vendredi 12 juillet 2019

Les jeans, comme la vie, s'usent, nous grattent et évoluent en bien




L'histoire des blue-jeans commence vers la moitié du XIXe siècle lorsque l'entreprise Levy Strauss invente un bleu de travail qui va remplacer les salopettes des mineurs américains lancés dans la ruée vers l'or. À l'origine, le pantalon est taillé dans une toile en provenance de Gênes, teinte en bleu indigo. Les bûcherons l'adoptent aussi. Peu à peu, le fabricant ajoute des rivets en cuivre pour donner une note originale au produit, puis dispose des poches telles qu'on les connaît encore aujourd'hui; et il invente ces boutons timbrés pour la braguette qu'on ne trouve sur aucun autre pantalon. Coup de génie: ils apportent une épaisseur qui met en valeur le paquet.




Adopté par la population américaine, le blue-jean mettra du temps à conquérir le reste du monde. C'est la jeunesse qui s'en emparera d'abord jusqu'à ce que le jean finisse par faire son entrée dans le code vestimentaire et soit même repris par les couturiers qui ne font rien d'autre que de le vendre baucoup plus cher. La dernière révolution dans l'histoire du blue-jean en coton est récente; c'est l'adjonction d'un tout petit peu de fibre synthétique, de l'élastane, qui lui donne un touché plus doux et un peu plus d'élasticité, dès l'achat.





Les femmes ont vite apprécié cet avantage. Pour que les hommes s'y mettent sans imaginer leur virilité déshonorée par cette féminisation intérieure d'un vêtement qui est longtemps resté l'apanage du mâle, il a fallu que les fabricants trouvent la bonne formule publicitaire pour briser la résistance. Pourtant, ceux qui l'avaient essayé avaient été conquis: la nouvelle souplesse du tissu permettait de s'asseoir sans avoir à l'étirer sur le genou ni, le cas échéant, à porter la main au paquet pour le desserrer. Puis ceux qui, l'été venu, adoptent le free balling, c'est-à-dire cul nu, sans slip ni caleçon dans le pantalon, ont apprécié que leurs couilles s'étalent sur un plancher moins rugueux.




Un jean avec plus d'élasticité représentait un affront à l'idée que se fait de lui un "vrai gars". Pour sauver l'honneur des mecs, les vendeurs ont mis l'accent sur les avantages que ce pantalon offre aux athlètes en mouvement. Si l'on regarde des portraits des rois de France ou d'Angleterre, avec leurs perruques, des rubans, du frou-frou, et ces braguettes proéminentes, on comprend que la féminité et la masculinité ont pris des formes et des vêtements fort différents suivant les époques. Au siècle dernier, les femmes qui empruntaient le pantalon aux hommes mettaient en danger leur réputation. Tout évolue; au XXIe siècle, il se trouve que des mecs craignent d'adopter des pantalons qu'ils trouvent trop féminins dans leur confort... Sic transit gloria mundi.

André




























dimanche 7 juillet 2019

Tom Bianchi, le photographe nu qui tripatouillait ses modèles






Tom Bianchi, 74 ans, était un spécialiste en droit des sociétés qui a décidé de changer de vie à l'âge de 34 ans. Il s'est tourné vers la photographie du nu masculin. Je me souviens des premiers bouquins qu'il a publiés et qui m'ont enchanté. D'abord une collection de polaroïds à l'époque où les gays de la région new-yorkaise passaient l'été sur l'île de Fire Island. Puis, en noir et blanc, les photos des plus beaux gars qu'il rencontrait. Ces mecs n'étaient pas trop musclés, pas trop exhib, donc ils me ravissaient. Nous n'étions pas submergés d'ouvrages de nus juteux et l'internet n'était pas encore inventé. Puis est venu un petit format, Men I've Loved (Les hommes que j'ai aimés), texte et photos où il racontait ses amours et ses déceptions avec finesse. C'était précieux, car ce type de témoignage était encore rare et nous avions besoin d'encouragement pour survivre hors du placard ou prendre le courage d'en entre-ouvrir la porte.




Ensuite, Bianchi a publié deux volumes en couleur intitulés On the Couch, chez l'éditeur spécialisé Bruno Gmünder de Berlin. Encore beaucoup de fraîcheur et de spontanéité de la part des mecs qui acceptaient de poser, solo ou en couple, ou qui venaient se présenter spontanément pour l'aventure. Tom Bianchi a aussi édité un blogue qui a remporté un succès mondial -- consultation d'une partie gratuite, l'autre plus "baise" sur abonnement. Et c'est là que sa production est devenue industrielle. Tom lui-même s'est mis à la musculation et son objectif n'a plus rien capté d'autre que des corps très développés, visuellement impeccables, sans reflet de la personnalité qui les habitait. Ce que l'un de ses critiques gays a qualifié de "d'ancien fascisme du muscle". Bianchi a publié plus de vingt albums, certains accompagnés d'essais ou de poèmes.



Devenu très tôt séro-positif, Tom Bianchi s'est engagé dans plusieurs projets de lutte contre le sida. Cofondateur d'une entreprise spécialisée en biotechnologie, il a organisé une collecte de fonds en faveur de la recherche concernant cette nouvelle maladie. En février cette année, son compte Instagram a été soudainement fermé par la plateforme de réseaux sociaux. Bianchi a fait immédiatement appel et la censure a été levée. La communauté LGBTQI a perçu cette mesure comme une intervention hostile aux droits des gays et l'a fait savoir urbi et orbi.















Tom Bianchi ici chez lui à Palm Springs (Californie). Dès qu'il rentre à la maison, dit-il, il se met à poil. Son compagnon aussi. Vieux mâle épris de chair virile, il nous donne ce conseil: "Find your inner woman or you're not really a man", trouve ta femme intérieure, sinon tu n'es pas un vrai mec...

André








Photo tirée de On the Couch.