samedi 19 mai 2012

Une bite et des burnes qui piquent : un moyen de se prémunir contre les dents de la mère ?



Le mythe du vagin denté traverse les contes du monde entier, il ravage les divans des psys, enrichit les films d'horreur et fait vibrer les stades de foot. Il exprime l'inquiétude métaphysique du joueur au moment de tirer le penalty, la panique avant le coït et l'angoisse instillée par une certaine éducation pour retenir les ados de déchirer l'hymen avant le mariage. La peur de la castration, par ces dents maternelles affamées d'amour et aussi tranchantes que celles des requins, touche-t-elle particulièrement les petits bonhommes qui grandissent en l'absence d'un père? Il faudrait le demander aux porteurs de piercings, toujours plus nombreux -- et innovants quant aux zones à piquer et aux bijoux portés.














jeudi 17 mai 2012

Comment je suis devenu un homosexuel enregistré



Vieux couillon penché sur son passé -- 3
Les vacances dans un lieu où l'on pouvait laisser tomber le masque 24h sur 24 étaient des expériences rares et précieuses, il y a un demi-siècle. Après le récit commencé je reviens à ma trentième année, celle où je devais prendre une décision finale. Ce sont des courants tour à tour conscients ou non qui dirigent nos vies et il s'est trouvé que j'avais choisi de passer dix jours à Amsterdam en mai 1966.

À l'époque, l'information sur les lieux accueillants circulait de façon souterraine. On vivait d'ouï-dire. En me promenant dans la ville, je suis tombé en arrêt devant une vitrine exposant des photos de culturistes quasi nus. J'ai acheté un magazine et me suis renseigné. Puis me suis rendu dans un sauna où l'employé m'a refusé l'entrée. Sans carte d'identité, je ne pouvais prouver que j'avais 20 ans résolus...

Il m'a indiqué la voie à suivre. Une boîte à danser où je me suis présenté muni du passeport. Tout a été dûment noté sur le fichier et sur ma carte de membre: j'étais désormais un homosexuel enregistré à l'échelle internationale. La grande surprise fut de contempler ces hommes qui dansaient en couples, fox-trot, cha-cha, valse etc. Il manquait des jupes virevoltantes. Détail que j'ai vite oublié en me lançant sur la piste avec un inconnu.

J'ai déménagé dans un hôtel gay qui m'a procuré l'argument imparable pour draguer chaque nuit en dansant: "J'ai un lit français; et le petit-déj pour deux est compris dans le prix, servi en chambre. Ce serait dommage de gaspiller la nourriture..." Pour les gars qui avaient connu la disette d'après-guerre, cette entrée en matière était aussi irrésistible que mon charme. La plupart du temps, les choses sérieuses se passaient au réveil et le café refroidissait. Car si je tombais sur un touriste/pèlerin, il avait comme moi passé la veille dans les musées, puis au sauna...

Résultat des courses: je suis retourné tous les quatre ou cinq mois à Amsterdam. Et entré en rapport avec des gars beaux ou moins beaux, passionnants à connaître et d'autant plus prêts à se déboutonner que nous vivions une brève rencontre... J'ai ainsi passé 72 heures de corps-accord avec un comédien de vaudeville belge. Notre rencontre a eu lieu à l'aveugle dans un sauna, un dimanche d'août ensoleillé. L'établissement était plein à en exploser, des chaussures jusqu'à l'entrée comme dans une mosquée. Lorsqu'un type sortait de la cabine surchauffée, un seul pouvait y entrer tellement elle était bondée. Un four à croques-monsieur qui fondaient les uns sur les autres... J'ai circulé à vélo dans de petits villages avec un producteur de radio néerlandais... En se réveillant dans ma chambre, un danseur de la troupe du Koninklijk Theater Carré (music-hall) s'est précipité vers le miroir pour scruter son visage. Nous avions 30 ans et l'idée ne m'était jamais venue d'inspecter "des ans l'irréparable outrage"... Un acheteur de mode pour Neiman Marcus à Dallas (le top du luxe) qui dansait divinement et virilement la valse, habillé en marin, m'a proposé au petit matin de le suivre au Texas...

Un ancien agent de la CIA au Liban, cadre dans une grande agence de pub américaine, m'avait d'abord accompagné à mon hôtel miteux, mais les trous au mur le rendaient schizo, il se sentait espionné. Nous avons gagné sa chambre au Hilton avant l'aurore. Il m'a fait rencontrer son patron et le réd en chef de Vogue à New York car, entre temps, j'avais traversé la Chine en train et ramené un reportage photographique sur la Révolution culturelle. Un tel voyage était tabou aux USA...

