vendredi 30 avril 2010

Pourquoi les évêques et les curés se tiennent par les couilles


-- Ou pourquoi le Vatican cultive le secret
C'est aujourd'hui la Journée internationale de la non-violence éducative, sans fessées ni punitions. J'admire la patience des parents qui, lorsque l'enfant fait monter les enchères, arrivent à maîtriser leur impatience. C'est à eux qu'on devrait offrir des Oscars et des Légions d'honneur! Et, si des adultes consentants veulent jouer au feu de la fessée, grand bien leur fasse. Par exemple, la mère au père: "Ton fils m'a tellement énervée aujourd'hui que c'est toi qui prendras une déculottée!" Le père: "Oh oui, chic alors!!!" L'épouse: "Si tu le prends sur ce ton, je te la donnerai pas."

Les éducateurs aussi sont concernés. À l'école primaire, l'institutrice nous soulevait par les cheveux derrière les oreilles. Essayez! Au collège, l'un des profs nous faisait avancer sur les genoux jusqu'au tableau noir où nous devions lécher la poussière de craie tombée par terre. Nous avions dix-onze ans... Les sévices subis dans certaines écoles et institutions catholiques étaient et sont beaucoup plus traumatisants.

Je me suis demandé pourquoi la hiérarchie de l'Église catholique -- qui se prétend héritière d'un message de justice -- a pu, tout au long de son histoire, tolérer et cacher tant de maltraitance envers les enfants. Alors qu'un si grand nombre de ses serviteurs ont rempli leur mission avec dévouement... On a émis de multiples raisons -- réputation, célibat, et cetera. Mais a-t-on souligné que l'Église fonctionne comme les autres entreprises, clans et équipes sportives qui rassemblent principalement des mecs? C'est une coexistence intime entre solidarité, compétitivité et hostilité: on se tient par les couilles. Je sais que tu as commis ceci, alors si tu tentes un sale coup, j'ouvre les vannes. Et on se les tord mutuellement de temps en temps pour rappeler le contrat. C'est ainsi qu'un curé abuseur devient évêque, parce qu'il en sait trop sur un curé maffieux. Et les serviteurs consciencieux ferment les yeux, au nom de la charité, de la peur (de perdre leur emploi, leurs amis) et de la certitude de n'être pas entendus.

Ulysse

mercredi 28 avril 2010

Témoignage: comment l'abus sexuel détruit un gars

-- Les conséquences peuvent mener au suicide
Jusqu'au milieu de l'été dernier, Fernando était considéré comme un type dynamique, talentueux, généreux avec tout le monde. Chacun l'admirait dans le petit groupe qui s'était formé autour de lui... Puis Fernando avait disparu. On savait qu'il allait passer des vacances avec l'un de ses fils venu de loin lui rendre visite. Mais on ne l'a plus revu ensuite... Lorsqu'il est réapparu cette semaine, on ne l'a pas reconnu tout de suite. Son entrain: disparu. Son regard franc: éteint. Même son élocution rapide -- les mots roulaient sur sa langue comme les cailloux dans un ruisseau à la fonte des neiges -- s'est tassée... Aussi inconcevable que cela puisse paraître, Fernando traverse une dépression. Comme beaucoup de types dans la quarantaine, il est entré en quarantaine -- oui, cet isolement de tous les dangers où l'homme se trouve face à lui-même, à son passé et à un avenir très hypothétique.

