mercredi 2 mars 2011

Le printemps égyptien d'un jeune blogueur gay

Des larmes de joie, place Tahir.
Il a 22 ans, il est interne en médecine, il écrit bien et il blogue lorsqu'il en a le temps... Comme des millions d'autres gars à travers le monde. Sauf que lui est gay et ne le cache pas dans son blogue intitulé Thoughts and Confessions of a Testosterone Addict (Réflexions et confessions d'un accro à la testostérone). Sauf qu'il habite Le Caire, est Égyptien et Marocain, vit intensément les événements actuels et qu'il s'est joint aux manifestants de la place Tahrir parce qu'il en avait "assez de Moubarak et de son régime". Il s'y est décidé après avoir vérifié que les manifs n'étaient pas manipulées par un parti ou un mouvement religieux et que la protestation venait des Égyptiens eux-mêmes "qui avaient été opprimés durant des décades". Il a été interviewé par des sites militants aux États-Unis, notamment Gay City News, en Allemagne et au Liban.

Le 11 février, il était sur la place Tahir après les prières du vendredi et tout était calme. Puis, avec ses amis, il se rendait à dix minutes de là "pour manger un morceau" lorsqu'une immense rumeur a jailli et que les automobilistes se sont mis à klaxonner. "Nous n'arrivions pas à le croire, parce qu'il y avait déjà eu de fausses rumeurs, alors nous avons appelé nos familles qui nous ont confirmé la chose." Moubarack avait réellement démissionné. Il est retourné sur la place où les gens se congratulaient, s'embrassaient, chantaient, pleuraient de joie. "J'en avais la chair de poule! J'ai appelé mon ami pour partager ce moment avec lui aussi."

Des manifestants se reposent au pied d'un char d'assaut.
Nous avons lu, entendu ou vu à la télé des témoignages de cet ordre. Je m'intéresse surtout à ce qu'a éprouvé l'auteur jusqu'à cette date historique: ses pensées, ses espoirs, ses craintes. [Nous allons y revenir ces prochaines semaines.] Voici ce qu'il écrivait jeudi 11 novembre 2010, après être revenu de vacances à Vienne avec son ami Autrichien qui, si je l'ai bien compris, réside en Égypte. "En réalité, nous vivons tous dans l'anxiété [...] même si nous essayons de croire qu'il n'y a rien à redouter. Nous traversons tous des épisodes d'angoisse. Crainte que la descente de police au Queen Boat [en 2001, 52 hommes présumés gays arrêtés, battus, torturés, la moitié d'entre eux condamnés à trois ans de prison] ne se reproduise dans l'un des lieux de réunion gays en Égypte. Peur qu'un durcissement du régime nous force à quitter le pays pour trouver asile en Occident. Frayeur plus forte face à des homosexuels qui ne s'acceptent pas que vis-à-vis des homophobes déclarés. Angoisse d'être arrêté parce que je suis un blogueur homo. Ou que des gays dans le placard m'accusent d'attirer l'attention sur eux. Appréhension que mon blogue devienne une sorte de documentaire de ma vie et que j'en vienne à détester cela. Crainte d'être influencé par des gens qui voudraient sauvegarder leur propre idée de la réalité. Inquiétude que mes parents découvrent mon athéisme. Terreur que le Salafisme [fondamentalisme musulman] ne devienne la norme."

André -- Les photos d'Alisdare Hickson prises sur la place Tahir ne représentent pas les personnes mentionnées dans ce billet.

dimanche 27 février 2011

Beefcake: la sexploitation des corps de mecs

Si vous n'avez jamais goûté de cheesecake, gâteau de fromage frais et gélatine sur fond de biscuit, vous connaissez pourtant l'autre sens de ce terme: photo de pin-up girl. L'équivalent au masculin est le beefcake. La recette est implicite dans les photos alentour.

Les deux genres sont apparus dès l'invention de la photographie il y a 170 ans. J'en parle souvent dans mes billets car chaque époque me fascine. Ici, nous sommes aux États-Unis, une centaine d'années plus tard. La couleur commence à s'imposer, avec les bleus intenses du Kodachrome et de l'Ektachrome, et les bronzages virant brique.

En Californie, à Chicago, à New York, des admirateurs de la plastique mâle se lancent dans l'industrie artisanale de la photo de nu ou presque nu. Ils vendent des fascicules noir/blanc et des tirages photo. Les jeunes musclors sont revêtus d'un cache-sexe mini. Sinon, on le peint sur la photo; ce qui laisse entendre aux amateurs prêts à y mettre les moyens qu'ils peuvent se procurer un "original".