J'ai aussi donné la réplique, au lit, en lisant le dialogue d'une comédie musicale que mon partenaire du moment écrivait. Les chansons étaient déjà enregistrées et il les passait sur son magnéto... En mai 68, je me baladais avec un Parisien qui s'était réfugié à Amsterdam, ne supportant plus les manifs dans son quartier. Il voit un copain, rédacteur de mode, en plein procès-verbal dans sa voiture avec un flic néerlandais -- le flic sur le siège avant, le Français à l'arrière essayant de s'expliquer en anglais. Se tournant vers nous, il lâche, très grande dame: "Il est tellement mignon ce flic que s'il se retourne, je l'embrasse!" Le policier se tourne et sourit: "Merci Monsieur!" Tel était le paradis amstellodamois.

André -- Photos de Jim Ferringer dans sa série Rêves et autres mystères.

mardi 15 mai 2012

Encore 15 jours de masturbation consciente et caritative


Une terrible nouvelle est tombée hier soir. Minée par les incertitudes qui agitent l'Europe et par la situation inextricable de la Grèce, la Bourse suisse a plongé. Le Swiss Market Index des 20 valeurs vedettes a dévissé de 1,33%. J'ai réagi et battu ma coulpe.
Mai est le Mois de la Masturbation consciente -- on se paluche en concentrant ses pensées sur le bien de l'humanité -- et j'avais vidé mes burettes sans penser à la bourse de Mère Helvétie... honte à moi!

Le Mois de la Masturbation a pris naissance aux États-Unis en réponse à la démission forcée de la ministre de la Santé en 1994. Première Noire à tenir ce poste, cette doctoresse avait prononcé un discours devant l'assemblée des Nations Unies à l'occasion de la Journée mondiale du Sida. Une personne dans l'auditoire lui avait demandé si l'usage de la masturbation pouvait retarder l'âge des premiers rapports sexuels. Elle avait répondu que l'on pourrait "peut-être l'enseigner". Ce qui avait mis fin à sa carrière. Pour protester contre cette mise à pied, la compagnie Good Vibrations (sex toys and education) lança le Mois de la Masturbation durant lequel les gens sont appelés à se masturber 1) en se concentrant sur des pensées altruistes 2) en participant à des manifestations publiques, comme le Masturbathon, qui permettent de récolter de l'argent pour des organisations de lutte contre le sida ou en faveur de l'éducation sexuelle des ados qui fait défaut dans plusieurs États américains.












dimanche 13 mai 2012

Ce qui compte -- y compris la sainte libido -- en prenant de l'âge


Vieux couillon penché sur son passé -- 2
J'ai évoqué quelques aspects de la première moitié de ma vie mardi dernier. La deuxième partie, torride, paraîtra prochainement sur cet écran. Aujourd'hui, je répertorie quelques opinions auxquelles je suis arrivé avec le temps.

     D'être gay ne te dispense pas de te montrer galant avec les femmes, de leur adresser des compliments. Cela leur fait plaisir, d'autant plus qu'ils sont désintéressés. Et tu n'as pas à en subir les conséquences durant toute une vie!
     Pour conserver l'amour et l'estime d'un homme, tu dois lui foutre la paix lorsqu'il exprime le besoin d'être seul ou d'échapper à son quotidien, quoi que cela puisse signifier. Il faut absolument éviter toute démarche (apparente) pour le garder, mais faire le nécessaire.

     Cela ne sert à rien d'argumenter avec un fanatique religieux, un extrémiste de droite ou de gauche, ou un mec dont le plan de vie est de devenir plus riche que les autres. Ces handicapés sont comme les rhinocéros, ils ne disposent que d'une courte vue (myopie), réduite encore par leur corne. Ils ignorent la notion de subtilité (que nous gays exerçons par instinct de conservation) et foncent droit devant eux. J'ai observé des rhinos d'aussi près que possible. En Tanzanie nous circulions en jeep; dans le Terrail (jungle népalaise) nous les cernions à dos d'éléphant (on en a recensé 543 l'an dernier). Il faut éviter de se trouver dans leur vent car ils réagissent à l'odorat (comme les fanatiques, il ne peuvent pas nous puer). Les rhinos font ce qu'ils sont programmés à faire. On apprend à ne pas se trouver sur leur chemin, à moins que ce soit pour les enfermer dans un zoo.

