lundi 10 janvier 2022

L'égocentrisme va-t-il foutre en l'air 2022 comme 2021 ?


Pas encore sorti du placard...


... ou militant par tous les temps.

Le président Emmanuel Macron, a déclaré la semaine dernière: "Les non-vaccinés, j'ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu'au bout." En hébreu, Immanu'el signifie Dieu avec nous. Imaginez ce qu'un humoriste, inspiré par cette déclaration cracra, pourrait dessiner: Dieu le Père avec le visage de l'Emmanuel français, assis sur la cuvette des WC, pantalon sur les godasses, flottant au-dessus de l'hexagone et tirant la chasse pour asperger la France insoumise de lisier... Je comprends le cri du coeur (et du cul) du président. Néanmoins mon intuition me dit 1) qu'il a peut-être (in)consciemment saboté la suite de sa carrière politique, mais surtout 2) qu'il a dérapé et stimulé le clan antivax dans le sens contraire.




Le mec Immanu'el "Dieu avec nous" n'a pas rempli la mission à laquelle le choix de son prénom le prédestinait. Il n'a probablement pas conscience qu'il est enfermé dans une forme d'identification monolithique à son rôle politique. Dans sa déclaration puante, il a utilisé son énergie de guerrier de salon, de gamin tyrannique, en pensant incarner l'autorité. Et il a divisé encore plus, au lieu d'essayer de comprendre, de communiquer, d'inciter, d'encourager et de faire venir le meilleur de ces personnes à la surface, à la réalité de la situation actuelle...

[Pour en savoir plus sur le moyen de voir ce qui se joue à l'intérieur de vous, voyez "Élargir sa vie" l'interview de Franck  Lopvet sur Franck Lopvet : Élargir sa vie ! - YouTube ]



Passons à un sujet plus gay. Peu importe que l'on soit un gars courageux, casse-cou ou casse-couille, renfermé, solitaire, timide, engagé ou engageant, pas encore sorti du placard ou militant par tous les temps, en couple ou en électron libre. Il faudra un courage conquérant pour cingler à travers 2022.


S'exposer sans broncher...


...sinon vivre caché.

Le courage, pour un pédé de ma génération, c'était de vivre apparemment "comme-si", alors que nous étions "comme-ça". De survivre sans broncher sous les insinuations, de sourire aux commentaires haineux ou moqueurs... Il fallait apprendre à encaisser. Puis mai '68 a fait péter les conventions. C'était il y a un demi-siècle...


Bien réfléchir avant de se lancer dans la lutte...


...alors laisser tomber les protections.

Aux États-Unis, les étudiants protestaient contre la guerre du Vietnam et la police réprimait. En Chine, Mao Zedong lâchait ses jeunes Gardes rouges contre les bourgeois de l'ancien régime. À Pékin en 1966, j'ai vu ces jeunes gars jeter les petits trésors d'une grand-mère par le fenêtre du premier étage, une chaise ancienne, les portraits de sa famille et des  bibelots précieux à ses yeux. Alors que des adolescentes, elles aussi en uniforme des Gardes rouges, accusaient et giflaient la vieille dame selon la tradition du tribunal de rue. À San Francisco, l'année suivante, j'ai assisté aux premiers concerts hippies...

 













En même temps naissait le mouvement de libération homosexuelle mené par des Américains de tous âges, courageux et plein de feu. Ils nous ont inspirés en Europe de l'Ouest. Et nous avons suivi leur exemple, d'abord avec timidité. Ensuite, encouragés par les succès (encore modestes) puis énervés par les fossés que la société creusait entre elle et nous, jugeant que nous étions des malades mentaux...







Notre monde a changé. Et c'est maintenant au tour de la jeune génération de se lever, d'exercer ses muscles au gymnase du courage politique afin de faire bouger la masse qui geint et ne fout rien. À bas les fake newsers. À bas les égoïstes que la vue des noyés en Méditerranée n'émeut guère et qui prétendent "sauver la civilisation chrétienne" en rejetant les victimes des guerres déchaînées par des Américains tellement bondieusards et "démocrates"...