Ce commerce vit de la vente par correspondance la plus discrète possible; et il emprunte les allures sportives du bodybuilding. Aux USA, toute pratique homosexuelle est interdite jusqu'en 1967 (elle a été dépénalisée en Suisse en 1942, en France en 1981). Et l'envoi de matériel "obscène" est dénoncé par la Poste américaine, réprimé par le FBI. Bob Mizer qui éditait la petite revue Athletic Model Guild -- avec des cache-sexes --, a pourtant passé six mois dans une ferme-prison de Californie en 1947. La Poste saisissait régulièrement les documents envoyés à l'Institute for Sex Research d'Alfred Kinsey. Une société "puritaine" ne conçoit pas qu'on "exploite" le corps masculin; alors qu'elle le pratique sans problème avec le féminin.

Pas besoin de cache-sexe.
Les gars qui posaient pour ces photos étaient recrutés dans les salles de culturisme et les bars. Beaucoup étaient soldats ou marins et arrondissaient leur pécule en acceptant des passes avec des homosexuels. Les photos créaient une demande. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui gay for pay, gay pour de le fric. Cette posture mérite un billet. Une autre fois.

André

vendredi 25 février 2011

De jeunes mecs donnent leur sperme pour leurs camarades

Expert en fertilité humaine.
Un don du sperme vient de susciter de vives réactions en Grande-Bretagne. Le Lord et expert en fertilité humaine qui en est la cause s'est expliqué lundi dans The Times. Lord Winston, Robert de son prénom, compte parmi les volontaires qui donnent des cours à la Jamie's Dream School, une école fondée par le génial cuisinier Jamie Oliver.

Jamie Oliver, cuisinier millionnaire.
Génial 1) parce qu'il essaie de tirer la cuisine anglaise de son néant en instillant aux Brits des habitudes plus saines; 2) il s'adresse aussi avec succès aux enfants; 3) et tente de réformer les cantines scolaires américaines; 4) parce qu'il a lancé un concept de rattrapage pour les jeunes Anglais qui quittent l'école à 16 ans (47% d'entre eux) en n'ayant presque rien acquis des bases indispensables, comme cela s'est produit pour lui à cet âge. L'éducation traditionnelle n'ayant pas éveillé ces ados en difficulté, Jamie Oliver a fait appel à des enseignants non-conformistes et de haut niveau.

Lord Winston en fait partie. Avant sa leçon, il avait demandé à des volontaires de 17 et 18 ans de fournir un peu de leur propre sperme, avec le consentement écrit des parents, et de l'apporter au laboratoire de l'école. Un expert avait examiné chaque échantillon pour s'assurer qu'il était de bonne qualité. Durant la projection des images (produites par le microscope) du sperme encore vivant des donneurs anonymes, toute la classe était passionnée. Chahuteurs habituellement, ces ados apprenaient qu'il suffit d'un spermatozoïde et d'un ovule pour assurer la conception, alors que l'homme produit des millions de spermatozoïdes. Et qu'un mec en bonne santé en éjacule des quantités qui sont en mauvaise forme. "Mes jeunes étudiants ne portaient aucun intérêt à la science simplement parce qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion de faire des expériences pratiques en classe," relève Lord Winston, qui ajoute: "En Europe, la Grande-Bretagne connaît l'un des taux les plus élevés de grossesses durant l'adolescence. Ma leçon a permis d'éveiller les jeunes à leurs responsabilités, et de leur faire mieux comprendre la science de la reproduction."
Ann Widdecombe.

Les critiques: "Il a encouragé des habitudes immorales", "C'est de très mauvais goût". Ancienne membre du Parlement, la Conservatrice Ann Widdecombe est montée aux barricades. Ministre des prisons, elle s'était prononcée en faveur du maintien des menottes et des chaînes pour les prisonnières enceintes devant se rendre à la maternité. Anti-avortement et négationniste concernant les changements climatiques, cette célibataire s'est aussi convertie au catholicisme (comme  Blair) pour protester contre l'ordination des femmes dans l'Église anglicane... Musulmane, elle prêcherait l'excision de toutes les Anglaises. Il ne leur manquerait plus que ça.

André

mercredi 23 février 2011

Les bordels de garçons: très fréquentés à l'époque victorienne

Télégraphiste le jour, gigolo la nuit.
Évoquez l'époque victorienne: vous pensez aux pieds de tables et chaises recouverts de tissu pour chasser les pensées lubriques... Pourtant la reine Victoria (1819-1901, 63 ans de règne) était  chaudement éprise de son cousin et mari Albert, prince de Saxe-Cobourg-Gotha, qui la laissa veuve trop tôt, avec neuf enfants. Il était très bien monté, dit-on, et l'anneau qu'on insère dans le gland lui doit son nom (il en portait un). Leur descendance de 42 petits-enfants s'est répandue sur dix maisons royales d'Europe. Il y a eu beaucoup de lesbiennes et d'homos parmi eux. Notamment leur petit-fils Albert-Victor (1864-1892), entouré de mystères et de scandales qui fréquentait les bordels de garçons. Leur petit-fils Edward VIII, roi durant l'année 1936, qui se faisait consoler de ses déboires avec les hommes par des dames mariées et se disait fasciné par le nazisme.