     Encourager chaque jour au moins un jeune garçon, un ado ou un adulte fait partie des privilèges d'un père ou d'un mec qui a dépassé la quarantaine.
      Lorsqu'une femme ou un homme religieux parvient à vivre sa foi sans me juger pour mon orientation ni mes choix spirituels, alors je suis son ami à la vie. Autant dire que je ne m'engage pas beaucoup.
     Si vous collationnez toutes les informations qui ont été produites depuis que l'être humain est un roseau pensant jusqu'au jour où Nico Sarkophage a été élu président, cela représente x. Si vous additionnez toutes les informations qui ont été produites depuis (Nico Tropkon n'y est pour rien), cela se compte en 15x. Notre civilisation sera bientôt ensevelie sous ces données. Notre privilège, à nous les vieux, c'est de pouvoir choisir ce qui va enrichir nos connaissances, stimuler notre curiosité et continuer à développer notre cerveau. Notre responsabilité, c'est de rappeler aux jeunes l'existence des valeurs d'avant le XXIe siècle -- littératures, mythologies, religions, sagesses, cultures de l'esprit et de la terre, médecines traditionnelles, et surtout le bon sens... Afin de les présenter en parallèle avec les sciences nouvelles (qui, parfois, démontrent le bien-fondé des anciennes éruditions).
     La libido ne déserte jamais un vieux mâle en bonne santé physique et mentale. S'il est redevenu célibataire, il n'est pourtant pas solitaire. Sa main et lui savent renouer une histoire d'amour qui a commencé très jeune. Un ami fidèle, même s'il a cessé d'être excitant, peut l'accompagner dans les moments d'extase. Ensemble, ils les font d'autant plus durer qu'ils sont abonnés à la patience, à l'endurance. Ils se côtoient devant un écran -- vidéo ou images fixes -- comme au bon vieux temps où ils feuilletaient ensemble une bande dessinée. Et leurs énergies s'éperonnent mutuellement.

     Je ne puis pas vraiment expliquer pourquoi la nudité produit en moi tant d'idées stimulantes. Peut-être que mon corps et mon esprit ont besoin de soleil et d'eau fraîche pour booster la créativité. Peut-être est-ce le fait de me sentir libre de partout. On peut aussi en ressentir les effets sous la douche, à condition de s'y trouver en mode méditatif, et pas seulement hygiéniste.

André

samedi 12 mai 2012

Papa, je peux prendre la voiture ? -- Oui, mais avec trois capotes !



-- Jeune homme, regarde un peu l'allure que tu as... Tu penses qu'une fille va accepter de sortir avec toi et t'offrir son précieux petit minou à baiser?  Elles aiment qu'on les invite d'abord au restau, puis au cinoche. Va t'habiller correctement.
-- Mais papa, c'est pas avec une fille!!!
-- Ah bon, tu me rassures. Mais j'insiste pour les capotes. Y a pas de pilule contre le sida. Prends-en six!
-- Paps, tu surestimes mes capacités!
-- Il pourrait se produire un renversement de situation...
-- Dis-donc, tu es bien renseigné! Est-ce que par hasard tu...
-- Un collègue dont le frère est... euh gay m'a un peu expliqué comment ça se passe.
-- Parce que ça t'intéresse personnellement?
-- Exact. Personnellement. J'ai un fils dont je devine plus ou moins... disons le profil sentimental. Donc cela me tient à coeur. J'aimerais que tu sois heureux, peu importe que ce soit avec une fille ou un garçon. Que tu sois heureux et restes en pleine santé. Alors n'oublie pas d'enfiler les capotes à temps. Rentre avant minuit comme convenu et nettoie le bordel que vous aurez fait dans la voiture avant de te coucher. Je ne veux pas que ta mère le trouve demain matin...





-- Qu'est-ce que tu fous?
-- Je mets toujours une capote avant de prendre le volant.
-- Mais elle ne tiendra pas, tu vas perdre ton érection en conduisant.
-- Des clous! Je suis tellement excité à l'idée d'aller me faire baiser que je ne débanderais pas, même pendant des heures.
-- Mais, justement, tu n'enfiles jamais, alors pourquoi la capote?
-- Elle me protège des mauvaises pensées.
-- Kesako?
-- J'ai pas fini mes devoirs pour demain et ça, ça pourrait me la faire tomber.





jeudi 10 mai 2012

Comment John Travolta est devenu "gay" -- recette gourmande !