Après des vacances heureuses avec son fils, Fernando a senti une immense solitude l'envahir. Le souvenir des drames de son enfance a refait surface. Il avait huit ans lorsque la police a enlevé clandestinement sa mère et son père (et en a profité pour vider la maison de toute nourriture). Les parents enfermés dans un centre de détention secret -- peut-être torturés, il n'en a pas parlé --, une tante s'est occupée des enfants. Elle a abusé du garçon. Et lorsqu'elle dormait, des jeunes voisins venaient en faire de même. Telle était l'Argentine à la fin des années 1970. La mère de Fernando a passé trois mois au cachot. Le père presque deux ans.
Enfant forcé à pratiquer une fellation.
L'Église continue à mégoter sur l'ampleur de la faute.
Lorsque l'adolescent s'est préparé à devenir communiant, c'est le prêtre qui a abusé de lui, et d'autres garçons. Fernando a supplié ses parents de l'en dispenser; ils lui ont répondu qu'il inventait cette histoire pour se soustraire à son devoir religieux... De voir cet homme lumineux pencher aujourd'hui entre la vie et la mort, je souscris au terme de crime crapuleux pour qualifier l'abus sexuel d'un enfant.

Ulysse

lundi 26 avril 2010

Le corps, les vêtements et l'âme

-- On croit tout connaître de la personne
à côté de qui l'on dort

Les hommes qui vivent dans les pays musulmans -- où les femmes sont voilées de la tête aux pieds lorsqu'elles se rendent dans le domaine public -- prétendent qu'ils peuvent aussi bien les "déshabiller du regard" et imaginer les contours de leurs corps que ne le font les mecs en Occident. C'est, disent-ils, une question d'habitude... Et nous, nous pensons bien connaître la personne qui dort à côté de nous. Jusqu'au jour où nous nous rendons compte que nous nous étions trompés. Et rares sont les moments qui nous permettent d'en prendre conscience, écrit le critique littéraire et auteur américain Daniel Mendelsohn.

Avec Les Disparus (J'ai lu,
Prix Médicis du roman étranger 2007), Mendelsohn cherchait à résoudre l'énigme de la disparition d'un grand-oncle et de sa famille en Europe de l'Est, en 1941. Dans L'Étreinte fugitive (Flammarion, 2009) il raconte la vie qu'il partage entre le quartier de Chelsea, où il rencontre de beaux garçons, et la banlieue new-yorkaise où il exerce la fonction de figure paternelle auprès de l'enfant d'une amie. Il joue sur deux tableaux comme ici les photographies de ces gars vêtus-dévêtus. En y ajoutant un troisième volet dans lequel il analyse les riches contradictions qu'offrent ses textes littéraires préférés et les non-dits des familles.
Photos empruntées à Over Our Head,
blogue bilingue et "paradis du nu".


Dans Les Disparus, Mendelsohn mesure "à quel point on ne sait, au fond, rien des autres, y compris de ceux qu'on aime. Être emprisonné en soi, être dans l'impossibilité de vraiment connaître les autres, c'est à la fois la beauté et la cruauté de notre vie; de la compréhension poignante de ce fait, Proust en est le maître suprême." [Citation tirée du Magazine littéraire de ce mois.]

Ulysse

samedi 24 avril 2010

La transgression est un fort stimulant sexuel


-- Fin du silence pour les soldats gay aux USA
Le règlement "Don't ask, don't tell", signé par le président Clinton, interdit aux soldats américains lesbiennes et gay de révéler leur orientation sexuelle sous peine d'être renvoyés de l'armée pour manque à l'honneur (en perdant leurs droits et bénéfices). Le président Obama s'est prononcé en faveur de son abrogation, mais son administration n'est pas pressée.
Tank opérant avec silencieux.
C'est pourquoi quelques membres courageux du contingent continuent à manifester publiquement, comme ces trois hommes qui se sont enchaînés mardi à la barrière de la Maison-Blanche. Pour les arrêter, la police a dû employer des scies à métaux. Au préalable, elle avait éloigné les journalistes. Un passant a pu photographier la scène avec son portable.

