lundi 11 avril 2022

À Pâques : une nudité fraternelle plutôt que des oeufs en chocolat


Marbre de Benvenuto Cellini, entre 1559 et 1562.
Les chrétiens se préparent à célébrer Pâques. Soit dans un esprit de communion fraternelle, soit de consommation. (À ces derniers, l'entreprise de distribution Lidl annonce: "Quiconque aime Pâques aime Lidl")... Le symbôle à Pâques c'est la croix sur laquelle Jésus a été crucifié et non les oeufs ou lapins en chocolat.


Par sa mort et sa résurrection, Jésus a racheté les humains de l'emprise du péché en déclarant avant de mourir: "Tout est accompli !" Dès lors, l'humanité peut abandonner le sacrifice d'animaux, voire d'êtres humains, qu'elle pratique pour se racheter devant Dieu. Elle entre dans l'ère de la liberté individuelle. Ceux qui l'acceptent tirent les leçons dont la vie jalonne leur chemin. Les autres deviennent les esclaves de faux prophètes, de tyrans politiques et de faiseurs de fake news... Venons-en à la nudité fraternelle.

 

Dans Le Banquet dont Platon est l'auteur (vers 380 av. notre ère), plusieurs gars -- dont Socrate, Alcibiade et Aristophane -- se lancent dans un débat. Comme les disciples de Jésus qui, tout en préparant le repas pascal, se demandaient qui était le plus important parmi eux. Ce à quoi le Maître avait répondu en leur lavant les pieds. Chez Platon, au cours d'un apéritif dînatoire, chacun expose sa conception de l'amour et de son rapport avec le dieu Éros. Et le jeune Agathon demeure étendu contre le vieux Socrate pour mieux capter sa sagesse à travers la chaleur corporelle. De même, les peintres de la Dernière Cène représentent le mystérieux "disciple que Jésus aimait" (ainsi est-il nommé dans les évangiles) appuyant sa tête sur l'épaule du Maître. > 






A plusieurs reprises dans les évangiles, Jésus ressent de l'amour pour l'un de ses interlocuteurs. Deux termes grecs sont utilisés; soit agape, pour l'affection et le respect, soit phileo pour un amour plus sensuel. Lorsqu'un riche notable vient demander ce qu'il doit faire pour hériter de la vie éternelle, Jésus "fixe sur lui son regard et l'aime" d'affection. Le deuxième terme, plus tendre, s'attache à Lazare dont les soeurs inquiètes font savoir au Maître: "Celui que tu aimes est malade !" Lorsque Jésus arrive au village, Lazare est mort et Jésus "verse des larmes". La même nuance amoureuse figure au sujet du mystérieux "disciple que Jésus aimait".




Lors de stages de tantra ou de chamanisme, j'ai ressenti parfois l'émotion chaude et sereine qu'une cérémonie initiatique conduite par un/e enseignant/e humble peut produire. Comme devaient l'éprouver les disciples autour de Jésus; ou ceux de Rumi dans la confrérie soufie; ou  les adeptes de Siddharta Gautama, l'éveillé Bouddha. Il s'agit d'un élan spirituel dépassant l'expérience humaine -- sauf peut-être celle de l'amour-passion lors d'un orgasme longtemps mitonné.



Nous les gars -- peu importe notre orientation -- ressentons ce désir de moments privilégiés entre hommes. Je pense ici à des relations de partage intime par la parole et par des gestes de fraternité. Durant lesquels nous pourrons nous déboutonner (au-dessus de la ceinture) et échanger en confiance nos expériences et nos questions, qu'il s'agisse de bonheur ou d'échecs (au-dessous de la ceinture comme au-dessus). Pouvoir nous pencher sur une épaule et communiquer sans craindre la critique.

 


Icône du monastère Mar Sarkis en Syrie.

La scène se déroule dans une pièce où des hommes plutôt jeunes se sont réunis pour manger. Le chef, un certain Iéshoua', se lève de table, retire ses vêtements, se revêt d'une serviette, verse de l'eau dans une bassine et commence à laver leurs pieds, les essuyant avec sa serviette. Shim'ôn-Petros refuse car il est gêné. Le chef rétorque: "Si je ne te lave pas, tu ne pourras rien partager avec moi." Alors Petros réplique: "Chef, pas seulement mes pieds, mais aussi les mains et la tête!" Ce à quoi Iéshoua' répond: "Qui s'est baigné [avec moi] n'a plus besoin de se laver, sauf les pieds, car il est propre. Vous, vous êtes purs, mais pas tous." Il sait que l'un d'entre eux est une balance.