En se levant le matin, certaines personnes se demandent: To be or not to be -- être ou ne pas être gay aujourd'hui? Ce doit être le cas de John Travolta, marié et père de famille. Qu'est-ce que cela peut nous foutre qu'il soit homo, bi ou hét s'il nous distrait dans ses films... Cependant l'orientation présumée de l'acteur fait vivre un tas de gens. Des gays  se sentent mieux dès qu'une célébrité rejoint leur camp. La presse à scandale l'adooore et si l'acteur sortait du placard, le filon serait tari! Ensuite la puissante "Église" de Scientologie (dont Trav est un membre éminent) le cite en exemple de réussite du "traitement" qu'elle applique aux malheureux qui veulent "guérir". Les Scientos tiennent probablement Trav (qu'ils ont marié à une sciento) par les couilles: s'il laisse tomber le masque, leur vengeance sera terrible car ils connaissent ses secrets. Enfin, les petits gars qui tentent de le faire chanter espèrent aussi se faire du blé, tout comme Me Singer, son avocat, chargé de démentir les rumeurs.

L'acteur constitue une mine d'or pour la presse à scandale.
Rien que cette semaine, deux masseurs ont déposé plainte via un même avocat, Me Okorie Okorocha [le nom en dit long], un rigolo qui les présente sous le vocable de masseuses -- en  anglais dans le texte. À la clé, un dédommagement de 2 millions de dollars chacun pour harcèlement et tentative de voie sexuelle qui ont entraîné une terrible détresse émotionnelle. L'un des massages se serait déroulé à Atlanta le 28 janvier. Trav aurait écarté ses fesses, exposant son rectum "rouge et gercé", selon l'avocat, pour qu'on s'occupe de sa rondelle; puis il se serait "tourné sur l'estomac" [sic] afin que le thérapeute saisisse ses couilles pendant qu'il se paluchait. Fuite du masseur traumatisé.

Mais l'épisode le plus hallucinant aurait eu lieu le 16 janvier à Beverly Hills et j'ai lu en entier l'acte d'accusation (daté des 2 et 3 mai) présenté par Me Okorocha. Le masseur John Doe [nom fictif] reçoit un coup de fil: une célébrité a besoin de ses services et vient le chercher. C'est Trav en Lexus qui l'amène à son hôtel. Dans la suite, un cuisinier noir est en train de préparer des hamburgers. Trav se fout à poil en semi-érec devant le cuisinier tandis que Doe installe sa table de massage. L'acteur s'étend, Doe recouvre ses fesses d'une serviette que Trav fait tomber. La manoeuvre se répète plus de 10 fois durant la première heure, alors que la loi exige cette mesure de pudeur. Trav caresse la jambe de Doe qui imagine que c'est accidentel. Ensuite Trav lui saisit "le scrotum", "douloureusement" précise l'acte. Doe explique qu'il n'est pas un prostitué. Puis c'est sa bite. [L'acte d'accusation ne précise pas si le masseur aussi était nu!] La montre de Trav sonne, le cuisinier couvre les plats et se retire.

Un masseur refuse de devenir célèbre.
Dès lors Trav propose de renverser les rôles, il veut masser Doe et ajoute: "Allez mec, je te branlerai!!!". Le masseur menace de partir. Trav promet d'arrêter son petit jeu et demande un massage des épaules, en ajoutant: "Dis-moi quelque-chose de gentil" pendant qu'il se paluche. L'acte précise que le pénis de l'accusé mesure 8 pouces [20 cm], que ses poils pubiens sont filasses et négligés. Puis Trav se lève, "son pénis bandé rebondissant" et engueule Doe en le traitant d'égoïste et de loser. Il lui explique qu'il "est arrivé là où il se trouve grâce aux faveurs sexuelles qu'il a prodiguées au début de sa carrière. Que Hollywood est dirigé par des juifs homosexuels qui comptent sur les faveurs pour distribuer des activités sexuelles [sic, j'imagine qu'il s'agit d'activités professionnelles]. L'accusé a précisé qu'il avait fait des choses dans le passé qui ferait vomir la plupart des gens." Puis Trav explique au masseur que "lorsqu'il a commencé, il n'était pas même gay et que le goût du sperme l'a finalement rendu gay. L'accusé a aussi dit qu'il avait été suffisamment intelligent pour apprendre à aimer ces choses. Quand il a commencé à ramasser des millions de dollars, il s'est dit que tout cela valait bien la peine."

La leçon de célébrité se poursuit: "Dans ce monde, la classe fortunée préfère toujours les relations homosexuelles; le sexe avec des hommes beaux et sportifs est réellement plus intense; et si Doe voulait bien être plus large d'esprit, il connaîtrait les plus belles baises de sa vie." Trav promet une partouze à trois avec une starlette si le masseur veut bien d'abord baiser avec lui pour qu'ils puissent être synchronisés en face de la belle. Doe refuse net et menace d'appeler la police. Trav se rhabille: "Le pénis de l'accusé était encore en demi-érection et il a eu de la peine à le remettre dans son slips et ses jeans qu'il relevaient ensemble."