Eh les jeunes! maniez vos fesses, jetez les encensoirs à la gueule des populaces populistes, cathos et christianistes, à la gueule de ces foutus brexistes. Et, putain de merde, sortez vos nez du portable! C'est à votre tour d'injecter du sang nouveau dans une année que vous devez bouleverser. Peu importe les tâtonnements. Et si vraiment vous avez besoin d'aide, demandez-la aux vieux loups qui ont pris beaucoup de coups après mai '68 et pourtant ne regrettent rien, rien de rien ! Nous ne sommes pas aussi gâteux que vous ne l'imaginez.

André







lundi 3 janvier 2022

Pandémie ou pas -- soyons absolument convaincus de notre valeur












































À Lausanne (Switzerland), au-dessous du pont Bessières, un vide de 23 mètres. Alors que mon bureau se trouvait dans les environs, je le traversais ce pont quotidiennement. Une fois, j'ai vu un homme totalement bouleversé, s'écrier en larmes: "Je suis arrivé trop tard, je n'ai pas pu la rattraper..." Il avait vu une jeune femme escalader la balustrade (130 cm) et se jeter dans le vide. On l'appelle "le pont des suicides". Chaque année, plusieurs personnes y viennent pour mettre fin à une vie devenue insupportable. Des panonceaux les adjurent d'appeler un numéro d'urgence avant de mettre leur acte à exécution. On voit aussi, au milieu du pont une croix avec un prénom, un bouquet fané ou un message déposés in memoriam. Les vivants s'adressent aux morts et les morts aux vivants...


La cathédrale et, entre les jambes du pont, le métro.


Une équipe de bénévoles veille jour et nuit.

Depuis 1980, une équipe a mis en place un système de veille, jour et nuit, qui fonctionne durant la période dite des Fêtes. Une cabane, un feu de bois, deux bénévoles qui se relaient, des passants sympathisants qui déposent vivres et cadeaux. Des personnes que les circonstances contraignent à vivre en périphérie s'approchent pour se réchauffer. Et partager leur désespoir, ou seulement pour le laisser percevoir. Par pudeur ou parce qu'elles et ils ne peuvent plus supporter le il-n'y-a-qu'à d'usage. Les bénévoles qui ont institué le "Feu Solidarité Bessières" l'ont fait parce qu'ils avaient connu eux aussi la tentation du saut final. Et ils ne tiennent pas de langage moralisant, il respectent l'intimité. Roland, un ancien, a déclaré à un journaliste: "On ne sauve pas les gens, ils se sauvent eux-mêmes. Nous, sur le pont, nous ne faisons que leur laisser l'occasion de se sauver."





La semaine dernière,  je me suis arrêté pour saluer la concierge d'un bâtiment non loin du pont. Il y a une proximité entre elle et moi, un feeling, une façon de ressentir les choses qui conduit nos conversations lorsque cette Portugaise prend une pause. Nous avons commencé par l'évaluation de la pandémie, puis comment nous passerions le réveillon. Elle est une très jeune grand-mère; elle m'a demandé si j'ai des petits-enfants. Je l'ai informée de mon état. Elle m'a rapporté la mort d'un adolescent qu'elle estimait beaucoup. Elle faisait des heures de ménage chez ses parents, des gens "aisés et très polis". Lorsque ce fils unique a annoncé à sa mère et à son père qu'il se sentait gay, ils l'ont chassé de la maison. Il s'est suicidé.



L'oeil du lynx.



La crise sanitaire actuelle met à l'épreuve la santé mentale des jeunes et de nombreux moins jeunes. Elle amplifie les problèmes qui étaient déjà présents et en crée de nouveaux; comme les violences familiales, la dépression, le risque suicidaire. Se retrouver -- par exemple durant les fêtes -- dans un milieu familial hostile ou clairement homophobe est forcément très inconfortable. Cela peut réveiller des détresses passées ou de la colère. La solution est peut-être d'appliquer ce que l'on se doit d'apprendre et de se répéter: "Je suis un être humain aussi digne de respect et de tendresse que n'importe qui d'autre. Si cette vérité échappe à mon entourage, c'est que ces gens ont un problème, pas moi. Au lieu d'en avoir peur, au lieu de les détester, je les plains. Et je les fréquente le moins possible jusqu'à ce qu'ils apprennent à me considérer à ma juste valeur."

André

"Je suis qui je suis" de la comédie musicale américaine "La Cage aux folles" différente et plus positive que la pièce de théâtre française originale.




I am what I am
I am my own special creation [...]
It's my world that I want to have a little pride in
My world, and it's not a place I have to hide in
Life's not worth a damn till you can say
"I am what I am"