L'abrogation du règlement va changer les habitudes des soldats cachés au fond du placard de l'armée. C'est un phénomène connu: lorsque les règles régissant les moeurs se relâchent, certains bénéficiaires regrettent les stratagèmes qu'ils avaient mis en place pour les transgresser. Cela donnait du piment à leurs parties de jambes en l'air que d'aller se cacher la nuit derrière un tank Abrams pour baiser, tout en sachant -- Ô frisson supplémentaire! -- qu'ils mettaient leur carrière en danger s'ils étaient surpris. L'officier de haut rang qui a relevé ce fait, sous le couvert de l'anonymat, a tout de même ajouté que la fin de "Don't ask, don't tell" apporterait un grand soulagement au personnel militaire gay.

Ulysse

mercredi 21 avril 2010

Homme encore jeune, bien sous tous rapports

-- "Donner une image plus moderne de l'Église."
"Image" seulement?
Avec son menton en cul d'ange, la veste sur l'épaule et un regard qui se veut direct, il est certainement la coqueluche de ces dames [peut-être aussi le coq de quelques messieurs] à Langres, petite ville de Champagne coincée entre ses remparts et riche d'une cathédrale, trois églises, une chapelle. Sauf que... Le père Timothée, 41 ans, est inconnu à la sacristie de Langres. Néanmoins, avec d'autres collègues jeunes et avenants, il apparaît dans la campagne "Et pourquoi pas moi?" lancée ces jours par l'Église catholique de France pour recruter des prêtres.

Susciter des vocations. Sans ambiguïté, mon tout beau?
"Je suis un homme
comme les autres", déclare l'abbé Timothée. [Allez, on ne va pas recommencer à bouffer du curé -- quoique, lui...] Je respecte le célibat de qui que ce soit, à condition qu'il ne soit pas imposé par une autorité extérieure. Je ne me sens pas jugé par une personne qui pratique la chasteté volontaire. J'accepte cette différence comme je demande qu'on admette mon orientation amoureuse. Les deux apportent un élément productif à la société. "Un peu de levain fait lever toute la pâte" [1 Cor. 5.7], même si son sperme et le mien ne participent pas à la surpopulation de la planète. La parole de l'apôtre Paul est valable pour lui, le croyant, comme pour moi, un mécréant à la recherche d'une vie harmonieuse et si possible utile.

"Le prêtre est un créateur de lien social qui puise sa joie
dans la rencontre des gens et le partage de leurs soucis."
Cela dit, "Timothée" qui témoigne "je suis prêtre", ou le beau "Frédéric" 33 ans, cheveux au vent, qui a "entendu et répondu à l'appel du Christ" n'ont jamais posé leur cul sur les bancs d'un séminaire; ils ont répondu à l'appel d'une agence de pub et se sont présentés au casting. Cette Église manque de vocations, elle manque de jugeote et d'honnêteté. Ce n'est pas parce qu'on est beau gosse qu'on va "se faire prêtre". L'appel passerait mieux par le témoignage non trafiqué d'un abbé réel, aussi moche et sympa soit-il.

Ulysse

lundi 19 avril 2010

Une nouvelle syntaxe entre l'amour et la liberté


-- Satisfaire aussi les aspirations secrètes
Repas d'anniversaire hier soir. Conversation avec un jeune homme (dont l'amie avait régalé les invités par un concert de musique contemporaine). Où se situent les mecs aujourd'hui, dès lors que les femmes ont prouvé qu'elles peuvent prendre leur place dans le monde politique ou économique -- pas seulement en tant que dactylographes et ouvrières -- tout en conservant, ou non, une part de leurs rôles traditionnels?
Les "nouveaux pères": un biberon
à la place du sexe? Dessins de Trevor Wayne.
La génération des trentenaires a du pain sur la planche. L'emploi. La mobilité professionnelle. Les politiciens dont il faut secouer le cocotier. L'économie mondiale. Une armée sans cerveaux ni avenir. L'écologie avec ses zélateurs et ses détracteurs... Et puis la vie privée. Une grammaire renouvelée pour le couple, une nouvelle syntaxe entre l'amour et la liberté. Par exemple, comment va-t-on gérer les aspirations -- jusqu'ici secrètes et "honteuses" -- de celui qui, tout en étant amoureux des femmes est aussi attiré sexuellement par des mâles? Et les amours/alliances du mec réellement bi? Comment concilier vie familiale et exploration sexuelle sans que l'épouse se sente délaissée, outragée? Ou, inversement, lorsqu'un type pacsé décide tout à coup d'explorer le pré d'en face...