Plusieurs membres de la famille Windsor actuelle ont la réputation de ne pas cracher sur les amours masculines, ouvertement ou en cachette. C'est peut-être la raison pour laquelle la reine n'est pas pressée de transmettre sa couronne à qui de droit...

Dans un livre Pleasure Bound: Victorian Sex Rebels and the New Eroticism paru la semaine dernière (chez Norton), Deborah Lutz, prof de littérature et culture victorienne à l'Uni de Long Island, décrit comment des artistes, des voyageurs et des intellectuels de cette époque ont fait évoluer la perception de la sexualité en explorant ses zones liminaires et en reflétant dans leurs oeuvres la vie érotique qui se développait derrière la façade de respectabilité.


L'érotomanie victorienne était teintée de sadomasochisme. À travers l'Angleterre, les bordels offraient très légalement de la chair fraîche, voire très jeune -- l'exploitation du labeur des petits ouvriers était généralisée -- aux amateurs de femmes ou d'hommes. Les maisons les plus populaires offraient une spécialité: le fouet. Les mecs allaient se faire tanner par des femmes autoritaires ou de jeunes officiers. Ils en avaient pris le goût (ou le besoin) à l'école et jusque dans les universités, comme Eton, où les élèves étaient punis à coups de verges de bouleau appliqués sur leurs fesses dénudées, en présence de leurs camarades...
Albert Victor

Le personnel masculin des bordels était recruté parmi les télégraphistes de la Poste qui distribuaient les télégrammes à domicile; ils passaient la journée sur leur bicyclette, ce qui musclait leurs cuisses. D'autres employés étaient choisis dans l'armée ou la marine. Ils occupaient leurs nuits à ôter et remettre leur uniforme pour faire bander et s'agenouiller leurs clients. La drague était courante dans certains lieux de la ville; on levait un partenaire ou un prostitué et on faisait l'affaire dans une impasse sombre. Rien de nouveau sous la lune!

André

lundi 21 février 2011

Les gars, mettez vos kiwis à l'abri: la neige revient!

Soldats sud-coréens en stage intensif le mois dernier.
Ces jours-ci, la neige tombe par petites touches  jusqu'à 600 mètres d'altitude, mais le jardin sous mes fenêtres est épargné, car il est situé à 450 m environ. Et bien protégé puisqu'y poussent même des figues et des kiwis. Actuellement, les perce-neige et les pensées sont en fleurs, les jonquilles les plus abritée en boutons.

Et je me réjouis de pouvoir bientôt ramasser du pissenlit pour la salade.

Heureusement, les fragiles crocus sauvages n'ont pas été déshabillés par la neige. À leur sujet, je ne peux m'empêcher d'évoquer le jeu de mot préféré lorsque j'étais enfant: les croque-culs-ses. Je le prononçais à haut voix, mais pas trop près des oreilles de notre mère qui avait l'habitude de nous frotter la langue avec du savon de Marseille lorsque nous disions des "vilains mots".

Ouverture devant et derrière.
Je suis sûr d'y avoir passé pour un "quelle connerie" quelconque, entendu et aussitôt répété à cause de son caractère sonnant et pétant. Sans savoir ce que cela signifiait, ni à quoi cela faisait référence... Mais, n'est-ce pas, l'inconscient travaille à l'insu de notre plein gré et c'est sûrement au moment de ce savon que s'est décidée mon orientation sexuelle irrémédiable.

À propos, les gars, la neige revient. Gardez vos kiwis au chaud! S'ils gèlent, ils sècheront puis tomberont. Mais ne repousseront pas comme les fruits qui pendent au-dessus de ma fenêtre.

André

samedi 19 février 2011

Le Berlin homo des années 30: Wilkommen, bienvenue, welcome!

"Christopher et Heinz", téléfilm.
Un peu de culture, les gars! Culture qui nous appartient en propre. Demain dimanche, soirée thématique sur Arte. Le Berlin des boîtes à garçons des années trente, tel que l'a vécu l'anglo-américain Christopher Isherwood. (Cet écrivain me tient à coeur -- je l'ai déjà mentionné au sujet du film Un homme au singulier [cliquez si vous voulez] -- parce qu'il m'a montré un chemin dans mes années de jeunesse.) Pour vous mettre dans l'ambiance des chansons de l'époque, Arte propose en prélude Max Raabe und Palast Orchester à 19h15: c'est plein d'humour pince-sans-rire et de nostalgie. Puis viendra l'indémodable Cabaret à 20h40, interprété par Liza Minelli, Michael York et Joel Grey. Enfin, à 22h40: un téléfilm anglais inédit, tourné l'an dernier, Christopher et Heinz (Christopher and his Kind en anglais, titre d'un récit d'Isherwood qui s'étend de 1929 à 1939 et signifie "Christopher et les gens de son espèce").