Après avoir partagé le pain et le vin, les compagnons se rendent au mont des Oliviers. Le chef se montre inquiet. Il pressent que ses troupes vont l'abandonner dès que les forces de l'ordre se pointeront. Il demande: "Restez ici et veillez." Il s'éloigne un peu. Les gars se mettent à roupiller car c'est la nuit... Finalement la balance arrive entouré d'une équipe armée d'épées et de bâtons qui se saisit du chef. Les disciples se cavalent. Et, nous dit l'évangile de Marc, "un adolescent le suivait, nu, enveloppé seulement d'un pagne"; les hommes de main se saisissent aussi de lui, mais il se dégage de l'étoffe et s'enfuit à poil dans la nuit. Des commentateurs voient dans ce jeune homme l'évangéliste Marc.

Monastère Mar Sarkis.

Le texte  الحبيب  tracé à côté de Jésus signifie "notre amour" ou "chéri". À droite du crucifié se tient Marie, sa mère, et à gauche Jean le baptiste. Mais le plus étonnant, pour nous, c'est la représentation du phallus qui se dresse sur son ventre dont la signification m'échappe...


Des écrits de l'époque, des textes sur les confréries chrétiennes des premiers siècles et des mythes de l'ancienne Mésopotamie nous permettent de percer les mystères qui entourent Jésus. Le baptême chrétien aurait été repris de la tradition chamanique. Un rituel au cours duquel l'Esprit passait d'un maître spirituel à son disciple qu'il enlaçait, tous deux nus pour qu'ils puissent devenir une seule chair et un seul esprit, avant de se séparer en deux, chacun habité par l'Esprit. La pratique est attestée, mais condamnée par l'écrivain chrétien Clément d'Alexandrie (vers 200 de notre ère). Jésus était-il en train d'opérer un transfert chamanique sur le jeune homme lorsqu'on est venu les arrêter ? Les indices sont faibles, mais méritent d'être examinés, qu'il s'agisse d'une cérémonie avec transmission de sperme ou non. Dans la bible, c'est Yohanan qui baptise Jésus par immersion dans le Jourdain. Au sortir de l'eau, le Baptiste voit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe sur le baptisé. Dans la tradition musulmane comme dans la chrétienne, les deux hommes étaient cousins.


Baptistère des Ariens (6e siècle) à Ravenne.
 
Tout au long des siècles, il y a eu des transmissions de savoirs entre les religions et les spiritualités. Les chefs religieux les ont cachées pour conserver leur clientèle captive. Mais ce qui demeure inchangé, c'est le contexte politique. Au début de l'ère dite chrétienne, le pays où vivait Jésus était occupé par les Romains qui, après la gouvernance chaotique de Néron, ont violemment écrasé les Juifs... Depuis quelques semaines, la même tuerie se développe en Europe. Ni les Israélites, ni les Ukrainiens n'avaient envahi le pays de leur conquérant. Les États les plus belliqueux continuent à s'imposer sans état d'âme. Et notre âme, nos pensées, nos actions comment agissent-elle pour changer le monde ?

 

André


Le moment de méditation qu'on s'accorde pour trouver le calme et cultiver un état créatif, les hommes des cavernes le connaissaient déjà. C'est plus personnel et intime que le sermon du dimanche...












7 commentaires:

Xersex a dit…

à lire ici, cher André, pour comprendre les racines absolument païennes de Pâques, comme toute autre fête religieuse chrétienne, superposées aux fêtes païennes originelles.

Culture & Spirituality: A Civil Place for ideas a dit…

Thanks for your informed commentary. Good insights.

Culture & Spirituality: A Civil Place for ideas a dit…

Are you able to share insights and particulars of the photograph of crucifixion st the top of this post ?

renepaulhenry a dit…

La deuxième photo nous montre un Jésus bien couillu avec un accessoire bien adapté sur sa croix. D'où vient cette photo ?

André a dit…

Merci les gars pour vos commentaires. Je constate que le sujet vous intéresse et cela m'encourage.

Xersex: oui, j'ai étudié les racines païennes de plusieurs récits rapportés dans la bible. Je mentionne brièvement ces transmissions dans le dernier paragraphe. (J'ai étudié l'histoire des religions à la Sorbonne à la fin des années 1950 et échoué à l'examen sur le christianisme où il fallait traduire un passage de l'apôtre Paul, soit du grec soit du latin puis rédiger une dissertation à la manière française, ce que je ne savais pas faire. Alors je me suis présenté à l'examen des religions païennes et l'ai réussi. J'avais inventé les cérémonies d'une tribu africaine et le prof n'y a rien vu...)

Culture &amp -- RenéPaul: je crois que la photo No 2 rapporte une épreuve où des gars se font clouer sur la croix à Pâques, je ne sais plus dans quel pays d'Asie. Celui-ci a compliqué l'épreuve en plaçant un objet qui va l'enculer douloureusement si il se laisse tomber...

Xersex a dit…

Le sujet est du plus grand intérêt, cher André, car il permet de comprendre que toutes les religions ne sont que des mythologies crues.

Anonyme a dit…

erreur : l'ère inaugurée par Jésus est celle est ds laquelle on se trouve encore est celle de la spiritualité (poissons) et non de la liberté.
sè la prochène (probablement à partir de 2023) ki sra selle de la liberté (verseau).