Trevor Wayne, dessinateur, agitateur artistique, acteur et modèle:
c'est l'homme au tricycle en photo dans le billet précédent.

Nous sommes à la traîne des femmes. Mais les jeunes hommes cherchent à combler l'écart et à
construire avec elles cette plateforme de l'égalité des droits et devoirs -- dans la diversité des capacités. Bravo donc aux gars qui trouvent leur place auprès des enfants sans devenir nounou No2! Bravo aux mecs qui étudient l'art d'aimer pour affiner leurs caresses! Aux hommes qui discutent entre eux de leurs soucis! Bravo aux pères qui partagent sincèrement leurs expériences avec leurs fils!... Comme le constatait mon interlocuteur hier, les mâles ne sont plus l'unique source de gain du ménage, ne sont plus l'unique chef de famille. On peut remplacer leurs services sexuels par des toys, voire la banque du sperme... Ainsi, les hommes doivent-ils se façonner une nouvelle personnalité pour devenir différemment irremplaçables. C'est banal à dire. Certains le font.
Moitié nounou, moitié mari?
Ulysse

samedi 17 avril 2010

Sommes-nous tout le temps des bêtes de sexe?

-- Elle voit de l'homoérotisme partout (4, conclusion)
Agitateur artistique et dessinateur:
Trevor Wayne. Grossesse nerveuse?

Si après avoir lu trois bouquins sur le pseudocyesis -- la grossesse nerveuse -- je fais une conférence (moi dont aucun copain n'a fait de grossesse nerveuse récemment) et vous parle de désir d'enfant, tension dans les seins, mariolâtrie, féminisme et désir de virginité plus déification -- sans vous expliquer pourquoi j'étudie ce sujet ni donner mes sources: vous comprendrez le malaise que j'ai ressenti l'autre jour lors de la conférence sur l'homoérotisme dans la photographie contemporaine. Voyez: les notes précédentes et le commentaire de Jean-Michel sur l'ouvrage de Florence Tamagne "Mauvais genre, une histoire des représentations de l'homosexualité".

Elisabeth Ohlson Wallin, Le sermon sur la montagne:
"...car le royaume des cieux est à eux".
F.T. a étudié le
développement des idées et des mouvements homosexuels contemporains avec pertinence. Il semble en revanche que sur l'inventaire du nu masculin dans la peinture et la photographie, elle ne voit qu'une seule grille d'interprétation: l'homoérotisme. 1) Pourquoi préciser homo, alors qu'on ne le fait pas lorsqu'ils s'agit d'hétéroérotisme? Bien sur, je connais la réponse; elle est révélatrice d'une homophobie latente chez les gens qui se pensent tolérants. 2) Même si nous sommes tous de munificentes bêtes de sexe, nous les gay, nous avons aussi des penchants philosophiques, spirituels et une tendance à interroger la société qui nous vient de notre position d'observateurs extérieurs en même temps que d'acteurs intégrés.
Justin Thomas Clynes, modèle, acteur,
photographe: dans une pose érotique.
Donc: la nudité (le dépouillement pour mieux réfléchir et montrer) et le groupement de plusieurs hommes sur une même image ne représentent pas forcément une histoire de bites et d'orifices. C'est peut-être un questionnement sur Dieu, la religion, la vie, la mort, l'amour, la relation sexuée ou non aux femmes et aux hommes qui nous entourent, nous tolèrent ou nous soutiennent. Réflexion aussi sur qui veulent nous détruire en nous "guérissant" pour nous faire entrer dans le rang (destruction psychique) ou nous éliminer physiquement. Car pour certains, la solution finale est érotique. Homoérotique?

Ulysse