Berlin: 17 Nollendorfstrasse.
Le téléfilm retrace la vie d'Isherwood à Berlin. Comment ce jeune prof d'anglais, futur écrivain, qui a fui l'Angleterre pour trouver l'inspiration et vivre librement son homosexualité ("I went because of the boys"), rencontre la chanteuse et chercheuse d'or qui deviendra Sally Bowles dans le roman Adieu à Berlin et dans Cabaret, ainsi que d'autres personnages dont le destin va basculer avec l'arrivée des nazis au pouvoir. Accompagné de son comparse le poète Wystan Hugh Auden, Isherwood fréquente les bars berlinois et tombe amoureux du jeune Heinz. Le Cosy Corner à la Zossernerstrasse. Et le Kleist Casino à la Kleiststrasse (le bar gay le plus ancien d'Europe, dit-on) qui a réouvert ses portes après la guerre (j'y ai passé une soirée en 1966, à la fin d'un long voyage). En 2002, le Kleist est devenu le Bull.

1938. Isherwood et Auden: direction Chine.
Lorsque la situation en Allemagne devient intenable, Isherwood et Auden fuient. En 1938, ils se rendent en Chine et publient ensemble Journal de Guerre en Chine. Émigré aux États-Unis pendant la guerre, Isherwood, 48 ans, rencontrera Don Bachardy, 18 ans, sur la plage de Santa Monica. Ils resteront un couple jusqu'à la mort de l'écrivain. Il fallait un féroce courage, dans les années 50 et 60, pour défier ouvertement le milieu homophobe de Hollywood dans lequel évoluaient l'écrivain-scénariste et son jeune amant peintre. Les autres homosexuels sortaient en public avec des "fiancées"...

La soirée gay d'Arte se terminera par Mille baisers pour le Teddy à 0h15, retransmission différée de la cérémonie de clôture de la section Panorama de la Berlinale, où concourent des films LGBT depuis 25 ans.

André

mercredi 16 février 2011

La capote, le taureau et le droit universel au sexe sans risque

Ces derniers jours, j'ai vu plusieurs documentaires concernant l'élevage des animaux de rente dans les grandes exploitations. Le confinement des poulets et des truies. La castration à vif des porcelets. La récolte du sperme de taureau et les méthodes pour exciter l'animal afin qu'il produise une quantité maximum de semence à chaque éjac. La traite automatisée des vaches qui viennent prendre elles-mêmes place sur un carrousel.

Certaines de ces images reviennent forcément à l'esprit aux moments les plus incongrus. Lorsque vous cassez des oeufs pour préparer une omelette baveuse, ou que vous plantez le couteau dans la chair rosée d'un steak. Mieux encore: quand vous troussez une fine capote sur votre organe tumescent. À cet instant, vous pensez d'abord au puissant taureau dont on détourne le jet dans un long fourreau. La comparaison n'est pas à votre avantage. Vous vous consolez parce que l'acte n'a duré que quelques secondes, tandis que vous... Catastrophe, en revanche, si vous pensez à la succion machinale des pompes sur les tétons des vaches!

En ce XXIe siècle, les végétaliens peuvent jouir dans leur capote en toute bonne conscience. Car: 1) une alimentation équilibrée sans produits carnés augmente la production de testostérone, l'hormone mâle par excellence [les taureaux aussi sont végétariens]; 2) il existe des préservatifs sans caséine, même si la plupart d'entre eux contiennent cette phosphoprotéine du lait de vache, utilisée comme agent fixatif dans la fabrication du latex. Les végétaliens [qui renoncent à tout produit d'origine animale (y compris beurre, fromage, oeufs...)] ne sont plus condamnés à l'abstinence, à la monogamie éternelle, ni à l'exercice hasardeux de la rétention spermatique taoïste. Non! Des fabricants fair trade produisent des capotes végétaliennes, biologiques, éthiques. La caséine est remplacée par un extrait de chardon bio; les ouvriers des plantations d'hévéa reçoivent un salaire équitable; et, comble de bonheur, les saveurs dont sont enduits ces capuchons proviennent d'extraits de fruits biologiques.

Un distributeur américain va plus loin encore: pour chaque condom vendu sous sa marque, il en fait distribuer un autre gratuitement dans un pays défavorisé. Parce que, dit-il, le sexe sans risque est un droit humain fondamental dont ceux qui n'ont pas les moyens de s'acheter des présés devraient pouvoir bénéficier, autant que nous autres.

André