents à parts égales. Parmi les
mecs, il y avait des sportifs engagés dans le foot amateur, le rugby ou
l'athlétisme; ils venaient assouplir leur corps. Après, nous allions
boire une bière. Retraité, j'ai choisi les cours du matin ou de midi.
Participation masculine: un tiers, un quart, puis presque nulle. Le
monde du travail est devenu plus contraignant; à cause du portable les
indépendants demeurent joignables à chaque instant...
J'ai suivi les cours d'une dizaine d'enseignant/e/s. À chacun/e son
approche, ses options dans l'immense répertoire du yoga, ainsi que sa
créativité personnelle et son bavardage plus ou moins prisés. J'ai
particulièrement apprécié la méthode d'un champion en arts martiaux qui
avait suivi les enseignements de maîtres de la méditation et du yoga à
travers le monde. Descendant d'une grande famille d'artistes du
spectacle, il était peu bavard et savait placer la courte phrase qui
enrichit la posture qu'on est en train de prendre.
Très bel homme, ce gars évitait les pièges que les filles lui tendaient
en bousillant leur posture dans l'espoir qu'il les prendrait en mains
pour rectifier. Ce qu'il évitait en identifiant la faute du bout du
doigt. Au fur et à mesure de son
enseignement, il a accordé plus de place à la méditation du début du
cours où l'on se distancie des préoccupations quotidiennes pour se
détendre et prendre conscience de son corps. Ce qui a éloigné des
participant/e/s qui préféraient l'exercice pur. Rester présent durant la
pratique du yoga demande un lâcher prise qui s'acquiert avec patience.
Comme d'autres enseignements que j'ai acquis à partir de la quarantaine
-- la période où le mâle décide de modifier le cours de sa vie, ou de ne
pas décider -- j'ai acquis peu à peu, sans m'en rendre compte, la
capacité de développer mon intuition et mes aptitudes extrasensorielles.
Grâce à la méditation en groupe ou pas; à la natation (à poil) au lac,
hiver comme été qui est devenue un plaisir sensuel; grâce au jardinage et à
la contemplation de la nature. Cela m'a rapproché de ce que l'on nomme
la pleine conscience. Sans faire de moi un saint. Simplement un gars
plus sensible à la communication avec ses frères humains, avec les
animaux et les plantes.
Pratiquer votre yoga à poil, au milieu d'un groupe d'hommes
fraternels n'est pas une expérience naturiste, elle est naturelle. Il
s'en dégage une énergie chaleureuse parce qu'on est dispensé des
contingences habituelles: libéré des vêtements, de la profession, des
jugements par rapport à l'orientation sexuelle ou à l'apparence
physique. Les couilles à l'air, cela vous transforme un mec: il quitte
sa tête et ses préoccupations mentales, il ha-bite son corps et perçoit de nouveaux ressentis qui lui permettent d'évoluer et de s'affranchir de ses complexes.
André
John Whaite et Johannes Radebe forment le premier couple mâle à évoluer dans la compétition britannique Strictly Come Dancing. Ici, on est d'accord, les vêtements sont de rigueur.