Cette histoire pourrait inspirer un épisode de série TV à condition que le cadavre du masseur ou de son client soit retrouvé dans une décharge. Sinon, cela ferait un porno très causant... Selon son avocat, l'acteur n'était pas à Los Angeles à la date mentionnée par l'accusation.

André

mardi 8 mai 2012

"Quel chef-d'oeuvre que l'homme... l'animal idéal !" (Hamlet)


Vieux couillon penché sur son passé -- 1
Je suis né un 8 mai à l'aube, il y a 76 ans. Et si vous me demandez quelles sont les étapes ou les épreuves décisives dans la vie d'un homme qui vient de dépasser trois quarts de siècle, je vous répondrai d'abord par celles que je n'ai pas traversées.

Durant la guerre (1939-45) j'étais à l'abri des bombes et de la faim. Quel privilège en Europe! Je n'ai pas connu la grande trouille des petits Turcs entre quatre et huit ans avant le jour de leur circoncision. Je n'ai pas été abusé sexuellement par les invités qui me faisaient du pied sous la table familiale (je me serais défendu). Ni été violé à l'internat où j'étudiais dans un village allemand à l'âge de 15 ans. (Imaginez les batailles d'oreillers: toute la classe partageait un même dortoir, extinction des feux à 21 h! Imaginez la douche chaude collective le samedi à 15h; les autres jours toilette à l'eau froide. Je m'arrangeais pour fixer ma leçon de piano à 15h et partager la douche des grands, tellement plus développés...)

Je n'ai pas eu à choisir ma profession, elle m'a choisi. J'étudiais à Paris. Mon père a souhaité que je travaille durant les vacances d'été. J'ai décroché un stage dans un quotidien: j'imaginais distribuer des dépêches d'un bureau à l'autre. Que nenni: je suis devenu journaliste... Je ne suis pas parti à la guerre en me demandant comment j'en reviendrais... Je n'ai jamais connu l'angoisse du père qui se demande s'il trouvera de quoi nourrir ses enfants le lendemain...

Avant l'âge de sept ans, j'étais au clair sur ma préférence sentimentale, sans connaître les mots pour le dire. À vingt ans, je me suis donné jusqu'à trente pour envisager un changement, s'il se présentait. Le peu qu'on pouvait lire sur le sujet était hautement suspicieux. Cela ne m'empêchait pas de vivre ma vie. De tomber amoureux d'un chirurgien séduisant (père de famille et déjà marié deux fois, ce que j'ignorais). D'être l'amant d'un directeur littéraire parisien, frère d'un ministre, très élégant, précieux, trop bon-chic-bon-genre pour le vacher suisse que je suis... La famille (indifférente) ne se posait pas de question quant à mon célibat; je travaillais dans un milieu qui se targue d'être tolérant; et je voyageais à travers le monde. En Afrique noire; en train jusqu'en Chine; en bus à travers les États-Unis; traversant l'Asie d'Est en Ouest; l'Amérique du Sud... Je me suis sédentarisé à cause de Noël, jeune ingénieur chimiste qui travaillait à son doctorat. Un soir en faisant les marchés de New Delhi pour acheter des timbres dignes de sa collection, j'ai compris que j'étais amoureux fou de lui. Quelques voyages plus tard, dont un qui faillit se terminer dans un avion en plein vol, il m'a semblé que j'avais atteint la limite des kilomètres sans accident. Il était temps de me consacrer à notre vie commune. Et j'ai trouvé un emploi fixe.

J'étais au mitan de la vie, pourtant encore loin de la maturité. J'avais beaucoup bougé, beaucoup vu. Mais l'amour et la mort ne m'avaient pas encore appris leurs belles et les graves leçons. Je vivais ma première passion. "What a piece of work is a man," écrit Shakespeare dans Hamlet, acte 2, scène 2. "Quel chef-d'oeuvre que l'homme! Qu'il est noble dans sa raison, qu'il est infini dans ses facultés! Dans sa force et ses mouvements comme il est expressif et admirable! Par l'action, semblable à un ange, par la pensée semblable à un dieu! C'est la beauté du monde, l'animal idéal..." Puis Hamlet se contredit, comme pour embrouiller les espions du roi. Moi, je ne renierai jamais ma fascination!

André